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§1401 Sacratif, en quittant Thasos, était venu relâcher à Syra, et il n'avait quitté cette île que quarante-huit heures avant l'arrivée de la corvette. On ne s'était pas trompé en pensant que la sacolève avait dû faire voile pour la Crète. Là, dans le port de Grabouse attendait le brick qui devait ramener Sacratif à Scarpanto pour y préparer une nouvelle campagne. La corvette l'aperçut peu après qu'il eut quitté Grabouse et lui donna la chasse, sans pouvoir le rejoindre, tant sa marche était supérieure.
§1402 Sacratif, lui, avait bien reconnu la _Syphanta. _Courir sur elle, tenter de l'enlever à l'abordage, satisfaire sa haine en la détruisant, telle avait été sa pensée tout d'abord. Mais, réflexion faite, il se dit que mieux valait se laisser poursuivre le long du littoral de la Crète, entraîner la corvette jusqu'aux parages de Scarpanto, puis disparaître dans un de ces refuges que lui seul connaissait. §1403 C'est ce qui fut fait, et le chef des pirates s'occupait à mettre sa flottille en mesure d'attaquer la _Syphanta_, lorsque les circonstances précipitèrent le dénouement de ce drame. §1404 On sait ce qui s'était passé, on sait pourquoi Sacratif était venu au marché d'Arkassa, on sait comment, après avoir retrouvé Hadjine Elizundo parmi les prisonniers du batistan, il se vit en face d'Henry d'Albaret, le commandant de la corvette. §1405 Sacratif, croyant qu'Hadjine Elizundo était toujours la riche héritière du banquier corfiote, avait voulu à tout prix en devenir le maître... L'intervention d'Henry d'Albaret fit échouer sa tentative. §1406 Plus décidé que jamais à s'emparer d'Hadjine Elizundo, à se venger de son rival, à détruire la corvette, Sacratif entraîna Skopélo et revint à la côte ouest de l'île. Qu'Henry d'Albaret eût la pensée de quitter immédiatement Scarpanto afin de rapatrier les prisonniers, cela ne pouvait faire doute. La flottille avait donc été réunie presque au complet, et, dès le lendemain, elle reprenait la mer. Les circonstances ayant favorisé sa marche, la _Syphanta_ était tombée en son pouvoir. §1407 Lorsque Sacratif mit le pied sur le pont de la corvette, il était trois heures du soir. La brise commençait à fraîchir, ce qui permit aux autres navires de reprendre leur poste de manière à toujours conserver la _Syphanta_ sous le feu de leurs canons. Quant aux deux bricks, attachés à ses flancs, ils durent attendre que leur chef fût disposé à s'y embarquer. §1408 Mais, en ce moment, il n'y songeait pas, et une centaine de pirates restèrent avec lui à bord de la corvette. §1409 Sacratif n'avait pas encore adressé la parole au commandant d'Albaret. Il s'était contenté d'échanger quelques paroles avec Skopélo qui fit conduire les prisonniers, officiers et matelots, vers les écoutilles. Là, on les réunit à ceux de leurs compagnons qui avaient été pris dans la batterie et dans l'entrepont; puis, tous furent contraints de descendre au fond de la cale, dont les panneaux se refermèrent sur eux. Quel sort leur réservait-on? Sans doute, une mort horrible qui les anéantirait en détruisant la _Syphanta_! §1410 Il ne restait plus alors sur la dunette qu'Henry d'Albaret et le capitaine Todros, désarmés, attachés, gardés à vue. Sacratif, entouré d'une douzaine de ses plus farouches pirates, fit un pas vers eux. §1411 «Je ne savais pas, dit-il, que la _Syphanta_ fût commandée par Henry d'Albaret! Si je l'avais su, je n'aurais pas hésité à lui offrir le combat dans les mers de Crète, et il ne fût pas allé faire concurrence aux Pères de la Merci sur le marché de Scarpanto. |
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