Libye | Tripoli


Le marché d'Arkassa se faisait aux enchères publiques. Tous, étrangers et indigènes, y pouvaient prendre part; mais, ce jour- là, comme les traitants ne venaient opérer que pour le compte des bagnes de la Barbarie, il n'y avait qu'un seul lot de captifs. Suivant que ce lot échoirait à tel ou tel courtier, il serait dirigé sur Alger, Tripoli ou Tunis. (L'archipel en feu,Jules Verne)   §1136

À cette époque, il y avait à Arkassa un bazar particulier, destiné à ce genre d'opération, un «batistan», tel qu'il s'en trouve en certaines villes des États barbaresques. Ce batistan contenait alors une centaine de prisonniers, hommes, femmes, enfants, solde des dernières razzias faites dans le Péloponnèse. Entassés pêle- mêle au milieu d'une cour sans ombre, sous un soleil encore ardent, leurs vêtements en lambeaux, leur attitude désolée, leur physionomie de désespérés, disaient tout ce qu'ils avaient souffert. À peine nourris et mal, à peine abreuvés et d'une eau trouble, ces malheureux s'étaient réunis par familles jusqu'au moment où le caprice des acheteurs allait séparer les femmes des maris, les enfants de leurs père et mère. Ils eussent inspiré la plus profonde pitié à tous autres qu'à ces cruels «bachis», leurs gardiens, que nulle douleur ne savait plus émouvoir. Et ces tortures, qu'étaient-elles auprès de celles qui les attendaient dans les seize bagnes d'Alger, de Tunis, de Tripoli, où la mort faisait si rapidement des vides qu'il fallait les combler sans cesse? (L'archipel en feu,Jules Verne)   §1134

À Alger, au fond des bagnes du Pacha, d'Ali-Mami, des Kouloughis et de Sidi-Hassan, à Tunis, dans ceux de Youssif-Dey, de Galere- Patrone et de Cicala, dans celui de Tripoli, Hadjine Elizundo rechercha plus particulièrement ceux dont la guerre hellénique avait fait des esclaves. Comme si elle eût été protégée par quelque talisman, elle passa au milieu de tous ces dangers, soulageant toutes ces misères. À ces mille périls que la nature des choses créait autour d'elle, elle échappa comme par miracle! Pendant six mois, à bord des légers bâtiments caboteurs de la côte, elle visita les points les plus reculés du littoral -- depuis la régence de Tripoli, jusqu'aux dernières limites du Maroc -- jusqu'à Tétuan, qui fut autrefois une république de pirates, régulièrement organisée -- jusqu'à Tanger, dont la baie servait de lieu d'hivernage à ces forbans -- jusqu'à Salé, sur la côte occidentale de l'Afrique, où les malheureux captifs vivaient dans des caveaux creusés à douze ou quinze pieds sous terre. (L'archipel en feu,Jules Verne)   §1261

On la vit alors, comme une religieuse de la Merci, paraître à Tripoli, à Alger, à Tunis, et jusque sur les plus infimes marchés de la côte barbaresque. Partout où des prisonniers grecs avaient été vendus, elle les rachetait avec grand bénéfice pour leurs maîtres. Partout où des traitants mettaient à l'encan ces troupeaux d'êtres humains, elle se présentait, l'argent à la main. C'est alors qu'elle put observer dans toute son horreur le spectacle de ces misères de l'esclavage, en un pays où les passions ne sont retenues par aucun frein. (L'archipel en feu,Jules Verne)   §1259

Quand les premiers ravages de cette épouvantable peste furent passés, on vendit les esclaves du dey. Un marchand m'acheta, et me mena à Tunis; il me vendit à un autre marchand qui me revendit à Tripoli; de Tripoli je fus revendue à Alexandrie, d'Alexandrie revendue à Smyrne; de Smyrne à Constantinople. J'appartins enfin à un aga des janissaires, qui fut bientôt commandé pour aller défendre Azof contre les Russes qui l'assiégeaient.(Candide,Voltaire)   §105