Jules Verne | Une ville flottante | Royaume-Uni | Londres

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Cette Mersey, comme la Tamise, n'est qu'une insignifiante rivière, indigne du nom de fleuve, bien qu'elle se jette à la mer. C'est une vaste dépression du sol, remplie d'eau, un véritable trou que sa profondeur rend propre à recevoir des navires du plus fort tonnage. Tel le _Great Eastern_, auquel la plupart des autres ports du monde sont rigoureusement interdits. Grâce à cette disposition naturelle, ces ruisseaux de la Tamise et de la Mersey ont vu se fonder presque à leur embouchure, deux immenses villes de commerce, Londres et Liverpool; de même et à peu près pour des considérations identiques, Glasgow sur la rivière Clyde. (Une ville flottante, Jules Verne)  §11

À cet égard, le steward n'était pas plus avancé que moi. Il me laissa seul. Je résolus alors de visiter tous les trous de cette immense fourmilière, et je commençai ma promenade comme eût fait un touriste dans quelque ville inconnue. Une boue noire -- cette boue britannique qui se colle aux pavés des villes anglaises -- couvrait le pont du steamship. Des ruisseaux fétides serpentaient çà et là. On se serait cru dans un des plus mauvais passages d'Upper Thames Street, aux abords du pont de Londres. Je marchai en rasant ces roufles qui s'allongeaient sur l'arrière du navire. Entre eux et les bastingages, de chaque côté, se dessinaient deux larges rues ou plutôt deux boulevards qu'une foule compacte encombrait. J'arrivai ainsi au centre même du bâtiment, entre les tambours réunis par un double système de passerelles. (Une ville flottante, Jules Verne)  §28

-- Ce personnage, répondit le docteur, c'est le célèbre Cokburn de Rochester, le statisticien universel, qui a tout pesé, tout mesuré, tout dosé, tout compté. Interrogez ce maniaque inoffensif. Il vous dira ce qu'un homme de cinquante ans a mangé de pain dans sa vie, le nombre de mètres cubes d'air qu'il a respirés. Il vous dira combien de volumes _in-quarto_ rempliraient les paroles d'un avocat de Temple Bar, et combien de milles fait journellement un facteur, rien qu'en portant des lettres d'amour. Il vous dira le chiffre des veuves qui passent en une heure sur le pont de Londres, et quelle serait la hauteur d'une pyramide bâtie avec les sandwiches consommés en un an par les citoyens de l'Union. Il vous dira...» (Une ville flottante, Jules Verne)  §239

Vers trois heures de l'après-midi, les timoniers signalèrent l'approche d'un grand steamer à quatre mâts. Ce navire modifia légèrement sa route afin de se rapprocher du _Great Eastern_, dans l'intention de lui donner son numéro. De son côté, le capitaine laissa porter un peu, et bientôt le steamer lui envoya son nom. C'était _l'Atlanta_, un de ces grands bâtiments qui font le service de Londres à New York en touchant à Brest. Il nous salua au passage, et nous lui rendîmes son salut. Peu de temps après, comme il courait à contre-bord, il avait disparu. (Une ville flottante, Jules Verne)  §481

-- Sans doute. Tel que vous me voyez, j'ai été foudroyé dans mon lit, le 13 juillet 1867, à Kew, près de Londres, et la foudre m'a guéri d'une paralysie du bras droit, qui résistait à tous les efforts de la médecine! (Une ville flottante, Jules Verne)  §739

À quatre heures, nous eûmes connaissance d'une terre allongée devant la côte de Long Island. C'était l'îlot de Fire Island. Au milieu s'élevait un phare qui éclairait cette terre. En ce moment, les passagers avaient envahi les roufles et les passerelles. Tous les regards se dirigeaient vers la côte qui nous restait environ à six milles dans le nord. On attendait le moment où l'arrivée du pilote réglerait la grande affaire de la poule. On comprend que les possesseurs de quarts d'heure de nuit -- j'étais du nombre -- avaient abandonné toute prétention, et que les quarts d'heure de jour, sauf ceux qui étaient compris entre quatre et six heures, n'avaient plus aucune chance. Avant la nuit, le pilote serait à bord et l'opération terminée. Tout l'intérêt se concentrait donc sur les sept ou huit personnes auxquelles le sort avait attribué les prochains quarts d'heure, et elles en profitaient pour vendre, acheter, revendre leurs chances avec une véritable furie. On se serait cru au Royal Exchange de Londres. (Une ville flottante, Jules Verne)  §751

Huit jours à passer en Amérique! Le _Great Eastern_ devait partir le 16 avril, et c'était le 9, à trois heures du soir, que j'avais mis le pied sur la terre de l'Union. Huit jours! Il y a des touristes enragés, des «voyageurs express», auxquels ce temps eût probablement suffi à visiter l'Amérique tout entière! Je n'avais pas cette prétention. Pas même celle de visiter New York sérieusement et de faire, après cet examen extra-rapide, un livre sur les moeurs et le caractère des Américains. Mais dans sa constitution, dans son aspect physique, New York est vite vu. Ce n'est guère plus varié qu'un échiquier. Des rues qui se coupent à angle droit, nommées «avenues» quand elles sont longitudinales, et «streets» quand elles sont transversales; des numéros d'ordre sur ces diverses voies de communication, disposition très pratique, mais très monotone; les omnibus américains desservant toutes les avenues. Qui a vu un quartier de New York connaît toute la grande cité, sauf peut-être cet imbroglio de rues et de ruelles enchevêtrées dans sa pointe sud, où s'est massée la population commerçante. New York est une langue de terre, et toute son activité se retrouve sur le bout de cette «langue». De chaque côté se développent l'Hudson et la Rivière de l'Est, deux véritables bras de mer sillonnés de navires, et dont les ferry-boats relient la ville à droite avec Brooklyn, à gauche avec les rives du New Jersey. Une seule artère coupe de biais la symétrique agglomération des quartiers de New York et y porte la vie. C'est le vieux Broadway, le Strand de Londres, le boulevard Montmartre à Paris; à peu près impraticable dans sa partie basse où la foule afflue, et presque désert dans sa partie haute; une rue où les bicoques et les palais de marbre se coudoient; un véritable fleuve de fiacres, d'omnibus, de cabs, de haquets, de fardiers, avec des trottoirs pour rivages et au-dessus duquel il a fallu jeter des ponts pour livrer passage aux piétons. Broadway, c'est New York, et c'est là que le docteur Pitferge et moi nous nous promenâmes jusqu'au soir. (Une ville flottante, Jules Verne)  §850