Léon Tolstoï | La Guerre et la Paix | Russie | Russie

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«Ah! ne me parlez pas de l'Autriche! Il est possible que je n'y comprenne rien; mais, à mon avis, l'Autriche n'a jamais voulu et ne veut pas la guerre! Elle nous trahit: c'est la Russie toute seule qui délivrera l'Europe! Notre bienfaiteur a le sentiment de sa haute mission, et il n'y faillira pas! J'y crois, et j'y tiens de toute mon âme! Un grand rôle est réservé à notre empereur bien-aimé, si bon, si généreux! Dieu ne l'abandonnera pas! Il accomplira sa tâche et écrasera l'hydre des révolutions, devenue encore plus hideuse, si c'est possible, sous les traits de ce monstre, de cet assassin! C'est à nous de racheter le sang du juste! À qui se fier, je vous le demande? L'Angleterre a l'esprit trop mercantile pour comprendre l'élévation d'âme de l'empereur Alexandre! Elle a refusé de céder Malte. Elle attend, elle cherche une arrière-pensée derrière nos actes. Qu'ont-ils dit à Novosiltzow? Rien! Non, non, ils ne comprennent pas l'abnégation de notre souverain, qui ne désire rien pour lui-même et ne veut que le bien général! Qu'ont-ils promis? Rien, et leurs promesses mêmes sont nulles! La Prusse n'a-t-elle pas déclaré Bonaparte invincible et l'Europe impuissante à le combattre? Je ne crois ni à Hardenberg, ni à Haugwitz! Cette fameuse neutralité prussienne n'est qu'un piège[3]! Mais j'ai foi en Dieu et dans la haute destinée de notre cher empereur, le sauveur de l'Europe!» (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §29

S'étant débarrassée de ce jeune homme, qui ne savait pas vivre, elle retourna à ses occupations, écoutant, regardant, prête à intervenir sur les points faibles et à remettre à flot une conversation languissante. Elle imitait en cela la conduite d'un contremaître de filature, qui, en se promenant au milieu de ses ouvriers, remarque l'immobilité ou le son criard, inusité, bruyant, d'un fuseau, et s'empresse à l'instant de l'arrêter ou de le lancer. Telle Anna Pavlovna se promenait dans son salon, s'approchait tour à tour d'un groupe silencieux ou d'un cercle bavard; un mot de sa bouche, un déplacement de personnes habilement opéré, remontait la machine à conversation, qui continuait à tourner d'un mouvement égal et convenable. La crainte que lui inspirait Pierre se trahissait au milieu de ses soucis; en le suivant des yeux, elle le vit se rapprocher pour écouter ce qui se disait autour de Mortemart et gagner ensuite le cercle de l'abbé Morio. Quant à Pierre, élevé à l'étranger, c'était sa première soirée en Russie; il savait qu'il avait autour de lui tout ce que Pétersbourg contenait d'intelligent, et ses yeux s'écarquillaient en passant rapidement de l'un à l'autre, comme ceux d'un enfant dans un magasin de joujoux, tant il craignait de manquer une conversation frappée au coin de l'esprit. En regardant ces personnages dont les figures étaient distinguées et pleines d'assurance, il en attendait toujours un mot fin et spirituel. La conversation de l'abbé Morio l'ayant attiré, il s'arrêta, cherchant une occasion de donner son avis: car c'est le faible de tous les jeunes gens. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §76

«Quel moyen? Mais l'équilibre européen et le droit des gens, disait l'abbé.... Un seul empire puissant comme la Russie, réputée barbare, se mettant honnêtement à la tête d'une alliance qui aurait pour but l'équilibre de l'Europe, et le monde serait sauvé! (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §104

La vieille dame portait le nom de princesse Droubetzkoï, celui d'une des premières familles de Russie; mais, pauvre et retirée du monde depuis de longues années, elle avait perdu toutes ses relations d'autrefois. Elle n'était venue à Pétersbourg que pour tâcher d'obtenir pour son fils unique l'autorisation d'entrer dans la garde. C'est dans l'espoir de rencontrer le prince Basile qu'elle était venue à la soirée de Mlle Schérer. Sa figure, belle jadis, exprima un vif mécontentement, mais pendant une seconde seulement; elle sourit de nouveau et se saisit plus fortement du bras du prince Basile. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §136

--Les souverains! Je ne parle pas de la Russie, dit le vicomte poliment et avec tristesse, les souverains, madame? Qu'ont-ils fait pour Louis XVI, pour la reine, pour Madame Élisabeth? Rien, continua-t-il en s'animant, et, croyez-moi, ils sont punis pour avoir trahi la cause des Bourbons. Les souverains? Mais ils envoient des ambassadeurs complimenter l'Usurpateur[5]...» Et, après avoir poussé une exclamation de mépris, il changea de pose. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §157

Et il entama son histoire en russe, mais avec l'accent d'un Français qui aurait séjourné un an en Russie: (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §203

«Mauvaise étoile! s'écria-t-il en prononçant les mots à sa façon et tout de travers. Quand c'est l'Empereur, monsieur, qui sait pourquoi nous la faisons! Il dit dans son manifeste qu'il ne saurait rester indifférent au danger qui menace la Russie, et que la sécurité de l'empire, la dignité et la sainteté des _alliances!_...» ajouta-t-il en appuyant particulièrement sur ce dernier mot, comme si toute l'importance de la question y était contenue. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §782

«Ah! chère amie, vous êtes heureuse de ne pas connaître ces jouissances et ces peines si poignantes; vous êtes heureuse, puisque ces dernières sont ordinairement les plus fortes. Je sais très bien que le comte Nicolas est trop jeune pour pouvoir jamais devenir pour moi quelque chose de plus qu'un ami; mais cette douce amitié, ces relations si poétiques sont pour mon coeur un vrai besoin; mais n'en parlons plus. La grande nouvelle du jour, qui occupe tout Moscou, est la mort du comte Besoukhow et l'ouverture de sa succession. Figurez-vous que les princesses n'ont reçu que très peu de chose, le prince Basile rien, et que c'est M. Pierre qui a hérité de tout et qui, par-dessus le marché, a été reconnu pour fils légitime, par conséquent comte Besoukhow et possesseur de la plus grande fortune de Russie. On prétend que le prince Basile a joué un très vilain rôle dans toute cette histoire et qu'il est reparti tout penaud pour Pétersbourg. Je vous avoue que je comprends très peu toutes ces affaires de legs et de testament. Ce que je sais, c'est que ce jeune homme, que nous connaissions tous sous le nom de M. Pierre tout court, est devenu comte Besoukhow et possesseur de l'une des plus grandes fortunes de Russie. Je m'amuse fort à observer les changements de ton et de manières des mamans accablées de filles à marier, et des demoiselles elles-mêmes, à l'égard de cet individu, qui, par parenthèse, m'a toujours paru être un pauvre sire. Comme on s'amuse depuis deux ans à me donner des promis que je ne connais pas le plus souvent, la chronique matrimoniale de Moscou me fait comtesse Besoukhow. Mais vous sentez bien que je ne me soucie nullement de le devenir. À propos de mariage, savez-vous que, tout dernièrement, «la tante en général», Anna Mikhaïlovna, m'a confié, sous le sceau du plus grand secret, un projet de mariage pour vous. Ce n'est ni plus ni moins que le fils du prince Basile, Anatole, qu'on voudrait ranger, en le mariant à une personne riche et distinguée, et c'est sur vous qu'est tombé le choix des parents. Je ne sais comment vous envisagerez la chose. Mais j'ai cru de mon devoir de vous en prévenir. On le dit très beau et très mauvais sujet: c'est tout ce que j'ai pu savoir sur son compte. Mais assez de bavardage comme cela; je finis mon second feuillet, et maman m'envoie chercher pour aller dîner chez les Apraxine. Lisez le livre mystique que je vous envoie et qui fait fureur chez nous. Quoiqu'il y ait dans ce livre des choses difficiles à atteindre avec la faible conception humaine, c'est un livre admirable, dont la lecture calme et élève l'âme. Adieu. Mes respects à monsieur votre père, et mes compliments à Mlle Bourrienne. Je vous embrasse comme je vous aime. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1096

«Frédéric et Souvorow, en voilà deux; mais Moreau! Moreau était prisonnier si Souvorow avait été libre d'agir; mais il avait sur son dos le Hof-kriegs-wurstschnapsrath, dont le diable ne se serait pas débarrassé. Vous verrez; vous verrez ce qu'est un Hof-kriegs-wurstschnapsrath! Si Souvorow n'a pas eu ses coudées franches avec lui, ce n'est pas Michel Koutouzow qui les aura. Non, mon ami, vos généraux ne vous suffiront pas: il vous faudra des généraux français, de ceux qui se retournent contre les leurs pour lutter avec Bonaparte. On a déjà envoyé à New-York l'Allemand Pahlen à la recherche de Moreau, ajouta-t-il en faisant allusion à la proposition faite à ce dernier d'entrer au service de la Russie. C'est inouï! Les Potemkin, les Souvorow, les Orlow, étaient-ils des Allemands? Crois-moi, ou bien ils n'ont plus de cervelle, ou bien c'est moi qui ai perdu la mienne. Je vous souhaite bonne chance, mais nous verrons. Bonaparte un grand capitaine? Oh! oh! (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1197

«Une seule grâce, Excellence, dit-il de sa voix ferme, calme et vibrante.... Veuillez m'accorder l'occasion d'effacer ma faute et de faire preuve de mon dévouement à l'empereur et à la Russie(La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1374

«L'ensemble de nos forces, 70 000 hommes environ, nous permet d'attaquer l'ennemi et de le battre, s'il tentait le passage du Lech. Dans le cas contraire, Ulm étant à nous, nous pouvons ainsi rester maîtres des deux rives du Danube, le traverser au besoin pour lui tomber dessus, couper ses lignes de communication, repasser le fleuve plus bas, et enfin l'empêcher de tourner le gros de ses forces contre nos fidèles alliés. Nous attendrons ainsi vaillamment le moment où l'armée impériale de Russie sera prête à se joindre à nous, pour faire subir à l'ennemi le sort qu'il a mérité.» (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1448

Il y avait peu de temps que le prince André avait quitté la Russie, et cependant il était bien changé. Cette affectation de nonchalance et d'ennui, qui lui était habituelle, avait complètement disparu de toute sa personne; il semblait ne plus avoir le loisir de songer à l'impression qu'il produisait sur les autres, étant occupé d'intérêts réels autrement graves. Satisfait de lui-même et de son entourage, il n'en était que plus gai et plus bienveillant. Koutouzow, qu'il avait rejoint en Pologne, l'avait accueilli à bras ouverts, en lui promettant de ne pas l'oublier: aussi l'avait-il distingué de ses autres aides de camp, en l'emmenant à Vienne et en lui confiant des missions plus sérieuses. Il avait même adressé à son ancien camarade, le vieux prince Bolkonsky, les lignes suivantes: (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1455

--Entendu, Votre Excellence, répondit le Petit-Russien en secouant la tête avec bonne humeur. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1500

Les trente-cinq mille hommes de l'armée de Koutouzow, poursuivis par une armée de cent mille Français, avec Bonaparte à leur tête, ne rencontraient qu'hostilité dans le pays. Ils n'avaient plus confiance dans leurs alliés, ils manquaient d'approvisionnements; et, forcés à l'action en dehors de toutes les conditions prévues d'une guerre, ils se repliaient avec précipitation. Ils descendaient le Danube, s'arrêtant pour faire face à l'ennemi, s'en débarrassant par des engagements d'arrière-garde et ne s'engageant qu'autant qu'il était nécessaire pour opérer leur retraite sans perdre leurs bagages. Quelques rencontres avaient eu lieu à Lambach, à Amstetten, à Melck, et, malgré le courage et la fermeté des Russes, auxquels leurs adversaires rendaient justice, le résultat n'en était pas moins une retraite, une vraie retraite. Les Autrichiens, échappés à la reddition d'Ulm et réunis à Koutouzow à Braunau, s'en étaient de nouveau séparés, l'abandonnant à ses forces épuisées. Défendre Vienne n'était plus possible, car, en dépit du plan de campagne offensive, si savamment élaboré selon les règles de la nouvelle science stratégique, et remis à Koutouzow par le conseil de guerre autrichien, la seule chance qu'il eût de ne pas perdre son armée comme Mack, c'était d'opérer sa jonction avec les troupes qui arrivaient de Russie. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1835

--Oh! je sais bien, repartit Bilibine... vous vous dites qu'il est très facile de faire prisonniers des maréchaux au coin de son feu; c'est vrai, et pourtant, pourquoi ne l'avez-vous pas fait? Ne vous étonnez donc pas que, à l'exemple du ministre de la guerre, notre auguste Empereur et le roi Franz ne vous soient pas bien reconnaissants de cette victoire; et moi-même, infime secrétaire de l'ambassade de Russie, je n'éprouve pas un besoin irrésistible de témoigner mon enthousiasme, en donnant un thaler à mon Franz, avec la permission d'aller se promener avec sa «Liebchen» au Prater.... J'oublie qu'il n'y a pas de Prater ici.» Il regarda le prince André et déplissa subitement son front. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1878

--C'est là le noeud de la question! Voyez-vous, mon cher, hourra pour le czar, pour la Russie, pour la foi! Tout cela est bel et bon; mais que nous importent, je veux dire qu'importent à la cour d'Autriche toutes vos victoires! Apportez-nous une bonne petite nouvelle du succès d'un archiduc Charles ou d'un archiduc Ferdinand, l'un vaut l'autre, comme vous le savez; mettons, si vous voulez, un succès remporté sur une compagnie des pompiers de Bonaparte, ce serait autre chose, et on l'aurait proclamé à son de trompe; mais ceci ne peut que nous déplaire. Comment! l'archiduc Charles ne fait rien, l'archiduc Ferdinand se couvre de honte, vous abandonnez Vienne sans défense aucune, tout comme si vous nous disiez: Dieu est avec nous! mais que le bon Dieu vous bénisse, vous et votre capitale.... Vous faites tuer Schmidt, un général que nous aimons tous, et vous vous félicitez de la victoire? On ne saurait rien inventer de plus irritant que cela! C'est comme un fait exprès, comme un fait exprès! Et puis, que vous remportiez effectivement un brillant succès, que l'archiduc Charles même en ait un de son côté, cela changerait-il quelque chose à la marche générale des affaires? Maintenant il est trop tard: Vienne est occupée par les troupes françaises! (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1880

Le lendemain, il se réveilla tard, et, rassemblant ses idées, il se rappela tout d'abord qu'il devait se présenter le jour même à l'empereur François; et toutes les impressions de la veille, l'audience du ministre, la politesse exagérée de l'aide de camp, sa conversation avec Bilibine, traversèrent en foule son cerveau. Ayant endossé, pour se rendre au palais, la grande tenue qu'il n'avait pas portée depuis longtemps, gai et dispos, le bras en écharpe, il entra, en passant, chez son hôte, où se trouvaient déjà quatre jeunes diplomates, entre autres le prince Hippolyte Kouraguine, secrétaire à l'ambassade de Russie, que Bolkonsky connaissait. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1905

Là-dessus, l'ayant remercié, il le congédia. Le prince André sortit et se vit aussitôt entouré d'un grand nombre de courtisans; il n'y avait plus pour lui que phrases flatteuses et regards bienveillants, jusqu'à l'aide de camp, qui lui fit des reproches de ne pas s'être logé au palais et lui offrit même sa maison. Le ministre de la guerre le félicita pour la décoration de l'ordre de Marie-Thérèse de 3ème classe que l'Empereur venait de lui conférer; le chambellan de l'Impératrice l'engagea à passer chez Sa Majesté; l'archiduchesse désirait également le voir. Il ne savait à qui répondre et cherchait à rassembler ses idées, lorsque l'ambassadeur de Russie, lui touchant l'épaule, l'entraîna dans l'embrasure d'une fenêtre pour causer avec lui. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §1958

Le 1er novembre, Koutouzow avait reçu d'un de ses espions un rapport d'après lequel il jugeait son armée dans une position presque sans issue. Les Français, après le passage du pont, disait le rapport, marchaient en forces considérables pour intercepter sa jonction avec les troupes venant de Russie. Si Koutouzow se décidait à rester à Krems, les cent cinquante mille hommes de Napoléon couperaient ses communications, en entourant ses quarante mille soldats fatigués et épuisés, et il se trouverait dans la position de Mack à Ulm; s'il abandonnait la grande voie de ses communications avec la Russie, il devrait se jeter, en défendant sa retraite pas à pas, dans les montagnes inconnues et dépourvues de routes de la Bohême, et perdre par suite tout espoir de se réunir à Bouksevden. Si enfin il se décidait à se replier de Krems sur Olmütz, pour rejoindre ses nouvelles forces, il risquait d'être devancé par les Français, et forcé d'accepter la bataille, pendant sa marche et avec tout son train de bagages derrière lui, contre un ennemi trois fois plus nombreux, qui le cernerait de deux côtés. Il choisit cependant cette dernière alternative. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2082

«Il m'est impossible de trouver des termes pour vous exprimer mon mécontentement. Vous ne commandez que mon avant-garde, et vous n'avez pas le droit de faire d'armistice sans mon ordre. Vous me faites perdre le fruit d'une campagne. Rompez l'armistice sur-le-champ et marchez à l'ennemi. Vous lui ferez déclarer que le général qui a signé cette capitulation n'avait pas le droit de le faire, qu'il n'y a que l'empereur de Russie qui ait ce droit. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2088

«Toutefois, cependant, que l'empereur de Russie ratifierait ladite convention, je la ratifierai, mais ce n'est qu'une ruse. Marchez, détruisez l'armée russe... vous êtes en position de prendre son bagage et son artillerie. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2089

«L'aide de camp de Russie est un..., les officiers ne sont rien quand ils n'ont pas de pouvoirs; celui-ci n'en avait point... les Autrichiens se sont laissé jouer sur le pont de Vienne, vous vous laissez jouer par un aide de camp de l'Empereur. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2090

Rostow ne l'écoutait pas, et suivait des yeux les flocons de neige qui tourbillonnaient dans l'espace; il songeait à l'hiver de Russie, à la maison chaude, bien éclairée, à sa fourrure moelleuse, à son rapide traîneau, et il s'y voyait plein de vie, entouré de tous les siens: (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2391

Le 12 novembre, l'armée de Koutouzow, campée aux alentours d'Olmütz, se préparait à être passée en revue par les deux empereurs de Russie et d'Autriche. La garde, qui venait d'arriver, bivouaquait à quinze verstes de là, pour paraître le lendemain matin à dix heures sur le champ de manoeuvres. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2800

Rostow examina de nouveau Boris et soupira. Berg une fois revenu, la conversation des trois officiers devint plus vive, autour de la bouteille de vin. Ceux de la garde mettaient Rostow au courant des plaisirs qu'ils rencontraient sur leur marche, des réceptions qu'on leur avait faites en Russie, en Pologne et à l'étranger. Ils citaient les mots et les anecdotes de leur chef le grand-duc, à propos de sa bonté et de la violence de son caractère. Berg, qui, selon son habitude, se taisait toujours lorsque le sujet ne le touchait pas directement, raconta complaisamment comment en Galicie il avait eu l'honneur de causer avec Son Altesse Impériale, comment le grand-duc s'était plaint à lui de l'irrégularité de leur marche, et comment, s'approchant un jour en colère de la compagnie, il en avait appelé le chef «Arnaute»! C'était l'expression favorite du césarévitch, dans ses accès d'emportement. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2850

Le lendemain de l'entrevue de Boris et de Rostow, les troupes autrichiennes et russes, au nombre de 80 000 hommes, y compris celles qui arrivaient de Russie et celles qui avaient fait la campagne, furent passées en revue par l'empereur Alexandre, accompagné du césarévitch, et l'empereur François, suivi d'un archiduc. Dès l'aube du jour, les troupes, dans leur tenue de parade, s'alignaient sur la plaine devant la forteresse. Une masse mouvante, aux drapeaux flottants, s'arrêtait au commandement des officiers, se divisait et se formait en détachements, se laissant dépasser par un autre flot bariolé d'uniformes différents. Plus loin, c'était la cavalerie, habillée de bleu, de vert, de rouge, avec ses musiciens aux uniformes brodés, qui s'avançait au pas cadencé des chevaux noirs, gris et alezans; puis venait l'artillerie, qui, au bruit d'airain de ses canons reluisants et tressautant sur leurs affûts, se déroulait comme un serpent, entre la cavalerie, et l'infanterie, pour se rendre à la place qui lui était réservée, en répandant sur son passage l'odeur des mèches allumées. Les généraux en grande tenue, chamarrés de décorations, collets relevés, et la taille serrée, les officiers élégants et parés, les soldats aux visages rasés de frais, aux fourniments brillants, les chevaux bien étrillés, à la robe miroitante comme le satin, à la crinière bien peignée, tous comprenaient qu'il allait se passer quelque chose de grave et de solennel. Du général au soldat, chacun se sentait un grain de sable dans cette mer vivante, mais avait conscience en même temps de sa force comme partie de ce grand tout. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2878

Entre chaque arme différente il y avait un large espace. Chacune de ces trois parties se détachait vivement sur les deux autres. L'armée de Koutouzow, dont le premier rang de droite était occupé par le régiment de Pavlograd, puis les nouveaux régiments de l'armée et de la garde arrivés de Russie, puis l'armée autrichienne, tous, rivalisant de bonne tenue, étaient sur la même ligne et sous le même commandement. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2880

La revue terminée, les officiers nouvellement arrivés et ceux de Koutouzow se formèrent en groupes et s'entretinrent des récompenses, des Autrichiens et de leurs uniformes, de Bonaparte et de sa situation critique, surtout lorsque le corps d'Essen les aurait rejoints et que la Prusse se serait franchement alliée à la Russie. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §2911

À leurs cris, le cheval de l'Empereur, le même qu'il montait pendant les revues en Russie, eut comme un frisson d'inquiétude. Ici, sur le champ de bataille d'Austerlitz, surpris du voisinage de l'étalon noir de l'Empereur François, il dressait les oreilles au bruit inusité des décharges, sans en comprendre la signification, et sans se douter de ce que pensait et ressentait son auguste cavalier. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §3190

Une semaine plus tard, Pierre partit pour Pétersbourg, après avoir donné à sa femme un plein pouvoir pour la régie de tous ses biens en Grande-Russie, qui constituaient une bonne moitié de sa fortune. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §3592

--Va, va, il a été tué pendant cette bataille, où l'on a mené à la mort les meilleurs hommes de Russie et sacrifié la gloire russe. Allez, princesse Marie! Allez l'annoncer à Lise!» (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §3608

Malgré la sévérité de l'Empereur pour les duels, l'affaire de Pierre et de Dologhow fut étouffée; ni les deux adversaires, ni leurs témoins, ne furent poursuivis; mais l'histoire elle-même, confirmée d'ailleurs par la séparation des deux époux, se répéta bientôt de bouche en bouche. Pierre, que l'on avait reçu avec une bienveillante condescendance lorsqu'il n'était qu'un bâtard, qu'on avait comblé d'attentions et de flatteries lorsqu'il était devenu le premier parti de la Russie, avait beaucoup perdu de son prestige aux yeux de la société après son mariage; car ce mariage enlevait tout espoir aux mères qui avaient des filles à marier, d'autant plus qu'il n'avait jamais ni cherché ni réussi à s'insinuer dans les bonnes grâces de la coterie du _high life_. Aussi n'accusait-on que lui, et le traitait-on à tout propos d'imbécile, de jaloux et de monomane furieux, en tout semblable à son père. Après son départ, Hélène, de retour à Pétersbourg, fut reçue par toutes ses connaissances avec la bienveillance respectueuse qui était due à son malheur. Si le nom de son mari venait à être prononcé par hasard, elle prenait une expression de dignité, que, grâce à son tact inné, elle s'était appropriée, sans en comprendre la valeur; sa figure disait qu'elle supportait avec résignation son isolement, et que son mari était la croix que Dieu lui avait envoyée. Quant au prince Basile, il exprimait son opinion plus franchement, et ne manquait jamais, à l'occasion, de dire, en portant le doigt à son front: (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §4042

Le vieux prince avait été nommé l'un des huit chefs de la milice désignés pour toute la Russie. Malgré son état de faiblesse, aggravé par l'incertitude dans laquelle il était resté pendant plusieurs mois sur le sort de son fils, il crut de son devoir d'accepter ce poste que lui avait confié l'Empereur lui-même, et cette activité toute nouvelle lui rendait ses anciennes forces. Il passait tout son temps en courses dans les trois gouvernements qui étaient de son ressort. Rigoureux dans l'accomplissement de ses devoirs, il était d'une sévérité presque cruelle avec ses subordonnés, et descendait jusqu'aux moindres détails. Sa fille ne prenait plus de leçons de mathématiques; mais tous les matins, accompagnée de la nourrice qui portait le petit prince Nicolas (comme l'appelait le grand-père), elle venait le voir dans son cabinet. L'enfant occupait, avec sa nourrice et la vieille bonne Savichnia, les appartements de sa mère; c'est là que la princesse Marie, lui servant de mère, passait la plus grande partie de sa journée. Mlle Bourrienne semblait aussi s'être passionnément attachée au petit garçon, et la princesse Marie s'en reposait parfois sur elle pour soigner et pour amuser leur petit ange. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §4092

«Permettez à un vieillard de se retirer à la campagne, chez lui, emportant le douloureux regret de n'avoir pu remplir les grandes et glorieuses fonctions auxquelles il avait été appelé. J'attendrai l'auguste autorisation ici à l'hôpital, _afin de ne pas jouer le rôle d'un écrivain, au lieu de celui de commandant_. Ma retraite de l'armée ne causera pas plus de bruit que celle d'un aveugle. Il y en a mille comme moi en Russie(La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §4133

Le régiment de Pavlograd, qui avait pris part à celle de 1808, et qui venait seulement de rejoindre l'armée active, après avoir complété ses cadres en Russie, n'avait pas pris part à ces premiers engagements. Dès son arrivée, il fut réuni au détachement de Platow, indépendant du reste de l'armée. (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §4327

--Connais-tu le mot d'ordre? disait un officier de la garde à un camarade. Avant-hier c'était: «Napoléon, France, bravoure»; hier c'était «Alexandre, Russie, grandeur» Un jour c'est Napoléon qui le donne, le lendemain c'est l'Empereur, et demain il enverra la croix de Saint-Georges au plus brave soldat de la garde française. On ne peut faire autrement que de lui rendre la pareille.» (La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï)  §4540