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Toutes les citations de ce lieu:
-- Ma foi, docteur, puisque le _Great Eastern_ reste cent quatre- vingt-douze heures à New York et que je dois reprendre passage à bord, j'ai cent quatre-vingt-douze heures à dépenser en Amérique. Cela ne fait que huit jours, mais huit jours bien employés; c'est assez peut-être pour voir New York, l'Hudson, la vallée de la Mohawk, le lac Érié, le Niagara, et tout ce pays chanté par Cooper.
(Une ville flottante, Jules Verne) §841 -- Ah! vous allez au Niagara? s'écria Dean Pitferge. Ma foi, je ne serais pas fâché de le revoir, et si ma proposition ne vous paraît pas indiscrète?...
(Une ville flottante, Jules Verne) §842 -- Non, le _Saint-John_, un steamer merveilleux, un autre monde, un _Great Eastern_ de rivière, un de ces admirables engins de locomotion qui sautent volontiers. J'aurais préféré vous montrer l'Hudson pendant le jour, mais le _Saint-John_ ne marche que la nuit. Demain, à cinq heures du matin, nous serons à Albany. À six heures, nous prendrons le New York Central Railroad, et le soir nous souperons à Niagara Falls.»
(Une ville flottante, Jules Verne) §857 -- Bon! nous en serons quittes pour atteindre Niagara Falls dans la nuit, au lieu d'y arriver le soir.»
(Une ville flottante, Jules Verne) §873 À onze heures du soir, nous changions de train à Rochester, et nous passions les rapides de la Tennessee qui fuyaient en cascades sous nos wagons. À deux heures du matin, après avoir côtoyé le Niagara, sans le voir, pendant quelques lieues, nous arrivions au village de Niagara Falls, et le docteur m'entraînait à un magnifique hôtel, superbement nommé _Cataract House_.
(Une ville flottante, Jules Verne) §876 Le Niagara n'est pas un fleuve, pas même une rivière: c'est un simple déversoir, une saignée naturelle, un canal long de trente- six milles, qui verse les eaux du lac Supérieur, du Michigan, de l'Huron et de l'Érié dans l'Ontario. La différence de niveau entre ces deux derniers lacs est de trois cent quarante pieds anglais; cette différence, uniformément répartie sur tout le parcours, eût à peine créé un «rapide»; mais les chutes seules en absorbent la moitié. De là leur formidable puissance.
(Une ville flottante, Jules Verne) §882 Le matin du 12 avril, dès l'aube, le docteur et moi nous descendions les larges rues de Niagara Falls. C'est le nom de ce village, créé sur le bord des chutes à trois cents milles d'Albany, sorte de petite «ville d'eaux», bâtie en bon air, dans un site charmant, pourvue d'hôtels somptueux et de villas confortables, que les Yankees et les Canadiens fréquentent pendant la belle saison. Le temps était magnifique; le soleil brillait sur un ciel froid. De sourds et lointains mugissements se faisaient entendre. J'apercevais à l'horizon quelques vapeurs qui ne devaient pas être des nuages.
(Une ville flottante, Jules Verne) §884 En quelques minutes, nous étions arrivés sur les rives du Niagara. Les eaux de la rivière coulaient paisiblement; elles étaient claires et sans profondeur; de nombreuses pointes de roches grisâtres émergeaient çà et là. Les ronflements de la cataracte s'accentuaient, mais on ne l'apercevait pas encore. Un pont de bois, supporté sur des arches de fer, réunissait cette rive gauche à une île jetée au milieu du courant. Le docteur m'entraîna sur ce pont. En amont, la rivière s'étendait à perte de vue; en aval, c'est-à-dire sur notre droite, on sentait les premières dénivellations d'un rapide; puis, à un demi-mille du pont, le terrain manquait subitement; des nuages de poussière d'eau se tenaient suspendus dans l'air. C'était là la «chute américaine» que nous ne pouvions voir. Au-delà se dessinait un paysage tranquille, quelques collines, des villas, des maisons, des arbres dépouillés, c'est-à-dire la rive canadienne.
(Une ville flottante, Jules Verne) §887 Au sortir du massif, le Niagara venait d'apparaître dans toute sa splendeur. En cet endroit, il faisait un coude brusque, et, s'arrondissant pour former la chute canadienne, le «Horseshoe Fall», le Fer à cheval, il tombait d'une hauteur de cent cinquante-huit pieds sur une largeur de deux milles.
(Une ville flottante, Jules Verne) §891 La nature, en cet endroit, l'un des plus beaux du monde, a tout combiné pour émerveiller les yeux. Ce retour du Niagara sur lui- même favorise singulièrement les effets de lumière et d'ombre. Le soleil, en frappant ces eaux sous tous les angles, diversifie capricieusement leurs couleurs, et qui n'a pas vu cet effet ne l'admettra pas sans conteste. En effet, près de Goat Island, l'écume est blanche; c'est une neige immaculée, une coulée d'argent fondu qui se précipite dans le vide. Au centre de la cataracte, les eaux sont d'un vert de mer admirable, qui indique combien la couche d'eau est épaisse; aussi un navire, le _Détroit_, tirant vingt pieds d'eau et lancé dans le courant, a-t-il pu descendre la chute «sans toucher». Vers la rive canadienne, au contraire, les tourbillons, comme métallisés sous les rayons lumineux, resplendissent, et c'est de l'or en fusion qui tombe dans l'abîme. Au-dessous, la rivière est invisible. Les vapeurs y tourbillonnent. J'entrevois, cependant, d'énormes glaces accumulées par les froids de l'hiver; elles affectent des formes de monstres qui, la gueule ouverte, absorbent par heure les cent millions de tonnes que leur verse cet inépuisable Niagara. À un demi-mille en aval de la cataracte, la rivière est redevenue paisible, et présente une surface solide que les premières brises d'avril n'ont pu fondre encore.
(Une ville flottante, Jules Verne) §892 Nous descendîmes les rampes latérales de Goat Island. Arrivé à la hauteur du cours supérieur du Niagara, je vis un pont, ou plutôt quelques planches jetées sur des têtes de rocs, qui unissaient la tour au rivage. Ce pont longeait l'abîme à quelques pas seulement. Le torrent mugissait au-dessous. Nous nous étions hasardés sur ces planches, et en quelques instants nous avions atteint le bloc principal qui supporte Terrapin Tower. Cette tour ronde, haute de quarante-cinq pieds, est construite en pierre. Au sommet se développe un balcon circulaire, autour d'un faîtage recouvert d'un stuc rougeâtre. L'escalier tournant est en bois. Des milliers de noms sont gravés sur ses marches. Une fois arrivé au haut de cette tour, on s'accroche au balcon et on regarde.
(Une ville flottante, Jules Verne) §895 -- Ce n'est pas douteux. La grande chute canadienne recule insensiblement, mais elle recule. La tour, quand elle fut construite, en 1833, était beaucoup plus éloignée de la cataracte. Les géologues prétendent que la chute, il y a trente-cinq mille ans, se trouvait située à Queenstown, à sept milles en aval de la position qu'elle occupe maintenant. D'après M. Bakewell, elle reculerait d'un mètre par année, et, suivant sir Charles Lyell, d'un pied seulement. Il arrivera donc un moment où le roc qui supporte la tour, rongé par les eaux, glissera sur les pentes de la cataracte. Eh bien, cher monsieur, rappelez-vous ceci: le jour où tombera la Terrapin Tower, il y aura dedans quelques excentriques qui descendront le Niagara avec elle.»
(Une ville flottante, Jules Verne) §901 Pendant toute la journée, nous errâmes sur les rives du Niagara, irrésistiblement ramenés à cette tour où les mugissements des eaux, l'embrun des vapeurs, le jeu des rayons solaires, l'enivrement et les senteurs de la cataracte vous maintiennent dans une perpétuelle extase. Puis nous revenions à Goat Island pour saisir la grande chute sous tous les points de vue, sans nous jamais fatiguer de la voir. Le docteur aurait voulu me conduire à la «Grotte des Vents» creusée derrière la chute centrale, à laquelle on arrive par un escalier établi à la pointe de l'île; mais l'accès en était alors interdit à cause des fréquents éboulements qui se produisaient depuis quelque temps dans ces roches friables.
(Une ville flottante, Jules Verne) §903 Le soleil s'était couché derrière les collines assombries. Les dernières lueurs du jour avaient disparu. La lune, demi-pleine, brillait d'un pur éclat. L'ombre de la tour s'allongeait sur l'abîme. En amont, les eaux tranquilles glissaient sous la brume légère. La rive canadienne, déjà plongée dans les ténèbres, contrastait avec les masses plus éclairées de Goat Island et du village de Niagara Falls. Sous nos yeux, le gouffre, agrandi par la pénombre, semblait un abîme infini dans lequel mugissait la formidable cataracte. Quelle impression! Quel artiste, par la plume ou le pinceau, pourra jamais la rendre! Pendant quelques instants, une lumière mouvante parut à l'horizon. C'était le fanal d'un train qui passait sur ce pont du Niagara, suspendu à deux milles de nous. Jusqu'à minuit, nous restâmes ainsi, muets, immobiles, au sommet de cette tour, irrésistiblement penchés sur ce torrent qui nous fascinait. Enfin, à un moment où les rayons de la lune frappèrent sous un certain angle la poussière liquide, j'entrevis une bande laiteuse, un ruban diaphane qui tremblotait dans l'ombre. C'était un arc-en-ciel lunaire, une pâle irradiation de l'astre des nuits, dont la douce lueur se décomposait en traversant les embruns de la cataracte.
(Une ville flottante, Jules Verne) §905 Le lendemain, 13 avril, le programme du docteur indiquait une visite à la rive canadienne. Une simple promenade. Il suffisait de suivre les hauteurs qui forment la droite du Niagara pendant l'espace de deux milles pour atteindre le pont suspendu. Nous étions partis à sept heures du matin. Du sentier sinueux longeant la rive droite, on apercevait les eaux tranquilles de la rivière qui ne se ressentait déjà plus des troubles de sa chute.
(Une ville flottante, Jules Verne) §911 À sept heures et demie, nous arrivions à Suspension Bridge. C'est l'unique pont auquel aboutissent le Great Western et le New York Central Railroad, le seul qui donne entrée au Canada sur les confins de l'État de New York. Ce pont suspendu est formé de deux tabliers; sur le tablier supérieur passent les trains; sur le tablier inférieur, situé à vingt-trois pieds au-dessous, passent les voitures et les piétons. L'imagination se refuse à suivre dans son travail l'audacieux ingénieur, John A. Roebling, de Trendon (New Jersey), qui a osé construire ce viaduc dans de telles conditions: un pont «suspendu» qui livre passage à des trains, à deux cent cinquante pieds au-dessus du Niagara, transformé de nouveau en rapide! Suspension Bridge est long de huit cents pieds, large de vingt-quatre. Des étais de fer, frappés sur les rives, le maintiennent contre le balancement. Les câbles qui le supportent, formés de quatre mille fils, ont dix pouces de diamètre et peuvent résister à un poids de douze mille quatre cents tonnes. Or, le pont ne pèse que huit cents tonnes. Inauguré en 1855, il a coûté cinq cent mille dollars. Au moment où nous atteignions le milieu de Suspension Bridge, un train passa au-dessus de notre tête, et nous sentîmes le tablier fléchir d'un mètre sous nos pieds!
(Une ville flottante, Jules Verne) §912 C'est un peu au-dessous de ce pont que Blondin a franchi le Niagara sur une corde tendue d'une rive à l'autre, et non au- dessus des chutes. L'entreprise n'en était pas moins périlleuse. Mais si Blondin nous étonne par son audace, que penser de l'ami qui, monté sur son dos, l'accompagnait pendant cette promenade aérienne?
(Une ville flottante, Jules Verne) §913 Nous étions sur la terre canadienne, et nous remontions la rive gauche du Niagara, afin de voir les chutes sous un nouvel aspect. Une demi-heure après, nous entrions dans un hôtel anglais, où le docteur fit servir un déjeuner convenable. Pendant ce temps, je parcourus le livre des voyageurs où figurent quelques milliers de noms. Parmi les plus célèbres, je remarquai les suivants: Robert Peel, lady Franklin, comte de Paris, duc de Chartres, prince de Joinville, Louis-Napoléon (1846), prince et princesse Napoléon, Barnum (avec son adresse), Maurice Sand (1865), Agassiz (1854), Almonte, prince de Hohenlohe, Rothschild, Bertin (Paris), lady Elgin, Burkardt (1832), etc.
(Une ville flottante, Jules Verne) §915 Je suivis Dean Pitferge. Un nègre nous conduisit à un vestiaire, où l'on nous donna un pantalon imperméable, un waterproof et un chapeau ciré. Ainsi vêtus, notre guide nous conduisit par un sentier glissant, sillonné d'écoulements ferrugineux, encombré de pierres noires aux vives arêtes, jusqu'au niveau inférieur du Niagara. Puis, au milieu des vapeurs d'eau pulvérisée, nous passâmes derrière la grande chute. La cataracte tombait devant nous comme le rideau d'un théâtre devant les acteurs. Mais quel théâtre, et comme les couches d'air violemment déplacées s'y projetaient en courants impétueux! Trempés, aveuglés, assourdis, nous ne pouvions ni nous voir ni nous entendre dans cette caverne aussi hermétiquement close par les nappes liquides de la cataracte que si la nature l'eût fermée d'un mur de granit!
(Une ville flottante, Jules Verne) §917 -- Mais pourquoi vous rencontrai-je ici, au Niagara?
(Une ville flottante, Jules Verne) §924 -- Le Niagara, me répondit Corsican, mais c'est le rendez-vous d'été des Anglais et des Américains. On vient respirer ici, on vient se guérir devant ce sublime spectacle des chutes. Notre Ellen a paru frappée à la vue de ce beau site; et nous sommes restés sur les bords du Niagara. Voyez cette villa, Clifton House, au milieu des arbres, à mi-colline. C'est là que nous demeurons en famille, avec Mrs R..., la soeur de Fabian, qui s'est dévouée à notre pauvre amie.
(Une ville flottante, Jules Verne) §925 -- Regardez», me dit Corsican, et il étendit le bras vers la rive du Niagara.
(Une ville flottante, Jules Verne) §929 Ellen regardait et semblait plongée dans une muette extase. De cet endroit, l'aspect des chutes est «most sublime», disent les guides, et ils ont raison. C'est une vue d'ensemble des deux cataractes: à droite, la chute canadienne, dont la crête, couronnée de vapeurs, ferme l'horizon de ce côté, comme un horizon de mer; en face, la chute américaine, et, au-dessus, l'élégant massif de Niagara Falls à demi perdu dans les arbres; à gauche, toute la perspective de la rivière qui fuit entre ses hautes rives; au-dessous, le torrent luttant contre les glaçons culbutés.
(Une ville flottante, Jules Verne) §931 Mais il nous fallait partir. Une heure à peine nous restait pour regagner Niagara Falls. Au moment où nous allions nous séparer de ces chers amis, Ellen dormait encore. Fabian nous embrassa, le capitaine Corsican, très ému, après avoir promis qu'un télégramme me donnerait des nouvelles d'Ellen, nous fit ses derniers adieux, et à midi nous avions quitté Clifton House.
(Une ville flottante, Jules Verne) §943 Quelques instants après, nous descendions une rampe très allongée de la côte canadienne. Cette rampe nous conduisit au bord de la rivière, presque entièrement obstruée de glaces. Là, un canot nous attendait pour nous passer «en Amérique». Un voyageur y avait déjà pris place. C'était un ingénieur du Kentucky, qui déclina ses nom et qualités au docteur. Nous embarquâmes sans perdre de temps, et soit en repoussant les glaçons, soit en les divisant, le canot gagna le milieu de la rivière où le courant tenait la passe plus libre. De là, un dernier regard fut donné à cette admirable cataracte du Niagara. Notre compagnon l'observait d'un oeil attentif.
(Une ville flottante, Jules Verne) §949 La cloche allait sonner pour le départ, quand un des stewards du _Fifth Avenue Hotel_, accourant en toute hâte, me remit un télégramme daté de Niagara Falls: «Ellen est réveillée; sa raison tout entière lui est revenue, me disait le capitaine Corsican, et le docteur répond d'elle!» Je communiquai cette bonne nouvelle à Dean Pitferge.
(Une ville flottante, Jules Verne) §959 Et quand je fus assis devant ma table, si je n'avais pas eu ces notes de chaque jour, oui, ce _Great Eastern_, cette ville flottante que j'avais habitée pendant un mois, cette rencontre d'Ellen et de Fabian, cet incomparable Niagara, j'aurais cru que j'avais tout rêvé! Ah! que c'est beau, les voyages, «même quand on en revient», quoi qu'en dise le docteur!
(Une ville flottante, Jules Verne) §962 |
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