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La Russie asiatique ou Sibérie couvre une aire superficielle de cinq cent soixante mille lieues et compte environ deux millions d'habitants. Elle s'étend depuis les monts Ourals, qui la séparent de la Russie d'Europe, jusqu'au littoral de l'océan Pacifique. Au sud, c'est le Turkestan et l'empire chinois qui la délimitent suivant une frontière assez indéterminée; au nord, c'est l'océan Glacial depuis la mer de Kara jusqu'au détroit de Behring. Elle est divisée en gouvernements ou provinces, qui sont ceux de Tobolsk, d'Yeniseisk, d'Irkoutsk, d'Omsk, de Iakoutsk; elle comprend deux districts, ceux d'Okhotsk et de Kamtschatka, et possède deux pays, maintenant soumis à la domination moscovite, le pays des Kirghis et le pays des Tchouktches.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §145 Deux gouverneurs généraux représentent l'autorité suprême des czars en ce vaste pays. L'un réside à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale; l'autre réside à Tobolsk, capitale de la Sibérie occidentale. La rivière Tchouna; un affluent du fleuve Yeniseï, sépare les deux Sibéries.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §147 Une seule communication, mais une communication électrique, joint les deux frontières ouest et est de la Sibérie au moyen d'un fil qui mesure plus de huit mille verstes de long (8,536 kilomètres). [La verste vaut 1067 mètres, c'est-à-dire un peu plus d'un kilomètre.] A sa sortie de l'Oural, il passe par Ekaterinbourg, Kassimow, Tioumen, Ichim, Omsk, Elamsk, Kolyvan, Tomsk, Krasnoiarsk, Nijni-Oudinsk, Irkoutsk, Verkne-Nertschink, Strelink, Albazine, Blagowstenks, Radde, Orlomskaya, Alexandrowskoë, Nikolaevsk, et prend six roubles et dix-neuf kopeks par chaque mot lancé à son extrême limite. [Environ 27 francs. Le rouble (argent) vaut 3 francs 75 centimes. Le kopek (cuivre) vaut 4 centimes.] D'Irkoutsk un embranchement va se souder à Kiakhta sur la frontière mongole, et de là, à trente kopeks par mot, la poste transporte les dépêches à Péking en quatorze jours.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §149 --Très-intelligent, mais impossible à maîtriser, et d'une ambition effrénée qui ne reculait devant rien. Il s'est bientôt jeté dans de secrètes intrigues, et c'est alors qu'il a été cassé de son grade par Son Altesse le grand-duc, puis exilé en Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §158 --Et, depuis cette époque, n'est-il pas retourné en Sibérie?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §161 «Il fut un temps, sire, où, quand on allait en Sibérie, on n'en revenait pas!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §164 --Eh bien, moi vivant, la Sibérie est et sera un pays dont on revient!»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §165 --Oui, général, et je vais t'apprendre ce que tu ignores. Ivan Ogareff, après avoir quitté le gouvernement de Perm, a passé les monts Ourals. Il s'est jeté en Sibérie, dans les steppes kirghises, et, là, il a tenté, non sans succès, de soulever ces populations nomades. Il est alors descendu plus au sud, jusque dans le Turkestan libre. Là, aux khanats de Boukhara, de Khokhand, de Koundouze, il a trouvé des chefs disposés à jeter leurs hordes tartares dans les provinces sibériennes et à provoquer une invasion générale de l'empire russe en Asie. Le mouvement a été fomenté secrètement, mais il vient d'éclater comme un coup de foudre, et maintenant les voies et moyens de communication sont coupés entre la Sibérie occidentale et la Sibérie orientale! De plus, Ivan Ogareff, altéré de vengeance, veut attenter à la vie de mon frère!»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §190 --Il y a d'autres condamnés que les exilés politiques en Sibérie, répondit le grand maître de police.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §205 Les Kirghis se divisent en trois hordes, la grande, la petite et la moyenne, et comptent environ quatre cent mille «tentes», soit deux millions d'âmes. De ces diverses tribus, les unes sont indépendantes, et les autres reconnaissent la souveraineté, soit de la Russie, soit des khanats de Khiva, de Khokhand et de Boukhara, c'est-à-dire des plus redoutables chefs du Turkestan. La horde moyenne, la plus riche, est en même temps la plus considérable, et ses campements occupent tout l'espace compris entre les cours d'eau du Sara-Sou, de l'Irtyche, de l'Ichim supérieur, le lac Hadisang et le lac Aksakal. La grande horde, qui occupe les contrées situées dans l'est de la moyenne, s'étend jusqu'aux gouvernements d'Omsk et de Tobolsk. Si donc ces populations kirghises se soulevaient, c'était l'envahissement de la Russie asiatique, et, tout d'abord, la séparation de la Sibérie, à l'est de l'Yeniseï.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §208 Omsk est le centre de l'organisation militaire de la Sibérie occidentale qui est destinée à tenir en respect les populations kirghises. Là sont les limites que ces nomades, incomplètement soumis, ont plus d'une fois insultées, et, au ministère de la guerre, on avait tout lieu de penser qu'Omsk était déjà très-menacé. La ligne des colonies militaires, c'est-à-dire de ces postes de Cosaques qui sont échelonnés depuis Omsk jusqu'à Sémipalatinsk, devait avoir été forcée en plusieurs points. Or, il était à craindre que les «grands sultans» qui gouvernent les districts kirghis n'eussent accepté volontairement ou subi involontairement la domination des Tartares, musulmans comme eux, et qu'à la haine provoquée par l'asservissement ne se fût jointe la haine due à l'antagonisme des religions grecque et musulmane.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §211 Où était-il en ce moment? Jusqu'où ses soldats étaient-ils parvenus à l'heure où la nouvelle de l'invasion arrivait à Moscou? À quel point de la Sibérie les troupes russes avaient-elles dû reculer? on ne pouvait le savoir. Les communications étaient interrompues. Le fil, entre Kolyvan et Tomsk, avait-il été brisé par quelques éclaireurs de l'armée tartare, ou l'émir était-il arrivé jusqu'aux provinces de l'Yeniseisk? Toute la basse Sibérie occidentale était-elle en feu? Le soulèvement s'étendait-il déjà jusqu'aux régions de l'est? on ne pouvait le dire. Le seul agent qui ne craint ni le froid ni le chaud, celui que ni les rigueurs de l'hiver ni les chaleurs de l'été ne peuvent arrêter, qui vole avec la rapidité de la foudre, le courant électrique, ne pouvait plus se propager à travers la steppe, et il n'était plus possible de prévenir le grand-duc, enfermé dans Irkoutsk, du danger dont le menaçait la trahison d'Ivan Ogareff.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §222 --En Sibérie même.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §237 Il avait été décidé que Michel Strogoff, à vingt ans, entrerait au service personnel de l'empereur de Russie, dans le corps des courriers du czar. Le jeune Sibérien, hardi, intelligent, zélé de bonne conduite, eut d'abord l'occasion de se distinguer spécialement dans un voyage au Caucase, au milieu d'un pays difficile, soulevé par quelques remuants successeurs de Shamyl, puis, plus tard, pendant une importante mission qui l'entraîna jusqu'à Petropolowski, dans le Kamtschatka, à l'extrême limite de la Russie asiatique. Durant ces longues tournées, il déploya des qualités merveilleuses de sang-froid, de prudence, de courage, qui lui valurent l'approbation et la protection de ses chefs, et il fit rapidement son chemin.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §267 --Tu connais la Sibérie?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §280 --Michel Strogoff, reprit alors le czar, en remettant le pli au jeune courrier, prends donc cette lettre, de laquelle dépend le salut de toute la Sibérie et peut-être la vie du grand-duc mon frère.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §304 La distance que Michel Strogoff allait franchir entre Moscou et Irkoutsk était de cinq mille deux cents verstes (3,523 kilomètres). Lorsque le fil télégraphique n'était pas encore tendu entre les monts Ourals et la frontière orientale de la Sibérie, le service des dépêches se faisait par des courriers dont les plus rapides employaient dix-huit jours à se rendre de Moscou à Irkoutsk. Mais c'était là l'exception, et cette traversée de la Russie asiatique durait ordinairement de quatre à cinq semaines, bien que tous les moyens de transport fussent mis à la disposition de ces envoyés du czar.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §317 Le podaroshna n'est autre chose qu'un permis de prendre les chevaux de poste; mais Michel Strogoff ne devait s'en servir que dans le cas où ce permis ne risquerait pas de faire suspecter sa qualité, c'est-à-dire tant qu'il serait sur le territoire européen. Il résultait donc, de cette circonstance, qu'en Sibérie, c'est-à-dire lorsqu'il traverserait les provinces soulevées, il ne pourrait ni agir en maître dans les relais de poste, ni se faire délivrer des chevaux de préférence à tous autres, ni réquisitionner les moyens de transport pour son usage personnel. Michel Strogoff ne devait pas l'oublier; il n'était plus un courrier, mais un simple marchand, Nicolas Korpanoff, qui allait de Moscou à Irkoutsk, et, comme tel, soumis à toutes les éventualités d'un voyage ordinaire.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §322 Il y a trente ans, l'escorte d'un voyageur de qualité ne comprenait pas moins de deux cents Cosaques montés, deux cents fantassins, vingt-cinq cavaliers baskirs, trois cents chameaux, quatre cents chevaux, vingt-cinq chariots, deux bateaux portatifs et deux pièces de canon. Tel était le matériel nécessité par un voyage en Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §324 Les chevaux de Sibérie vont être réquisitionnés, disait un voyageur, et les communications deviendront bien difficiles entre les diverses provinces de l'Asie centrale!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §354 --Si les Kirghis ont descendu le cours de l'Irtyche, la route d'Irkoutsk ne doit pas être sûre! répondit le voisin. D'ailleurs, hier, j'ai voulu envoyer un télégramme à Krasnoiarsk, et il n'a pas pu passer. Il est à craindre qu'avant peu les colonnes tartares n'aient isolé la Sibérie orientale!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §358 Avec la police russe, qui est très-péremptoire, il est absolument inutile de vouloir raisonner. Ses employés sont revêtus de grades militaires, et ils opèrent militairement. Le moyen, d'ailleurs, de ne pas obéir sans souffler mot à des ordres émanant d'un souverain qui a le droit d'employer cette formule en tête de ses ukases: «Nous, par la grâce de Dieu, empereur et autocrate de toutes les Russies, de Moscou, Kief, Wladimir et Novgorod, czar de Kazan, d'Astrakan, czar de Pologne, czar de Sibérie, czar de la Chersonèse Taurique, seigneur de Pskof, grand prince de Smolensk, de Lithuanie, de Volhynie, de Podolie et de Finlande, prince d'Esthonie, de Livonie, de Courlande et de Semigallie, de Bialystok, de Karélie, de Iougrie, de Perm, de Viatka, de Bolgarie et de plusieurs autres pays, seigneur et grand prince du territoire de Nijni-Novgorod, de Tchernigof, de Riazan, de Polotsk, de Rostof, de Jaroslavl, de Bielozersk, d'Oudorie, d'Obdorie, de Kondinie, de Vitepsk, de Mstislaf, dominateur des régions hyperboréennes, seigneur des pays d'Ivérie, de Kartalinie, de Grouzinie, de Kabardinie, d'Arménie, seigneur héréditaire et suzerain des princes tcherkesses, de ceux des montagnes et autres, héritier de la Norwége, duc de Schleswig-Holstein, de Stormarn, de Dittmarsen et d'Oldenbourg.» Puissant souverain, en vérité, que celui dont les armes sont un aigle à deux têtes, tenant un sceptre et un globe, qu'entourent les écussons de Novgorod, de Wladimir, de Kief, de Kazan, d'Astrakan, de Sibérie, et qu'enveloppe le collier de l'ordre de Saint-André, surmonté d'une couronne royale!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §377 En entendant ces demandes et ces réponses, Michel Strogoff éprouva à la fois un sentiment de surprise et de pitié. Quoi! cette jeune fille seule, en route pour cette lointaine Sibérie, et cela, lorsque, à ses dangers habituels, se joignaient tous les périls d'un pays envahi et soulevé! Gomment arriverait-elle? que deviendrait-elle?...
(Michel Strogoff, Jules Verne) §417 «Seule, se disait-il, seule au milieu de ces nomades! Et encore les dangers présents ne sont-ils rien auprès de ceux que l'avenir lui réserve! La Sibérie! Irkoutsk! Ce que je vais tenter pour la Russie et le czar, elle va le faire, elle, pour.... Pour qui? Pour quoi? Elle est autorisée à franchir la frontière! Et le pays au delà est soulevé! Des bandes tartares courent les steppes!...»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §433 «Sans doute, pensa-t-il, cette idée de voyager lui est venue avant l'invasion! Peut-être elle-même ignore-t-elle ce qui se passe!... Mais non, ces marchands ont causé devant elle des troubles de la Sibérie... et elle n'a pas paru étonnée.... Elle n'a même demandé aucune explication.... Mais alors elle savait donc, et, sachant, elle va!... La pauvre fille!... Il faut que le motif qui l'entraîne soit bien puissant! Mais, si courageuse qu'elle soit,--et elle l'est assurément--ses forces la trahiront en route, et, sans parler des dangers et des obstacles, elle ne pourra supporter les fatigues d'un tel voyage!... Jamais elle ne pourra atteindre Irkoutsk!»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §435 En sa qualité de Sibérien, et pour avoir passé son enfance dans la steppe, Michel Strogoff, on l'a dit, entendait presque tous ces idiomes usités depuis la Tartarie jusqu'à la mer Glaciale. Quant à la signification précise des paroles échangées entre le bohémien et sa compagne, il ne s'en préoccupa pas davantage. En quoi cela pouvait-il l'intéresser?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §456 Dans ces avenues, le long de ces allées, le soleil étant fort au-dessus de l'horizon, puisque, ce matin-là, il s'était levé avant quatre heures, l'affluence était déjà considérable. Russes, Sibériens, Allemands, Cosaques, Turcomans, Persans, Géorgiens, Grecs, Ottomans, Indous, Chinois, mélange extraordinaire d'Européens et d'Asiatiques, causaient, discutaient, péroraient, trafiquaient. Tout ce qui se vend ou s'achète semblait avoir été entassé sur cette place. Porteurs, chevaux, chameaux, ânes, bateaux, chariots, tout ce qui peut servir au transport des marchandises, était accumulé sur ce champ de foire. Fourrures, pierres précieuses, étoffes de soie, cachemires des Indes, tapis turcs, armes du Caucase, tissus de Smyrne ou d'Ispahan, armures de Tiflis, thés de la caravane, bronzes européens, horlogerie de la Suisse, velours et soieries de Lyon, cotonnades anglaises, articles de carrosserie, fruits, légumes, minerais de l'Oural, malachites, lapis-lazuli, aromates, parfums, plantes médicinales, bois, goudrons, cordages, cornes, citrouilles, pastèques, etc., tous les produits de l'Inde, de la Chine, de la Perse, ceux de la mer Caspienne et de la mer Noire, ceux de l'Amérique et de l'Europe, étaient réunis sur ce point du globe.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §464 Et encore faut-il le répéter,--car c'était une aggravation obligée de ces mesures,--à tous ces nomades que le décret d'exclusion frappait directement, les steppes de la Sibérie étaient même interdites, et il leur faudrait se jeter dans le sud de la mer Caspienne, soit en Perse, soit en Turquie, soit dans les plaines du Turkestan. Les postes de l'Oural et des montagnes qui forment comme le prolongement de ce fleuve sur la frontière russe ne leur eussent pas permis de passer. C'était donc un millier de verstes qu'ils étaient dans la nécessité de parcourir, avant de pouvoir fouler un sol libre.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §505 En effet, la jeune fille était de Riga, elle était Livonienne, Russe par conséquent, elle ne pouvait donc plus quitter le territoire russe! Ce permis, qui lui avait été délivré avant les nouvelles mesures, n'était évidemment plus valable. Toutes les routes de la Sibérie venaient de lui être impitoyablement fermées, et, quel que fût le motif qui la conduisît à Irkoutsk, il lui était dès a présent interdit de s'y rendre.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §510 Il lui vint alors, à l'esprit que la jeune fille n'avait peut-être pas eu connaissance de l'arrêté,--circonstance improbable, cependant, car un toi coup de foudre n'avait pu éclater sans être entendu de tous. Intéressée, évidemment, à connaître les moindres nouvelles qui venaient de la Sibérie, comment aurait-elle pu ignorer les mesures prises par le gouverneur, mesures qui la frappaient si directement?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §520 Ne connaissant pas l'arrêté du gouverneur, elle était venue au bureau de police pour faire viser son permis!... On lui avait refusé le visa! Sans doute elle était autorisée à se rendre à Irkoutsk, mais l'arrêté était formel, il annulait toutes autorisations antérieures, et les routes de la Sibérie lui étaient fermées.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §534 Il tenait à la main son podaroshna, qui lui faisait libres les routes de la Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §543 Michel Strogoff et la jeune Livonienne avaient pris passage à bord du _Caucase_. Leur embarquement s'était fait sans aucune difficulté. On le sait, le podaroshna, libellé au nom de Nicolas Korpanoff, autorisait ce négociant à être accompagné pendant son voyage en Sibérie. C'était donc un frère et une soeur qui voyageaient sous la garantie de la police impériale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §557 Michel Strogoff revint sur le pont, et, avide des nouvelles qui pouvaient peut-être modifier son itinéraire, il se mêla aux groupes de passagers, écoutant, mais ne prenant point part aux conversations. D'ailleurs, si le hasard faisait qu'il fût interrogé et dans l'obligation de répondre, il se donnerait pour le négociant Nicolas Korpanoff, que le _Caucase_ reconduisait à la frontière, car il ne voulait pas que l'on pût se douter qu'une permission spéciale l'autorisait à voyager en Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §582 --Une fois la frontière passée, nous serons en Sibérie, c'est-à-dire en pleine invasion.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §602 Le bruit courait, sur toute la frontière orientale de la Russie, que le soulèvement et l'invasion prenaient des proportions considérables. Les communications entre la Sibérie et l'empire étaient déjà extrêmement difficiles. Voilà ce que Michel Strogoff, sans avoir quitté le pont du _Caucase_, entendait dire aux nouveaux embarqués.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §658 «Non, pensa-t-il, pas de démarche irréfléchie! Si je fais arrêter ce vieux diseur de bonne aventure et sa bande, mon incognito risque d'être dévoilé. Les voilà débarqués, d'ailleurs, et, avant qu'ils aient passé la frontière, je serai déjà loin de l'Oural. Je sais bien qu'ils peuvent prendre la route de Kazam à Ichim, mais elle n'offre aucune ressource, et un tarentass, attelé de bons chevaux de Sibérie, devancera toujours un chariot de bohémiens! Allons, ami Korpanoff, reste tranquille!»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §675 Michel Strogoff ajouta alors qu'il avait obtenu un podaroshna spécial pour la Sibérie, et que, du côté des autorités russes, rien ne pourrait entraver sa marche.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §713 --Et seule, Nadia, répondit Michel Strogoff, seule, tu osais t'aventurer à travers les steppes de la Sibérie!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §716 Depuis deux ans, il habitait la capitale de la Sibérie orientale, et, là, il avait pu continuer, mais presque sans profit, sa profession de médecin. Néanmoins, peut-être eût-il été heureux, autant qu'un exilé peut l'être, si sa femme et sa fille eussent été près de lui. Mais Mme Fédor, déjà bien affaiblie, n'aurait pu quitter Riga. Vingt mois après le départ de son mari, elle mourut dans les bras de sa fille, qu'elle laissait seule et presque sans ressource. Nadia Fédor demanda alors et obtint facilement du gouvernement russe l'autorisation de rejoindre son père à Irkoutsk. Elle lui écrivit qu'elle partait. A peine avait-elle de quoi suffire à ce long voyage, et, cependant, elle n'hésita pas à l'entreprendre. Elle faisait ce qu'elle pouvait!... Dieu ferait le reste.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §725 Ce gouvernement, dont Perm est la capitale, est l'un des plus vastes de l'empire russe, et, franchissant les monts Ourals, il empiète sur le territoire de la Sibérie. Carrières de marbre, salines, gisements de platine et d'or, mines de charbon y sont exploités sur une grande échelle. En attendant que Perm, par sa situation, devienne une ville de premier ordre, elle est fort peu attrayante, très-sale, très-boueuse et n'offre aucune ressource. A ceux qui vont de Russie en Sibérie, ce manque de confort est assez indifférent, car ils viennent de l'intérieur et sont munis de tout le nécessaire; mais à ceux qui arrivent des contrées de l'Asie centrale, après un long et fatigant voyage, il ne déplairait pas, sans doute, que la première ville européenne de l'empire, située à la frontière asiatique, fût mieux approvisionnée.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §736 C'est a Perm que les voyageurs revendent leurs véhicules, plus ou moins endommagés par une longue traversée au milieu des plaines de la Sibérie. C'est là aussi que ceux qui passent d'Europe en Asie achètent des voitures pendant l'été, des traîneaux pendant l'hiver, avant de se lancer pour plusieurs mois au milieu des steppes.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §737 Malheureusement, par suite des mesures prises contre les étrangers d'origine asiatique, un grand nombre de voyageurs avaient déjà quitté Perm, et, par conséquent, les moyens de transport étaient extrêmement rares. Michel Strogoff serait donc dans la nécessité de se contenter du rebut des autres. Quant aux chevaux, tant que le courrier du czar ne serait pas en Sibérie, il pourrait sans danger exhiber son podaroshna, et les maîtres de poste attelleraient pour lui de préférence. Mais, ensuite, une fois hors de la Russie européenne, il ne pourrait plus compter que sur la puissance des roubles.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §740 Cet iemschik change, d'ailleurs, à chaque relais. Celui auquel revenait la conduite du tarentass pendant la première étape était Sibérien, comme ses chevaux, et non moins poilu qu'eux, cheveux longs, coupés carrément sur le front, chapeau à bords relevés, ceinture rouge, capote à parements croisés sur des boutons frappés au chiffre impérial.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §754 La façon dont l'iemschik maintenait l'allure de son attelage eût été certainement remarquée de tous autres voyageurs qui, n'étant ni Russes ni Sibériens, n'eussent pas été habitués à ces façons d'agir. En effet, le cheval de brancard, régulateur de la marche, un peu plus grand que ses congénères, gardait imperturbablement, et quelles que fussent les pentes de la route, un trot très-allongé, mais d'une régularité parfaite. Les deux autres chevaux ne semblaient connaître d'autre allure que le galop et se démenaient avec mille fantaisies fort amusantes. L'iemschik, d'ailleurs, ne les frappait pas. Tout au plus les stimulait-il par les mousquetades éclatantes de son fouet. Mais que d'épithètes il leur prodiguait, lorsqu'ils se conduisaient en bêtes dociles et consciencieuses, sans compter les noms de saints dont il les affublait! La ficelle qui lui servait de guides n'aurait eu aucune action sur des animaux à demi emportés, mais, «napravo», à droite, «na lèvo», à gauche,--ces mots, prononcés d'une voix gutturale, faisaient meilleur effet que bride ou bridon.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §760 --Oui, mais je suis Sibérien, et tout enfant, quand je suivais mon père dans ses chasses, je m'accoutumais à ces dures épreuves. Mais toi, lorsque tu m'as dit, Nadia, que l'hiver ne t'aurait pas arrêtée, que tu serais partie seule, prête à lutter contre les redoutables intempéries du climat sibérien, il m'a semblé te voir perdue dans les neiges et tombant pour ne plus te relever!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §781 Pendant cette journée, le tarentass fut mené rapidement par les iemschiks qui se succédèrent à chaque relais. Les aigles de la montagne n'eussent pas trouvé leur nom déshonoré par ces «aigles» de la grande route. Le haut prix payé par chaque cheval, les pourboires largement octroyés, recommandaient les voyageurs d'une façon toute spéciale. Peut-être les maîtres de poste trouvèrent-ils singulier, après la publication de l'arrêté, qu'un jeune homme et sa soeur, évidemment Russes tous les deux, pussent courir librement à travers la Sibérie, fermée à tous autres, mais leurs papiers étaient en règle, et ils avaient le droit de passer. Aussi les poteaux kilométriques restaient-ils rapidement on arrière du tarentass.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §788 Le lendemain, 20 juillet, vers huit heures du matin, les premiers profils des monts Ourals se dessinèrent dans l'est. Cependant, cette importante chaîne, qui sépare la Russie d'Europe de la Sibérie, se trouvait encore à une assez grande distance, et on ne pouvait compter l'atteindre avant la fin de la journée. Le passage des montagnes devrait donc nécessairement s'effectuer pendant la nuit prochaine.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §804 Telle était la frontière que Michel Strogoff devait franchir pour passer de Russie en Sibérie, et, on l'a dit, en prenant la route qui va de Perm à Ekaterinbourg, située sur le versant oriental des monts Ourals, il avait agi sagement. C'était la voie la plus facile et la plus sûre, celle qui sert au transit de tout le commerce de l'Asie centrale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §819 --Et vous avez des raisons sérieuses de penser que le colonel Ogareff est en Sibérie?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1001 --En Sibérie, messieurs, répondit Michel Strogoff, nous sommes forcés de faire un peu de tout!»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1033 Ekaterinbourg, géographiquement, est une ville d'Asie, car elle est située au delà des monts Ourals, sur les dernières pentes orientales de la chaîne. Néanmoins, elle dépend du gouvernement de Perm, et, par conséquent, elle est comprise dans une des grandes divisions de la Russie d'Europe. Cet empiétement administratif doit avoir sa raison d'être. C'est comme un morceau de la Sibérie qui reste entre les mâchoires russes.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1075 A cette époque, la population d'Ekaterinbourg s'était fort accrue. Russes ou Sibériens, menacés par l'invasion tartare, y avaient afflué, après avoir fui les provinces déjà envahies par les hordes de Féofar-Khan, et principalement le pays kirghis, qui s'étend dans le sud-ouest de l'Irtyche jusqu'aux frontières du Turkestan.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1077 Nadia était enfin en Sibérie et sur cette longue route qui conduit à Irkoutsk! Quelles devaient être alors les pensées de la jeune Livonienne? Trois rapides chevaux l'emportaient à travers cette terre de l'exil, où son père était condamné à vivre, longtemps peut-être, et si loin de son pays natal! Mais c'était a peine si elle voyait se dérouler devant ses yeux ces longues steppes, qui, un instant, lui avaient été fermées, car son regard allait plus loin que l'horizon, derrière lequel il cherchait le visage de l'exilé! Elle n'observait rien du pays qu'elle traversait avec cette vitesse de quinze verstes à l'heure, rien de ces contrées de la Sibérie occidentale, si différentes des contrées de l'est. Ici, en effet, peu de champs cultivés, un sol pauvre, au moins à sa surface, car, dans ses entrailles, il recèle abondamment le fer, le cuivre, le platine et l'or. Aussi partout des exploitations industrielles, mais rarement des établissements agricoles. Comment trouverait-on des bras pour cultiver la terre, ensemencer les champs, récolter les moissons, lorsqu'il est plus productif de touiller le sol à coups de mine, à coups de pic? Ici, le paysan a fait place au mineur. La pioche est partout, la bêche nulle part.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1089 Pendant que les choses étaient ainsi dans la première voiture, que se passait-il dans la seconde? Rien que de fort ordinaire. Alcide Jolivet parlait par phrases, Harry Blount répondait par monosyllabes. Chacun envisageait les choses à sa façon et prenait des notes sur les quelques incidents du voyage,--incidents qui furent d'ailleurs peu variés pendant cette traversée des premières provinces de la Sibérie occidentale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1094 Tioumen, dont la population normale est de dix mille habitants, en comptait alors le double. Cette ville, premier centre industriel que les Russes créèrent. en Sibérie, dont on remarque les belles usines métallurgiques et la fonderie de cloches, n'avait jamais présenté une telle animation.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1112 On disait, entre autres choses, que l'armée de Féofar-Khan s'approchait rapidement de la vallée de l'Ichim, et l'on confirmait que le chef tartare allait être bientôt rejoint par le colonel Ivan Ogareff, s'il ne l'était déjà. D'où cette conclusion naturelle que les opérations seraient alors poussées dans l'est de la Sibérie avec la plus grande activité.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1114 C'est à cet endroit même, où le tarentass venait de franchir le fleuve, que se termine ce qu'on appelle en langage militaire la «chaîne d'Ichim», chaîne de tours ou de fortins en bois, qui s'étend depuis la frontière sud de la Sibérie sur un espace de quatre cents verstes environ (427 kilomètres). Autrefois, ces fortins étaient occupés par des détachements de Cosaques, et ils protégeaient la contrée aussi bien contre les Kirghis que contre les Tartares. Mais, abandonnés, depuis que le gouvernement moscovite croyait ces hordes réduites à une soumission absolue, ils ne pouvaient plus servir, précisément alors qu'ils auraient été si utiles. La plupart de ces fortins venaient d'être réduits en cendres, et quelques fumées que les bateliers montrèrent à Michel Strogoff, tourbillonnant au-dessus de l'horizon méridional, témoignaient de l'approche de l'avant-garde tartare.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1240 Omsk est la capitale officielle de la Sibérie occidentale. Ce n'est pas la ville la plus importante du gouvernement de ce nom, puisque Tomsk est plus peuplée et plus considérable, mais c'est à Omsk que réside le gouverneur général de cette première moitié de la Russie asiatique.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1310 Tomsk, en effet, avait été prise par Féofar-Khan depuis quelques jours, et c'est de là que les envahisseurs, maîtres de la Sibérie centrale, devaient marcher sur Irkoutsk.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1318 Avec une telle ville et un tel otage, toute la Sibérie asiatique devait tomber aux mains des envahisseurs.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1321 Quand il revint à lui, il se trouva dans la cabane d'un moujik qui l'avait recueilli et soigné, et auquel il devait d'être encore vivant. Depuis combien de temps était-il l'hôte de ce brave Sibérien? il n'eût pu le dire. Mais, lorsqu'il rouvrit les yeux, il vit une bonne figure barbue, penchée sur lui, qui le regardait d'un oeil compatissant. Il allait demander où il était, lorsque le moujik, le prévenant, lui dit:
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1325 Sur la grande place, transformée en camp que gardaient de nombreuses sentinelles, deux mille Tartares bivouaquaient en bon ordre, Les chevaux, attachés à des piquets, mais toujours harnachés, étaient prêts à partir au premier ordre. Omsk ne pouvait être qu'une halte provisoire pour cette cavalerie tartare, qui devait lui préférer les riches plaines de la Sibérie orientale, là où les villes sont plus opulentes, les campagnes plus fertiles, et, par conséquent, le pillage plus fructueux.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1357 En tout cas, et plus que jamais, Michel Strogoff devait fuir Ivan Ogareff et faire en sorte de ne point en être vu. Lorsque le moment serait venu de se rencontrer avec lui face à face, il saurait le retrouver,--fut-il maître de la Sibérie toute entière!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1378 Michel Strogoff dut donc se résigner à passer la nuit à Elamsk, pour permettre à son cheval de se reposer pendant douze heures. Il se rappelait les recommandations qui lui avaient été faites à Moscou: traverser la Sibérie incognito, arriver quand même à Irkoutsk, mais, dans une certaine mesure, ne pas sacrifier la réussite à la rapidité du voyage, et, par conséquent, il devait ménager l'unique moyen de transport qui lui restât.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1467 Michel Strogoff aurait pu trouver une voiture à Kamsk et remplacer par un véhicule plus commode le cheval qui le portait depuis Omsk. Mais, après mûre réflexion, il craignit que l'achat d'un tarentass n'attirât l'attention sur lui, et, tant qu'il n'aurait pas dépassé la ligne maintenant occupée par les Tartares, ligne qui coupait la Sibérie à peu près suivant la vallée de l'Irtyche, il ne voulait pas risquer de donner prise aux soupçons.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1476 D'ailleurs, pour achever la difficile traversée de la Baraba, pour fuir à travers le marécage, au cas où quelque danger l'eût menacé trop directement, pour distancer des cavaliers lancés à sa poursuite, pour se jeter, s'il le fallait, même au plus épais du fourré des joncs, un cheval valait évidemment mieux qu'une voiture. Plus tard, au delà de Tomsk, ou même de Krasnoiarsk, dans quelque centre important de la Sibérie occidentale, Michel Strogoff verrait ce qu'il conviendrait de faire.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1477 Michel Strogoff devait donc prendre les plus minutieuses précautions en traversant cette contrée. Quelques volutes de fumée qui se tordaient au-dessus de l'horizon indiquaient que bourgs et hameaux brûlaient encore. Ces incendies avaient-ils été allumés par l'avant-garde, ou l'armée de l'émir s'était-elle déjà avancé jusqu'aux dernières limites de la province? Féofar Khan se trouvait-il de sa personne dans le gouvernement de l'Yeniseisk? Michel Strogoff ne le savait et ne pouvait rien décider sans être fixé à cet égard. Le pays était-il donc si abandonné qu'il ne s'y trouvât plus un seul Sibérien pour le renseigner?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1495 _«Daily Telegraph, Londres. «De Kolyvan, gouvernement d'Omsk, Sibérie, 6 août. «Engagement des troupes russes et tartares...»_
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1663 _«Madeleine Jolivet, «10, Faubourg-Montmartre (Paris). «De Kolyvan, gouvernement d'Omsk, Sibérie, 6 août. «Les fuyards s'échappent de la ville. Russes battus. Poursuite acharnée de la cavalerie tartare....»_
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1687 Cette portion de la steppe est ordinairement occupée, pendant la saison chaude, par des Sibériens pasteurs, et elle suffit à la nourriture de leurs nombreux troupeaux. Mais, à cette époque, on y eût vainement cherché un seul de ces nomades habitants. Non pas que cette plaine fût déserte. Elle présentait, au contraire, une extraordinaire animation.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1724 Là, en effet, se dressaient les tentes tartares, là campait Féofar-Khan, le farouche émir de Boukhara, et c'est là que le lendemain, 7 août, furent amenés les prisonniers faits à Kolyvan, après l'anéantissement du petit corps russe. De ces deux mille hommes, qui s'étaient engagés entre les deux colonnes ennemies, appuyées à la fois sur Omsk et sur Tomsk, il ne restait plus que quelques centaines de soldats. Les événements tournaient donc mal, et le gouvernement impérial semblait être compromis au delà des frontières de l'Oural,--au moins momentanément, car les Russes ne pouvaient manquer de repousser tôt ou tard ces hordes d'envahisseurs. Mais enfin l'invasion avait atteint le centre de la Sibérie, et elle allait, à travers le pays soulevé, se propager soit sur les provinces de l'ouest, soit sur les provinces de l'est. Irkoutsk était maintenant coupée de toute communication avec l'Europe. Si les troupes de l'Amour et de la province d'Irkoutsk n'arrivaient pas à temps pour l'occuper, cette capitale de la Russie asiatique, réduite à des forces insuffisantes, tomberait aux mains des Tartares, et, avant qu'elle eût pu être reprise, le grand-duc, frère de l'empereur, aurait été livré à la vengeance d'Ivan Ogareff.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1725 Le camp levé, Tomsk allait devenir la résidence de l'émir, jusqu'au moment où il l'échangerait enfin contre la capitale de la Sibérie orientale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1739 Ce que Michel Strogoff, en effet, redoutait par-dessus tout, c'était et ce devait être la présence d'Ivan Ogareff au camp tartare. Outre le danger d'être reconnu, il sentait, par une sorte d'instinct, que c'était ce traître sur lequel il lui importait surtout de prendre l'avance. Il comprenait aussi que la réunion des troupes d'Ivan Ogareff à celles de Féofar porterait au complet l'effectif de l'armée envahissante, et que, la jonction opérée, cette armée marcherait en masse sur la capitale de la Sibérie orientale. Aussi, toutes ses appréhensions venaient-elles de ce côté, et, à chaque instant, écoutait-il si quelque fanfare n'annonçait pas l'arrivée du lieutenant de l'émir.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1746 --Qu'elles semblent en mauvais chemin pour le moment. Mais bah! le gouvernement moscovite est puissant, il ne peut vraiment s'inquiéter d'une invasion de barbares, et la Sibérie ne lui échappera pas.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1770 --Il y viendra. Cela ne peut manquer. Il faut qu'il rejoigne l'émir. La Sibérie est coupée en deux maintenant, et très-certainement l'armée de Féofar n'attend plus que lui pour se porter sur Irkoutsk.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1784 C'était tout un corps d'armée qu'Ivan Ogareff amenait à l'émir. Ces cavaliers et ces fantassins faisaient partie de la colonne qui s'était emparée d'Omsk. Ivan Ogareff, n'ayant pu réduire la ville haute, dans laquelle--on ne l'a point oublié--le gouverneur et la garnison avaient cherché refuge, s'était décidé à passer outre, ne voulant pas retarder les opérations qui devaient amener la conquête de la Sibérie orientale. Il avait donc laissé une garnison suffisante à Omsk. Puis, entraînant ses hordes, se renforçant en route des vainqueurs de Kolyvan, il venait faire sa jonction avec l'armée de Féofar.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1796 Sangarre, autrefois compromise dans une très-grave affaire, avait été sauvée par l'officier russe. Elle n'avait point oublié ce qu'elle lui devait et s'était à lui, corps et âme. Ivan Ogareff, entré dans la voie de la trahison, avait compris quel parti il pouvait tirer de cette femme. Quelque ordre qu'il lui donnât, Sangarre l'exécutait. Un instinct inexplicable, plus impérieux encore que celui de la reconnaissance, l'avait poussée à se faire l'esclave du traître, auquel elle était attachée depuis les premiers temps de son exil en Sibérie. Confidente et complice, Sangarre, sans patrie, sans famille, s'était plu à mettre sa vie vagabonde au service des envahisseurs qu'Ivan Ogareff allait jeter sur la Sibérie. A la prodigieuse astuce naturelle à sa race, elle joignait une énergie farouche, qui ne connaissait ni le pardon ni la pitié. C'était une sauvage, digne de partager le wigwam d'un Apache ou la hutte d'un Andamien.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1802 Depuis son arrivée à Omsk, où elle l'avait rejoint avec ses tsiganes, Sangarre n'avait plus quitté Ivan Ogareff. La circonstance qui avait mis en présence Michel et Marfa Strogoff lui était connue. Les craintes d'Ivan Ogareff, relatives au passage d'un courrier du czar, elle les savait et les partageait. Marfa Strogoff prisonnière, elle eût été femme à la torturer avec tout le raffinement d'une Peau-Rouge, afin de lui arracher son secret. Mais l'heure n'était pas venue à laquelle Ivan Ogareff voulait faire parler la vieille Sibérienne. Sangarre devait attendre, et elle attendait, sans perdre des yeux celle qu'elle espionnait à son insu, guettant ses moindres gestes, ses moindres paroles, l'observant jour et nuit, cherchant à entendre ce mot de ?fils? s'échapper de sa bouche, mais déjouée jusqu'alors par l'inaltérable impassibilité de Marfa Strogoff.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1803 C'était là le suprême résultat que poursuivait Ivan Ogareff. On l'eût pris, à l'entendre, pour l'un de ces cruels descendants de Stepan Razine, le célèbre pirate qui ravagea la Russie méridionale au XVIIIe siècle. S'emparer du grand-duc, le frapper sans pitié, c'était pleine satisfaction donnée à sa haine! En outre, la prise d'Irkoutsk faisait passer immédiatement sous la domination tartare toute la Sibérie orientale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1836 «Vous demandez, dit-il, l'autorisation de suivre nos opérations militaires en Sibérie?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1859 Toutefois, quelque providentiel dessein avait placé à ses côtés un être courageux, charitable, fait pour la comprendre et l'assister. Parmi ses compagnes d'infortune, une jeune fille, remarquable par sa beauté et par une impassibilité qui ne le cédait en rien à celle de la Sibérienne, semblait s'être donné la tâche de veiller sur elle. Aucune parole n'avait été échangée entre les deux captives, mais la jeune fille se trouvait toujours à point nommé auprès de la vieille femme, quand son secours pouvait lui être utile. Celle-ci n'avait pas tout d'abord accepté sans méfiance les soins muets de cette inconnue. Peu à peu, cependant, l'évidente droiture du regard de cette jeune fille, sa réserve et la mystérieuse sympathie qu'une communauté de douleurs établit entre d'égales infortunes, avaient eu raison de la froideur hautaine de Marfa Strogoff. Nadia--car c'était elle--avait pu ainsi, sans la connaître, rendre à la mère les soins qu'elle-même avait reçus de son fils. Son instinctive bonté l'avait doublement bien inspirée. En se vouant à la servir, Nadia assurait à sa jeunesse et à sa beauté la protection de l'âge de la vieille prisonnière. Au milieu de cette foule d'infortunés, aigris par les souffrances, ce groupe silencieux de deux femmes, dont l'une semblait être l'aïeule, l'autre la petite-fille, imposait à tous une sorte de respect.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1881 Nadia, elle aussi, fut longtemps, sinon muette, du moins sobre de toute parole inutile. Cependant, un jour, sentant qu'elle avait devant elle une âme simple et haute, son coeur avait débordé, et elle avait raconté, sans en rien cacher, tous les événements qui s'étaient accomplis depuis son départ de Wladimir jusqu'à la mort de Nicolas Korpanoff. Ce qu'elle dit de son jeune compagnon intéressa vivement la vieille Sibérienne.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1893 Telle était maintenant la situation de Marfa Strogoff et de Nadia l'une vis-à-vis de l'autre. La vieille Sibérienne avait tout compris, et si la jeune fille ignorait que son compagnon tant regretté vécût encore, elle savait, du moins, ce qu'il était à celle dont elle avait fait sa mère, et elle remerciait Dieu de lui avoir donné cette joie de pouvoir remplacer auprès de la prisonnière le fils qu'elle avait perdu.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1937 Les prisonniers amenés par Ivan Ogareff avaient été réunis à ceux que l'émir gardait déjà au camp tartare. Ces malheureux, Russes ou Sibériens, militaires ou civils, étaient au nombre de quelques milliers, et ils formaient une colonne qui s'étendait sur une longueur de plusieurs verstes. Parmi eux, il en était qui, considérés comme plus dangereux, avaient été attachés par des menottes à une longue chaîne. Il y avait aussi des femmes, des enfants, liés ou suspendus aux pommeaux des selles, et impitoyablement traînés sur les routes! On les poussait tous comme un bétail humain. Les cavaliers qui les escortaient les obligeaient à garder un certain ordre, et il n'y avait de retardataires que ceux qui tombaient pour ne plus se relever.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §1939 Ivan Ogareff avait compris que, quelles que fussent ses menaces, quelles que fussent les tortures auxquelles on la soumettrait, l'indomptable Sibérienne ne parlerait pas. Pour découvrir le courrier du czar, il comptait donc, non sur elle, mais sur Michel Strogoff lui-même. Il ne croyait pas possible que, lorsque la mère et le fils seraient en présence l'un de l'autre, un mouvement irrésistible ne les trahît pas. Certainement, s'il n'avait voulu que saisir la lettre impériale, il aurait simplement donné l'ordre de fouiller tous ces prisonniers; mais Michel Strogoff pouvait avoir détruit cette lettre, après en avoir pris connaissance, et s'il n'était pas reconnu, s'il parvenait à gagner Irkoutsk, les plans d'Ivan Ogareff seraient déjoués. Ce n'était donc pas seulement la lettre qu'il fallait au traître, c'était le porteur lui-même.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2026 Nadia avait tout entendu, et elle savait maintenant ce qu'était Michel Strogoff et pourquoi il avait voulu traverser sans être reconnu les provinces envahies de la Sibérie!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2027 Quoi qu'il en soit, M. Russel-Killough dit positivement que Tomsk est non-seulement la plus jolie ville de la Sibérie, mais encore une des plus jolies villes du monde, avec ses maisons à colonnades et à péristyles, ses trottoirs en bois, ses rues larges et régulières, et ses quinze magnifiques églises que reflètent les eaux du Tom, plus large qu'aucune rivière de France.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2076 Seuls, les Sibériens manquaient à cette réception des envahisseurs. Ceux qui n'avaient pu fuir étaient confinés dans leurs maisons, avec la crainte du pillage que Féofar-Khan allait peut-être ordonner, pour terminer dignement cette cérémonie triomphale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2086 La vieille Sibérienne, toujours énergique quand il ne s'agissait que d'elle, avait le visage horriblement pâle. Elle s'attendait à quelque terrible scène. Ce n'était pas sans raison que son fils avait été conduit devant l'émir. Aussi tremblait-elle pour lui. Ivan Ogareff, frappé publiquement de ce knout levé sur elle, n'était pas homme à pardonner, et sa vengeance serait sans merci. Quelque épouvantable supplice, familier aux barbares de l'Asie centrale, menaçait certainement Michel Strogoff. Si Ivan Ogareff l'avait épargné au moment où ses soldats s'étaient jetés sur lui, c'est parce qu'il savait bien ce qu'il faisait en le réservant à la justice de l'émir.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2104 La, mêlée à la foule, elle avait tout vu. Pas un cri ne lui échappa lorsque la lame, chauffée à blanc, passa devant les yeux de son compagnon. Elle eut la force de rester immobile et muette. Une providentielle inspiration lui dit de se réserver, libre encore, pour guider le fils de Marfa Strogoff au but qu'il avait juré d'atteindre. Son coeur, un moment, cessa de battre, lorsque la vieille Sibérienne tomba inanimée, mais une pensée lui rendit toute son énergie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2242 C'est ainsi que l'on traversa la rivière d'Ichimsk, les bourgades d'Ichimskoë, Berikylskoë, Kuskoë, la rivière de Mariinsk, la bourgade du même nom, Bogotowlskoë et enfin la Tchoula, petit cours d'eau qui sépare la Sibérie occidentale de la Sibérie orientale. La route se développait tantôt à travers d'immenses landes, qui laissaient un champ vaste aux regards, tantôt sous d'épaisses et interminables forêts de sapins, dont on croyait ne jamais sortir.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2354 Michel Strogoff, on peut le dire, voyait le pays parcouru par les yeux de Nicolas et de la jeune fille. A tour de rôle, tous deux lui peignaient les sites en vue desquels passait la kibitka. Il savait s'il était en forêt ou en plaine, si quelque hutte se montrait sur la steppe, si quelque Sibérien apparaissait a l'horizon. Nicolas ne tarissait pas. Il aimait à causer, et, quelle que fût sa façon d'envisager les choses, on aimait à l'entendre.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2357 «Assez beau, petit père, répondit-il, mais ce sont les derniers jours de l'été. L'automne est court en Sibérie, et, bientôt, nous subirons les premiers froids de l'hiver. Peut-être les Tartares songeront-ils à se cantonner pendant la mauvaise saison?»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2359 Aussi, au cas où ses services ne pourraient pas être utilisés à Krasnoiarsk, qui devait toujours se trouver en communication télégraphique avec Irkoutsk, il se proposait d'aller soit au poste d'Oudinsk, soit même jusqu'à la capitale de la Sibérie. Donc, dans ce cas, il continuerait à voyager avec le frère et la soeur, et en qui trouveraient-ils un guide plus sûr, un ami plus dévoué?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2385 Dix minutes après, elle entrait dans la grande rue. Krasnoiarsk était déserte! Il n'y avait plus un Athénien dans cette «Athènes du Nord», ainsi que l'appelle Mme de Bourboulon. Pas un de ses équipages, si brillamment attelés, n'en parcourait les rues propres et larges. Pas un passant ne suivait les trottoirs établis à la base de ses magnifiques maisons de bois, d'un aspect monumental! Pas une élégante Sibérienne, habillée aux dernières modes de France, ne se promenait au milieu de cet admirable parc, taillé dans une forêt de bouleaux, qui se prolonge jusqu'aux berges de l'Yeniseï! La grosse cloche de la cathédrale était muette, les carillons des églises se taisaient, et il est rare, cependant, qu'une ville russe ne soit pas emplie du son de ses cloches! Mais, ici, c'était l'abandon complet. Il n'y avait plus un être vivant dans cette ville, naguère si vivante!
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2399 Au sortir de Kamsk, Michel Strogoff apprit à Nadia et à Nicolas qu'ils ne trouveraient plus qu'une petite ville de quelque importance, Nijni-Oudinsk, avant Irkoutsk. Nicolas répondit qu'il le savait d'autant mieux qu'une station télégraphique existait dans cette bourgade. Donc, si Nijni Oudinsk était abandonnée comme Kamsk, il serait bien obligé d'aller chercher quelque occupation jusqu'à la capitale de la Sibérie orientale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2496 A partir d'Ekaterinbourg, la route d'Irkoutsk suit presque parallèlement le cinquante-cinquième degré de latitude, mais, en sortant de Biriousinsk, elle oblique franchement vers le sud-est, de manière à couper de biais le centième méridien. Elle prend le plus court pour atteindre la capitale de la Sibérie orientale, en franchissant les dernières rampes des monts Sayansk. Ces montagnes ne sont elles-mêmes qu'une dérivation de la grande chaîne des Altaï; qui est visible à une distance de deux cents verstes.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2524 Telle était la situation à cette date,--situation des plus graves pour cette partie de la Sibérie orientale, complètement isolée, et pour les défenseurs, relativement peu nombreux, de sa capitale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2555 Les traces de la troisième colonne tartare, qui se dirigeait sur Irkoutsk, n'y manquaient pas. Ici quelque cheval mort, là un chariot abandonné. Les corps de malheureux Sibériens jalonnaient aussi la route, principalement à l'entrée des villages. Nadia, domptant sa répugnance, regardait tous ces cadavres!...
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2616 Sa mère! Nadia ne l'eût pas voulu. Pourquoi renouveler ses douleurs? La vieille Sibérienne n'était-elle pas morte? Son fils n'avait-il pas donné le dernier baiser à ce cadavre étendu sur le plateau de Tomsk?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2623 A ceux qui l'interrogèrent, Michel Strogoff ne dit rien des faits qui s'étaient passés à Tomsk. Il se donna pour un habitant de Krasnoiarsk qui n'avait pu gagner Irkoutsk avant que les troupes de l'émir fussent arrivées sur la rive gauche du Dinka, et il ajouta que, très-probablement, le gros des forces tartares avait pris position devant la capitale de la Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2748 Mais, en ce moment, Livenitchnaia était abandonnée. Ses habitants n'avaient pu rester exposés aux déprédations des Tartares, qui couraient maintenant les deux rives de l'Angara. Ils avaient envoyé à Irkoutsk la flottille de bateaux et de barques, qui hiverne ordinairement dans leur port, et, munis de tout ce qu'ils pouvaient emporter, ils s'étaient réfugiés à temps dans la capitale de la Sibérie orientale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2766 Donc, s'étant procuré des chevaux, ils avaient abandonné Tomsk le soir même, avec l'intention bien arrêtée de dater désormais leurs chroniques des campements russes de la Sibérie orientale.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2780 «Messieurs, dit Michel Strogoff à voix basse, vous ne devez pas savoir qui je suis, ni ce que je suis venu faire en Sibérie. Je vous demande de respecter mon secret. Me le promettez-vous?
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2800 Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale, est une ville peuplée, en temps ordinaire, de trente mille habitants. Une berge assez élevée, qui se dresse sur la rive droite de l'Angara, sert d'assise à ses églises, que domine une haute cathédrale, et à ses maisons, disposées dans un pittoresque désordre.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2919 A cette époque, Irkoutsk, refuge de Sibériens de la province, était encombrée. Les ressources en toutes choses y abondaient. Irkoutsk, c'est l'entrepôt de ces innombrables marchandises qui s'échangent entre la Chine, l'Asie centrale et l'Europe. On n'avait donc pas craint d'y attirer les paysans de la vallée d'Angara, des Mongols-Khalkas, des Toungouzes, des Bourets, et de laisser s'étendre le désert entre les envahisseurs et la ville.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2921 Irkoutsk est la résidence du gouverneur général de la Sibérie orientale. Au-dessous de lui fonctionnent un gouverneur civil, aux mains duquel se concentre l'administration de la province, un maître de police, fort occupé dans une ville où les exilés abondent, et enfin un maire, chef des marchands, personnage considérable par son immense fortune et pour l'influence qu'il exerce sur ses administrés.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2922 Les nouvelles de la prise d'Ichim, d'Omsk, de Tomsk parvinrent successivement à Irkoutsk. Il fallait donc à tout prix sauver de l'occupation cette capitale de la Sibérie. On ne devait pas compter sur des secours prochains. Le peu de troupes disséminées dans les provinces de l'Amour et dans le gouvernement d'Irkoutsk ne pouvaient arriver en assez grand nombre pour arrêter les colonnes tartares. Or, puisqu'Irkoutsk était dans l'impossibilité d'échapper à l'investissement, ce qui importait avant tout, c'était de mettre la ville en état de soutenir un siège de quelque durée.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2931 --Par les exilés de Sibérie, qui, Votre Altesse le sait, sont au nombre de cinq cents dans la ville.»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §2970 «Le czar ne refusera pas d'accepter la lettre de grâce que je tire sur lui! dit-il en souriant. Il nous faut des héros pour défendre la capitale de la Sibérie, et je viens d'en faire.»
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3008 --Je veux dire qu'Ichim, Omsk, Tomsk, pour ne parler que des villes importantes des deux Sibéries, ont été successivement occupées par les soldats de Féofar-Khan.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3054 --Et Sa Majesté me l'a dit elle-même en m'avertissant que, pendant mon voyage à travers la Sibérie, j'eusse surtout à me méfier de ce traître.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3092 Pendant les deux jours qui suivirent, 3 et 4 octobre, le grand-duc demanda plusieurs fois le prétendu Michel Strogoff et lui fit répéter tout ce qu'il avait entendu dans le cabinet impérial du Palais-Neuf. Ivan Ogareff, préparé à toutes ces questions, répondit sans jamais hésiter. Il ne cacha pas, à dessein, que le gouvernement du czar avait été absolument surpris par l'invasion, que le soulèvement avait été préparé dans le plus grand secret, que les Tartares étaient déjà maîtres de la ligne de l'Obi, quand les nouvelles arrivèrent à Moscou, et, enfin, que rien n'était prêt dans les provinces russes pour jeter en Sibérie les troupes nécessaires à repousser les envahisseurs.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3129 On était au 5 octobre. Avant vingt-quatre heures, la capitale de la Sibérie orientale devait être entre les mains de l'émir, et le grand-duc au pouvoir d'Ivan Ogareff.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3145 On comprend, dès lors, que lorsqu'Ivan Ogareff avait, par une cruelle ironie, placé la lettre impériale devant ses yeux qu'il croyait éteints, Michel Strogoff avait pu lire, avait lu cette lettre qui dévoilait les odieux desseins du traître. De là, cette énergie qu'il déploya pendant la seconde partie de son voyage. De là, cette indestructible volonté d'atteindre Irkoutsk et d'en arriver à remplir de vive voix sa mission. Il savait que la ville devait être livrée! Il savait que la vie du grand-duc était menacée! Le salut du frère du czar et de la Sibérie était donc encore dans ses mains.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3259 Quelques jours après la cérémonie, Michel et Nadia Strogoff, accompagnés de Wassili Fédor, reprirent la route d'Europe. Ce chemin de douleurs à l'aller fut un chemin de bonheur au retour. Ils voyagèrent avec une extrême vitesse, dans un de ces traîneaux qui glissent comme un express sur les steppes glacées de la Sibérie.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3302 A Omsk, la vieille Marfa les attendait dans la petite maison des Strogoff. Elle pressa dans ses bras et avec passion celle qu'elle avait déjà cent fois dans son coeur nommée sa fille. La courageuse Sibérienne eut, ce jour-là, le droit de reconnaître son fils et de se dire fière de lui.
(Michel Strogoff, Jules Verne) §3305 |
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