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XII Une enchère à Scarpanto
(L'archipel en feu, Jules Verne) §20 -- C'est bien, Skopélo. Dans huit ou dix jours, au plus tard, le navire, qui sera expédié de Scarpanto, viendra prendre cette cargaison. -- On la livrera sans difficulté?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §410 -- Il s'agit d'un convoi de prisonniers, dont nous devons prendre livraison à Arkadia. Il y a là deux cent trente-sept têtes, hommes, femmes et enfants, qui vont être transportés à l'île de Scarpanto, d'où je me charge de les conduire à la côte barbaresque. Or, vous le savez, Elizundo, puisque nous avons souvent fait des opérations de ce genre, les Turcs ne livrent leur marchandise que contre argent ou contre du papier, à la condition qu'une bonne signature lui donne une valeur certaine. Je viens donc vous demander votre signature, et je compte que vous voudrez bien l'accorder à Skopélo, quand il vous apportera les traites toutes préparées. -- Cela ne fera aucune difficulté, n'est-il pas vrai?»
(L'archipel en feu, Jules Verne) §554 «Si le commandant d'Albaret veut disposer son plan de campagne à travers l'Archipel, de façon à se trouver sur les parages de l'île Scarpanto dans la première semaine de septembre, il aura agi pour le bien de tous et au mieux des intérêts qui lui sont confiés.»
(L'archipel en feu, Jules Verne) §970 «Certainement! se dit-il. Celui qui m'a écrit la première fois, à Scio, ne m'a pas trompé en m'affirmant qu'il y avait une place à prendre dans l'état-major de la _Syphanta. _Pourquoi me tromperait-il la seconde, en m'invitant à rallier l'île de Scarpanto dans la première semaine de septembre? S'il le fait, ce ne peut être que dans l'intérêt même de la mission qui m'est confiée! Oui! Je modifierai mon plan de campagne, et je serai, à la date fixée, là où l'on me dit d'être!»
(L'archipel en feu, Jules Verne) §984 L'île de Scarpanto est située dans le sud-est, à l'autre extrémité de l'Archipel, c'est-à-dire à quelque centaine de lieues en droite ligne. Le temps ne manquerait donc pas à la corvette pour visiter les diverses côtes de la Morée, où les pirates trouvaient à se réfugier si facilement, ainsi que tout ce groupe des Cyclades, semées depuis l'ouvert du golfe Égine jusqu'à l'île de Crète.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §986 En somme, cette obligation de se trouver en vue de Scarpanto, à l'époque indiquée, n'allait que fort peu modifier l'itinéraire établi déjà par le commandant d'Albaret. Ce qu'il avait résolu de faire, il le ferait, sans avoir rien à retrancher de son programme. Aussi la _Syphanta_, à la date du 20 mai, après avoir observé les petites îles de Pélerisse, de Pépéri, de Sarakino et de Skantxoura, dans le nord de Nègrepont, alla-t-elle prendre connaissance de Scyros.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §987 Cependant, on était au 14 août. Il ne restait plus que deux semaines pour atteindre l'île de Scarpanto, avant les premiers jours de septembre. Sortie du groupe des Cyclades, la _Syphanta_ n'avait plus qu'à piquer droit au sud pendant soixante-dix à quatre-vingts lieues. Cette mer, c'est la longue terre de Crète qui la ferme, et déjà les plus hautes cimes de l'île, enveloppées d'éternelles neiges, se montraient au-dessus de l'horizon.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1022 Ce fut dans cette direction que le commandant d'Albaret résolut de faire route. Après être arrivé en vue de la Crète, il n'aurait plus qu'à revenir vers l'est pour gagner Scarpanto.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1023 Il était donc naturel de supposer que, depuis le départ de l'escadre alliée, les pirates avaient dû préférablement se réfugier à Grabouse, puisqu'ils y trouvaient des auxiliaires si inattendus. Aussi Henry d'Albaret se décida-t-il à gagner Scarpanto en suivant la côte méridionale de la Crète, de manière à passer devant Grabouse. Il donna donc ses ordres, et le capitaine Todros s'empressa de les faire exécuter.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1038 Or, si la corvette n'avait rien rencontré sur cette partie du littoral que termine le cap Matala, là où les nombreux îlots peuvent cacher tant de petits bâtiments, il n'était pas probable qu'elle fût plus favorisée sur la seconde moitié de la côte méridionale. Henry d'Albaret allait donc se décider à faire directement route pour Scarpanto, quitte à s'y trouver un peu plus tôt que ne le marquait la mystérieuse lettre, lorsque ses projets furent modifiés dans la soirée du 29 août.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1045 «Est-ce qu'il se dirigerait sur Scarpanto?» se demanda Henry d'Albaret, non sans étonnement.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1098 Déjà les cimes de Scarpanto apparaissaient à l'horizon, en arrière de la petite île de Caso, qui pend à la pointe de l'île, comme la Sicile pend à la pointe de l'Italie.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1101 En ce moment, il passait entre les îlots de Caso-Poulo et l'île de Casos. Puis, au tournant de cette dernière, dans le fond de l'étroite passe qui la sépare de Scarpanto, on cessa de l'apercevoir.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1107 Une enchère à Scarpanto
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1114 Si la Crète, ainsi que le raconte la fable, fut autrefois le berceau des dieux, l'antique Carpathos, aujourd'hui Scarpanto, fut celui des Titans, les plus audacieux de leurs adversaires. Pour ne s'attaquer qu'aux simples mortels, les pirates modernes n'en sont pas moins les dignes descendants de ces mythologiques malfaiteurs, qui ne craignirent pas de monter à l'assaut de l'Olympe. Or, à cette époque, il semblait que les forbans de toutes sortes eussent fait leur quartier général de cette île, où naquirent les quatre fils de Japet, petit-fils de Titan et de la Terre.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1116 Et, en vérité, Scarpanto ne se prêtait que trop bien aux manoeuvres qu'exigeaient le métier de pirate dans l'Archipel. Elle est située, presque isolément, à l'extrémité sud-est de ces mers, à plus de quarante milles de l'île de Rhodes. Ses hauts sommets la signalent de loin. Sur les vingt lieues de son périmètre, elle se découpe, s'échancre, se creuse en indentations multiples que protègent une infinité d'écueils. Si elle a donné son nom aux eaux qui la baignent, c'est qu'elle était déjà redoutée des anciens autant qu'elle est redoutable aux modernes. À moins d'être pratique, et vieux pratique de la mer Carpathienne, il était et il est encore très dangereux de s'y aventurer.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1117 À cette époque, on eût rencontré dans cette île un grand nombre de Turcs, auxquels, il faut bien le dire, sa population, n'ayant point pris part à la guerre de l'Indépendance, ne faisait pas mauvais accueil. Devenue même le centre d'opérations commerciales des plus criminelles, Scarpanto recevait avec le même empressement les navires ottomans et les bâtiments pirates, qui venaient lui verser leurs cargaisons de prisonniers. Là, les courtiers de l'Asie Mineure, aussi bien que ceux des côtes barbaresques, se pressaient autour d'un important marché, sur lequel se débitait cette marchandise humaine. Là s'ouvraient les enchères, là s'établissaient les prix qui variaient en raison des demandes ou offres d'esclaves. Et, il faut l'avouer, le cadi n'était point sans s'intéresser à ces opérations qu'il présidait en personne, car les courtiers auraient cru manquer à leur devoir en ne lui abandonnant pas un tant pour cent de la vente.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1120 En ce moment, dans l'est de Scarpanto, au fond de criques presque introuvables, on ne comptait pas moins d'une vingtaine de bâtiments, grands ou petits, montés par plus de douze ou treize cents hommes. Cette flottille n'attendait que l'arrivée de son chef pour se lancer en quelque nouvelle et criminelle expédition.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1122 On se rappelle qu'Henry d'Albaret n'avait rien dit à son second, ni à ses officiers, des motifs pour lesquels il était venu à Scarpanto, ni comment rendez-vous lui avait été donné en cette île pour les premiers jours de septembre par une lettre anonyme, arrivée à bord dans des conditions inexplicables. D'ailleurs, il comptait bien recevoir ici quelque nouvelle communication qui lui indiquerait ce que son mystérieux correspondant attendait de la corvette dans les eaux de la mer Carpathienne.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1129 Néanmoins, il existait deux catégories de prisonniers. Les uns venaient du Péloponnèse -- c'étaient les plus nombreux. Les autres avaient été récemment pris à bord d'un navire grec, qui les ramenait de Tunis à Scarpanto, d'où ils devaient être rapatriés en leur pays d'origine.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1137 «Henry d'Albaret! s'écria Nicolas Starkos. Henry d'Albaret... ici... à Scarpanto!»
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1191 C'était le hasard seul qui venait d'amener le commandant de la _Syphanta_ sur la place du marché. Il ignorait même que, ce jour- là -- c'est-à-dire vingt-quatre heures après son arrivée à Scarpanto -- il y eût une vente d'esclaves dans la capitale de l'île. D'autre part, puisqu'il n'avait point aperçu la sacolève au mouillage, il devait être non moins étonné de trouver Nicolas Starkos à Arkassa que celui-ci l'était de l'y voir.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1192 Comme on le pense bien, les courtiers, sentant que la bataille devenait chaude, étaient restés pour en suivre les diverses péripéties. La foule des curieux, devant cette lutte à coups de milliers de livres, manifestait l'intérêt qu'elle y prenait par de bruyantes clameurs. Si, pour la plupart, ils connaissaient le capitaine de la sacolève, aucun d'eux ne connaissait le commandant de la _Syphanta. _On ignorait même ce qu'était venue faire cette corvette, naviguant sous pavillon corfiote, dans les parages de Scarpanto. Mais, depuis le début de la guerre, tant de navires de toutes nations s'étaient employés au transport des esclaves, que tout portait à croire que la _Syphanta_ servait à ce genre de commerce. Donc, que les prisonniers fussent achetés par Henry d'Albaret ou par Nicolas Starkos, pour eux ce serait toujours l'esclavage.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1203 Le lendemain, 3 septembre, la _Syphanta_, après avoir appareillé vers dix heures du matin, serrait le vent sous petite voilure pour sortir des passes du port de Scarpanto.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1230 À cette époque, les soldats d'Ibrahim faisaient encore une guerre féroce aux populations du centre de la Morée, tant éprouvées déjà et depuis si longtemps. Les malheureux qu'on ne massacrait pas étaient envoyés dans les principaux ports de la Messénie, à Patras ou à Navarin. De là, des navires, les uns frétés par le gouvernement turc, les autres fournis par les pirates de l'Archipel, les transportaient par milliers soit à Scarpanto, soit à Smyrne, où les marchés d'esclaves se tenaient en permanence.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1246 Par ses ordres, cet homme s'embarqua comme matelot sur la corvette, au moment où elle reformait son équipage, après le combat de Lemnos. Ce fut lui qui fit parvenir à Henry d'Albaret les deux lettres écrites de la main de Xaris: la première, à Scio, où on lui marquait qu'il y avait une place à prendre dans l'état- major de la _Syphanta; _la seconde, qu'il déposa sur la table du carré, alors qu'il était de faction, et par laquelle rendez-vous était donné à la corvette pour les premiers jours de septembre sur les parages de Scarpanto.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1254 Enfin, sa mission terminée, n'ayant plus rien des millions laissés par son père, Hadjine Elizundo songea à revenir en Europe avec Xaris. Elle s'embarqua à bord d'un navire grec, sur lequel prirent passage les derniers prisonniers, rachetés par elle, et qui fit voile pour Scarpanto. C'était là qu'elle comptait retrouver Henry d'Albaret. C'était de là qu'elle avait résolu de revenir en Grèce sur la _Syphanta. _Mais, trois jours après avoir quitté Tunis, le navire qui la portait fut capturé par un bâtiment turc, et elle était conduite à Arkassa pour y être vendue comme esclave avec ceux qu'elle venait de délivrer!...
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1262 Le commandant de la _Syphanta_ ne se trompait pas. Le brick, qui avait si étrangement disparu au delà de la pointe de Scarpanto, était en tête. Il manoeuvrait de manière à ne pas se séparer des autres bâtiments, placés sous ses ordres.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1315 Cette flottille, composée de douze bâtiments, était sortie la veille des repaires de Scarpanto. Soit en attaquant la corvette de front, soit en l'entourant, venait-elle donc lui offrir le combat dans des conditions très inégales pour elle? Cela n'était que trop certain. Mais ce combat, faute de vent, il fallait bien l'accepter. D'ailleurs, eût-il eu la possibilité d'éviter la lutte, Henry d'Albaret s'y fût refusé. Le pavillon de la _Syphanta_ ne pouvait, sans déshonneur, fuir devant le pavillon des pirates de l'Archipel.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1328 Ce fut alors que la vieille prisonnière de Scarpanto quitta son obscure retraite. La vue du sang n'était pas pour l'effrayer, et, sans doute, les hasards de sa vie l'avaient déjà conduite sur plus d'un champ de bataille. À la lueur des lampes du faux-pont, elle se pencha au chevet des cadres où reposaient les blessés, elle prêta la main aux opérations les plus douloureuses, et, lorsqu'une nouvelle bordée faisait trembler la corvette jusque dans ses carlingues, pas un mouvement de ses yeux n'indiquait que ces effroyables détonations l'eussent fait tressaillir.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1361 Sacratif -- il faut l'appeler ainsi maintenant -- Sacratif, depuis bien des années, avait établi le centre de ses opérations dans l'île de Scarpanto. Là, au fond des criques inconnues de la côte orientale, on eût trouvé les principales stations de sa flottille. Là, des compagnons, sans foi ni loi, qui lui obéissaient aveuglément, auxquels il pouvait tout demander en fait de violence et d'audace, formaient les équipages d'une vingtaine de bâtiments, dont le commandement lui appartenait sans conteste.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1398 Après son départ de Corfou à bord de la _Karysta_, Sacratif avait directement fait voile pour Scarpanto. Son dessein était de reprendre ses campagnes dans l'Archipel, avec l'espoir de rencontrer la corvette, qu'il avait vue appareiller pour prendre la mer et dont il connaissait la destination. Cependant, tout en s'occupant de la _Syphanta_, il ne renonçait pas à retrouver Hadjine Elizundo et ses millions, pas plus qu'il ne renonçait à se venger d'Henry d'Albaret.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1399 La flottille des pirates se mit donc à la recherche de la corvette; mais, bien que Sacratif eût entendu souvent parler d'elle et des représailles qu'elle avait infligées aux écumeurs du nord de l'Archipel, il ne parvint pas à tomber sur ses traces. Ce n'était point lui, comme on l'avait dit, qui commandait à ce combat de Lemnos, où le capitaine Stradena trouva la mort; mais c'était bien lui qui s'était enfui du port de Thasos sur la sacolève, à la faveur de la bataille que la corvette livrait en vue du port. Seulement, à cette époque, il ignorait encore que la _Syphanta_ fût passée sous le commandement d'Henry d'Albaret, et il ne l'apprit que lorsqu'il le vit sur le marché de Scarpanto.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1400 Sacratif, en quittant Thasos, était venu relâcher à Syra, et il n'avait quitté cette île que quarante-huit heures avant l'arrivée de la corvette. On ne s'était pas trompé en pensant que la sacolève avait dû faire voile pour la Crète. Là, dans le port de Grabouse attendait le brick qui devait ramener Sacratif à Scarpanto pour y préparer une nouvelle campagne. La corvette l'aperçut peu après qu'il eut quitté Grabouse et lui donna la chasse, sans pouvoir le rejoindre, tant sa marche était supérieure.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1401 Sacratif, lui, avait bien reconnu la _Syphanta. _Courir sur elle, tenter de l'enlever à l'abordage, satisfaire sa haine en la détruisant, telle avait été sa pensée tout d'abord. Mais, réflexion faite, il se dit que mieux valait se laisser poursuivre le long du littoral de la Crète, entraîner la corvette jusqu'aux parages de Scarpanto, puis disparaître dans un de ces refuges que lui seul connaissait.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1402 Plus décidé que jamais à s'emparer d'Hadjine Elizundo, à se venger de son rival, à détruire la corvette, Sacratif entraîna Skopélo et revint à la côte ouest de l'île. Qu'Henry d'Albaret eût la pensée de quitter immédiatement Scarpanto afin de rapatrier les prisonniers, cela ne pouvait faire doute. La flottille avait donc été réunie presque au complet, et, dès le lendemain, elle reprenait la mer. Les circonstances ayant favorisé sa marche, la _Syphanta_ était tombée en son pouvoir.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1406 «Je ne savais pas, dit-il, que la _Syphanta_ fût commandée par Henry d'Albaret! Si je l'avais su, je n'aurais pas hésité à lui offrir le combat dans les mers de Crète, et il ne fût pas allé faire concurrence aux Pères de la Merci sur le marché de Scarpanto.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1411 |
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