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§1121 Quant au transport de ces malheureux sur les bazars de Smyrne ou de l'Afrique, il se faisait par des navires qui, le plus souvent, venaient en prendre livraison au port d'Arkassa, situé sur la côte occidentale de l'île. S'ils ne suffisaient pas, un exprès était envoyé à la côte opposée, et les pirates ne répugnaient point à cet odieux commerce.
§1122 En ce moment, dans l'est de Scarpanto, au fond de criques presque introuvables, on ne comptait pas moins d'une vingtaine de bâtiments, grands ou petits, montés par plus de douze ou treize cents hommes. Cette flottille n'attendait que l'arrivée de son chef pour se lancer en quelque nouvelle et criminelle expédition. §1123 Ce fut au port d'Arkassa, à une encablure du môle, par un excellent fond de dix brasses, que la _Syphanta_ vint mouiller dans la soirée du 2 septembre. Henry d'Albaret, en mettant le pied sur l'île, ne se doutait guère que les hasards de sa croisière l'avaient précisément conduit au principal entrepôt du commerce d'esclaves. §1124 «Comptez-vous relâcher quelque temps à Arkassa, mon commandant? demanda le capitaine Todros, lorsque les manoeuvres du mouillage furent terminées. §1125 -- Je ne sais, répondit Henry d'Albaret. Bien des circonstances peuvent m'obliger à quitter promptement ce port, mais bien d'autres aussi peuvent m'y retenir! §1126 -- Les hommes iront-ils à terre? §1127 -- Oui, mais par bordées seulement. Il faut que la moitié de l'équipage soit toujours consignée sur la _Syphanta_. §1128 -- C'est entendu, mon commandant, répondit le capitaine Todros. Nous sommes ici plus en pays turc qu'en pays grec, et il n'est que prudent de veiller au grain!» §1129 On se rappelle qu'Henry d'Albaret n'avait rien dit à son second, ni à ses officiers, des motifs pour lesquels il était venu à Scarpanto, ni comment rendez-vous lui avait été donné en cette île pour les premiers jours de septembre par une lettre anonyme, arrivée à bord dans des conditions inexplicables. D'ailleurs, il comptait bien recevoir ici quelque nouvelle communication qui lui indiquerait ce que son mystérieux correspondant attendait de la corvette dans les eaux de la mer Carpathienne. §1130 Mais, ce qui n'était pas moins étrange, c'était cette disparition subite du brick au delà du canal de Casos, lorsque la _Syphanta_ se croyait sur le point de l'atteindre. §1131 Aussi, avant de venir relâcher à Arkassa, Henry d'Albaret n'avait- il pas cru devoir abandonner la partie. Après s'être approché de terre, autant que le permettait son tirant d'eau, il s'était imposé la tâche d'observer toutes les anfractuosités de la côte. Mais, au milieu de ce semis d'écueils qui la défendent, sous l'abri des hautes falaises rocheuses qui la délimitent, un bâtiment tel que le brick pouvait facilement se dissimuler. Derrière cette barrière de brisants, que la _Syphanta_ ne pouvait ranger de plus près, sans courir le risque d'échouer, un capitaine, connaissant ces canaux, avait pour lui toute chance de dépister ceux qui le poursuivaient. Si donc le brick s'était réfugié dans quelque secrète crique, il serait très difficile de le retrouver, non plus que les autres bâtiments pirates, auxquels l'île donnait asile sur des mouillages inconnus. |
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