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Ce port, l'ancien Oetylos d'Homère, est situé dans l'une de ces trois profondes indentations qui découpent, sur la mer Ionienne et sur la mer Égée, cette feuille de platane, à laquelle on a très justement comparé la Grèce méridionale. Sur cette feuille se développe l'antique Péloponnèse, la Morée de la géographie moderne. La première de ces dentelures, à l'ouest, c'est le golfe de Coron, ouvert entre la Messénie et le Magne; la seconde, c'est le golfe de Marathon, qui échancre largement le littoral de la sévère Laconie; le troisième, c'est le golfe de Nauplie, dont les eaux séparent cette Laconie de l'Argolide.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §31 À cette époque, la religion, en Grèce, était encore un singulier mélange des légendes du paganisme et des croyances du christianisme. Bien des fidèles regardaient les déesses de l'antiquité comme des saintes de la religion nouvelle. Actuellement même, ainsi que l'a fait remarquer M. Henry Belle, «ils amalgament les demi-dieux avec les saints, les farfadets des vallons enchantés avec les anges du paradis, invoquant aussi bien les sirènes et les furies que la Panagia». De là, certaines pratiques bizarres, des anomalies qui font sourire, et, parfois, un clergé fort empêché de débrouiller ce chaos peu orthodoxe.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §36 Si même ces caloyers n'eussent été qu'ignorants! Mais, en certaines parties de la Grèce, surtout dans les régions sauvages du Magne, mendiants par nature et par nécessité, grands quémandeurs de drachmes que leur jetaient parfois de charitables voyageurs, n'ayant pour toute occupation que de donner à baiser aux fidèles quelque apocryphe image de saint ou d'entretenir la lampe d'une niche de sainte, désespérés du peu de rendement des dîmes, confessions, enterrements et baptêmes, ces pauvres gens, recrutés d'ailleurs dans les plus basses classes, ne répugnaient point à faire le métier de guetteurs -- et quels guetteurs! -- pour le compte des habitants du littoral.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §38 En effet, au moment où s'écrit -- non au moment où se passait cette histoire -- le Magne est encore un pays à part au milieu de la Grèce, redevenue royaume indépendant de par la volonté des puissances européennes, signataires du traité d'Andrinople de 1829. Les Maniotes, ou tout au moins ceux de ce nom qui vivent sur ces pointes allongées entre les golfes, sont restés à demi barbares, plus soucieux de leur liberté propre que de la liberté de leur pays. Aussi cette langue extrême de la Morée inférieure a- t-elle été, de tout temps, presque impossible à réduire. Ni les janissaires turcs, ni les gendarmes grecs n'ont pu en avoir raison. Querelleurs, vindicatifs, se transmettant, comme les Corses, des haines de familles, qui ne peuvent s'éteindre que dans le sang, pillards de naissance et pourtant hospitaliers, assassins, lorsque le vol exige l'assassinat, ces rudes montagnards ne s'en disent pas moins les descendants directs des Spartiates; mais, enfermés dans ces ramifications du Taygète, où l'on compte par milliers de ces petites citadelles ou «pyrgos» presque inaccessibles, ils jouent trop volontiers le rôle équivoque de ces routiers du moyen âge dont les droits féodaux s'exerçaient à coups de poignard et d'escopette.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §52 Ces deux hypothèses étaient également admissibles. Coron est un port de la côte maniote assez fréquenté par les navires de commerce du Levant, et il s'y fait une importante exportation des huiles de la Grèce du sud. De même pour Kalamata, située au fond du golfe, dont les bazars regorgent de produits manufacturés, étoffes ou poteries, que lui envoient les divers États de l'Europe occidentale. Il était donc possible que la sacolève fût chargée pour l'un de ces deux ports -- ce qui eût fort déconcerté ces Vityliens, en quête de déprédations et pillages.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §80 Mais, s'il les connaissait, Nicolas Starkos était également connu d'eux. Après la mort de son père, qui fut l'une de ces milliers de victimes de la cruauté des Turcs, sa mère, affamée de haine, n'attendit plus que l'heure de se jeter dans le premier soulèvement contre la tyrannie ottomane. Lui, à dix-huit ans, il avait quitté le Magne pour courir les mers, et plus particulièrement l'Archipel, se formant non seulement au métier de marin, mais aussi au métier de pirate. À bord de quels navires avait-il servi pendant cette période de son existence, quels chefs de flibustiers ou de forbans l'eurent sous leurs ordres, sous quel pavillon fit-il ses premières armes, quel sang répandit sa main, le sang des ennemis de la Grèce ou le sang de ses défenseurs -- celui-là même qui coulait dans ses veines -- nul que lui n'aurait pu le dire. Plusieurs fois, cependant, on l'avait revu dans les divers ports du golfe de Coron. Quelques-uns de ses compatriotes avaient pu raconter ses hauts faits de piraterie, auxquels ils s'étaient associés, navires de commerce attaqués et détruits, riches cargaisons changées en parts de prise! Mais un certain mystère entourait le nom de Nicolas Starkos. Toutefois, il était si avantageusement connu dans les provinces du Magne que, devant ce nom, tous s'inclinèrent.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §125 D'ailleurs, rien de désolé comme cette côte, depuis le cap Matapan jusqu'à l'extrême cul-de-sac du golfe. Il n'y poussait ni orangers, citronniers, églantiers, lauriers-roses, jasmins de l'Argolide, figuiers, arbousiers, mûriers, ni rien de ce qui fait de certaines parties de la Grèce une riche et verdoyante campagne. Pas un chêne-vert, pas un platane, pas un grenadier, tranchant sur le sombre rideau des cyprès et des cèdres. Partout des roches qu'un prochain éboulement de ces terrains volcaniques pourra bien précipiter dans les eaux du golfe. Partout une sorte d'âpreté farouche sur cette terre du Magne, insuffisante nourricière de sa population. À peine quelques pins décharnés, grimaçants, fantasques, dont on a épuisé la résine, auxquels manque la sève, montrant les profondes blessures de leurs troncs. Çà et là, de maigres cactus, véritables chardons épineux, dont les feuilles ressemblent à de petits hérissons à demi pelés. Nulle part, enfin, ni aux arbustes rabougris, ni au sol, formé de plus de gravier que d'humus, de quoi nourrir ces chèvres que leur sobriété rend peu difficiles, cependant.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §137 Quant à Nicolas Starkos, jamais avant ce jour, bien qu'il eût été ramené une ou deux fois au Magne par le hasard de ses excursions, il n'avait manifesté l'intention de revoir cette modeste habitation de la falaise. Jamais une demande de sa part sur l'état d'abandon où elle se trouvait. Jamais une allusion à sa mère, pour savoir si elle revenait parfois à la demeure déserte. Mais à travers les terribles événements qui ensanglantaient alors la Grèce, peut-être le nom d'Andronika était-il arrivé jusqu'à lui -- nom qui aurait dû pénétrer comme un remords dans sa conscience, si sa conscience n'eût été impénétrable.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §144 Dans les temps préhistoriques, alors que l'écorce solide du globe se moulait peu à peu sous l'action des forces intérieures, neptuniennes ou plutoniennes, la Grèce dut sa naissance à un cataclysme qui repoussa ce bout de terre au-dessus du niveau des eaux, tandis qu'il engloutissait dans l'Archipel toute une partie du continent, dont il ne reste plus que les sommets sous formes d'îles. La Grèce est, en effet, sur la ligne volcanique qui va de Chypre à la Toscane.[1]
(L'archipel en feu, Jules Verne) §182 Pélasgique dans les temps les plus reculés, c'est-à-dire peuplée de tribus de l'Asie; hellénique, du XVIe au XIVe siècle avant l'ère chrétienne, avec l'apparition des Hellènes, dont une tribu, les Graïes, devait lui donner son nom, dans ces temps presque mythologiques des Argonautes, des Héraclides et de la guerre de Troie; bien grecque enfin, depuis Lycurgue, avec Miltiade, Thémistocle, Aristide, Léonidas, Eschyle, Sophocle, Aristophane, Hérodote, Thucydide, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Hippocrate, Phidias, Périclès, Alcibiade, Pélopidas, Épaminondas, Démosthène; puis, macédonienne avec Philippe et Alexandre, la Grèce finit par devenir province romaine sous le nom d'Achaïe, cent quarante-six ans avant J.-C. et pour une période de quatre siècles.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §184 Pendant près de deux cents ans, on peut dire que la vie politique de la Grèce fut absolument éteinte. Le despotisme des fonctionnaires ottomans, qui y représentaient l'autorité, passait toutes limites. Les Grecs n'étaient ni des annexés, ni des conquis, pas même des vaincus: c'étaient des esclaves, tenus sous le bâton du pacha, avec l'iman ou prêtre à sa droite, le djellah ou bourreau à sa gauche.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §186 Il n'était que temps d'intervenir, alors, si les puissances européennes ne voulaient pas assister au total anéantissement de la Grèce. En effet, réduite à ses seules forces, elle ne pouvait que mourir en essayant de recouvrer son indépendance.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §188 À ces noms, illustrés par tout ce que le dévouement à la cause des opprimés peut engendrer de plus héroïque, la Grèce allait répondre par des noms pris dans ses plus hautes familles, trois Hydriotes, Tombasis, Tsamados, Miaoulis, puis Colocotroni, Marco Botsaris, Maurocordato, Mauromichalis, Constantin Canaris, Negris, Constantin et Démétrius Hypsilantis, Ulysse et tant d'autres. Dès le début, le soulèvement se changea en une guerre à mort, dent pour dent, oeil pour oeil, qui provoqua les plus horribles représailles de part et d'autre.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §190 En 1826, le 5 janvier, après avoir brûlé Pyrgos, Ibrahim arrivait devant Missolonghi. Pendant trois jours, du 25 au 28, il jeta sur la ville huit mille bombes et boulets, sans pouvoir y entrer, même après un triple assaut, et bien qu'il n'eût affaire qu'à deux mille cinq cents combattants, déjà affaiblis par la famine. Cependant il devait réussir, surtout lorsque Miaoulis et son escadre, qui apportaient des secours aux assiégés, eurent été repoussés. Le 23 avril, après un siège qui avait coûté la vie à dix-neuf cents de ses défenseurs, Missolonghi tombait au pouvoir d'Ibrahim, et ses soldats massacrèrent hommes, femmes, enfants, presque tout ce qui survivait des neuf mille habitants de la ville. En cette même année, les Turcs, amenés par Kioutagi, après avoir ravagé la Phocide et la Béotie, arrivaient à Thèbes, le 10 juillet, entraient en Attique, investissaient Athènes, s'y établissaient et faisaient le siège de l'Acropole, défendue par quinze cents Grecs. Au secours de cette citadelle, la clé de la Grèce, le nouveau gouvernement envoya Caraïskakis, l'un des combattants de Missolonghi, et le colonel Fabvier avec son corps de réguliers. La bataille qu'ils livrèrent à Chaïdari fut perdue, et Kioutagi put continuer le siège de l'Acropole. Pendant ce temps, Caraïskakis s'engageait à travers les défilés du Parnasse, battait les Turcs à Arachova, le 5 décembre, et, sur le champ de bataille, il élevait un trophée de trois cents têtes coupées. La Grèce du Nord était redevenue libre presque tout entière.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §196 Cependant, sept mois avant l'époque à laquelle débute cette histoire, les Turcs avaient été obligés de se réfugier dans quelques-unes des places fortes de la Grèce septentrionale. Au mois de février 1827, les Grecs avaient reconquis leur indépendance depuis le golfe d'Ambracie jusqu'aux confins de l'Attique. Le pavillon turc ne flottait plus qu'à Missolonghi, à Vonitsa, à Naupacte. Le 31 mars, sous l'influence de lord Cochrane, les Grecs du Nord et les Grecs du Péloponnèse, renonçant à leurs luttes intestines, allaient réunir les représentants de la nation en une assemblée unique à Trézène, et concentrer les pouvoirs en une seule main, celle d'un étranger, un diplomate russe, grec de naissance, Capo d'Istria, originaire de Corfou.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §198 Mais Athènes était aux mains des Turcs. Sa citadelle avait capitulé, le 5 juin. La Grèce du Nord fut alors contrainte de faire sa complète soumission. Le 6 juillet, il est vrai, la France, l'Angleterre, la Russie et l'Autriche signaient une convention qui, tout en admettant la suzeraineté de la Porte, reconnaissait l'existence d'une nation grecque. En outre, par un article secret, les puissances signataires s'engageaient à s'unir contre le sultan, s'il refusait d'accepter un arrangement pacifique.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §199 Et maintenant, n'ayant plus rien qui la retînt au sol natal, Andronika allait continuer à combattre tant que la Grèce n'aurait pas recouvré son indépendance.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §215 Henry d'Albaret appartenait à une riche famille, parisienne d'origine. Il avait à peine connu sa mère. Son père était mort à peu près à l'époque de sa majorité, c'est-à-dire deux ou trois ans après sa sortie de l'école navale. Maître d'une assez belle fortune, il n'avait point pensé que ce fût une raison d'abandonner son métier de marin. Au contraire. Il continua donc à suivre cette carrière -- l'une des plus belles qui soient au monde -- et il était lieutenant de vaisseau quand le pavillon grec fut arboré en face du croissant turc dans la Grèce du Nord et le Péloponnèse.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §230 «Tu as raison, Hadjine, répétait-il souvent à la jeune fille. La Grèce est ta patrie comme elle est la mienne, et il ne faut pas oublier que, si ce jeune officier a souffert, c'est en combattant pour elle!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §252 Et cela se comprenait bien, lorsque Hadjine parlait de la Grèce opprimée et des efforts surhumains que ses enfants faisaient pour la rendre libre. Sur ce terrain, les deux jeunes gens ne pouvaient se rencontrer que dans le plus complet accord.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §259 -- Je l'ignore, répondit Henry d'Albaret. Après le combat de Chaidari, je pense qu'elle a dû regagner les provinces du Magne qui est son pays natal. Mais, un jour ou l'autre, je m'attends à la voir reparaître sur les champs de bataille de la Grèce...
(L'archipel en feu, Jules Verne) §268 Pourquoi Elizundo avait-il fait cette question à propos d'Andronika? Personne ne le lui demanda. Il n'eût certainement répondu que d'une façon évasive. Mais cela ne laissa pas de préoccuper sa fille, peu au courant des relations du banquier. Pouvait-il donc y avoir un lien quelconque entre son père et cette Andronika qu'elle admirait? D'ailleurs, en ce qui concernait la guerre de l'Indépendance, Elizundo était d'une absolue réserve. À quel parti allaient ses voeux, aux oppresseurs ou aux opprimés? Il eût été difficile de le dire -- si tant est qu'il fût homme à faire des voeux pour quelqu'un ou pour quelque chose. Ce qui était certain, c'est que son courrier lui apportait au moins autant de lettres expédiées de la Turquie que de la Grèce.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §270 «C'est votre devoir, en effet! lui répondait Hadjine. Quelque douleur que puisse me causer votre départ, Henry, je comprends que vous devez rejoindre vos compagnons d'armes! Oui! tant que la Grèce n'aura pas retrouvé son indépendance, il faut lutter pour elle!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §273 C'était là un fait d'une importance considérable. En effet, il devait être le point de départ d'une nouvelle période pour les affaires de Grèce. Bien que les trois puissances fussent décidées d'avance à ne point tirer parti de cette victoire en écrasant la Porte, il paraissait certain que leur accord finirait par arracher le pays des Hellènes à la domination ottomane, certain aussi que, dans un temps plus ou moins court, l'autonomie du nouveau royaume serait faite.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §303 Ainsi en jugea-t-on dans la maison du banquier Elizundo. Hadjine, Henry d'Albaret, Xaris, avaient battu des mains. Leur joie trouva un écho dans toute la ville. C'était l'indépendance que les canons de Navarin venaient d'assurer aux enfants de la Grèce.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §304 Quoi qu'il en fût, le sort de la Grèce ne pouvait plus être douteux. L'Europe ne la laisserait pas écraser. Avant peu, dans toute la péninsule hellénique, le croissant aurait cédé la place au drapeau de l'indépendance. Ibrahim, déjà réduit à occuper le centre et les villes littorales du Péloponnèse, serait enfin contraint à les évacuer.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §307 Devant elle se développait alors la côte messénienne avec le merveilleux panorama de ses montagnes, qui présentent un caractère volcanique très marqué. Cette Messénie était destinée à devenir, après la constitution définitive du royaume, un des treize nômes ou préfectures, dont se compose la Grèce moderne, en y comprenant les îles Ioniennes. Mais à cette époque, ce n'était encore qu'un des nombreux théâtres de la lutte, tantôt aux mains d'Ibrahim, tantôt aux mains des Grecs, suivant le sort des armes, comme elle fut autrefois le théâtre de ces trois guerres de Messénie, soutenues contre les Spartiates, et qu'illustrèrent les noms d'Aristomène et d'Épaminondas.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §329 Et voici ce qui se dit à propos de la destination actuelle de ce petit bâtiment, puis de la direction qu'il suivait en remontant les côtes de la Grèce. Il va de soi que les demandes étaient faites par les nouveaux et les réponses par les anciens de l'équipage.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §332 -- Ainsi, il n'y a rien à faire maintenant dans les parages de la Grèce et des îles?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §344 «Où en est la Grèce? demanda le capitaine.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §386 Nicolas Starkos, avec cette population zantiote, si profondément modifiée au contact des Vénitiens, des Français, des Anglais et des Russes, ne pouvait rien avoir de ces rapports commerciaux qui l'unissaient aux Turcs du Péloponnèse. Il n'eut donc aucun signal à envoyer aux vigies du port, ni à relâcher dans cette île, qui fut la patrie de deux poètes célèbres -- l'un italien, Hugo Foscolo, de la fin du XVIIIe siècle, l'autre Salomos, une des gloires de la Grèce moderne.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §437 Nicolas Starkos se tenait alors à l'avant de la _Karysta_. Son regard parcourait toute cette côte de l'Acarnanie, sur la limite septentrionale du golfe. De là surgissaient de grands et impérissables souvenirs, qui auraient dû serrer le coeur d'un enfant de la Grèce, si cet enfant n'eût depuis longtemps renié et trahi sa mère!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §439 Et, l'année d'avant, presque à cette même place où venait d'être enterré Marco Botsaris, l'un des héros de la guerre de l'Indépendance, était venu mourir, découragé, désespéré, lord Byron, dont la dépouille repose maintenant à Westminster. Seul, son coeur est resté sur cette terre de Grèce qu'il aimait et qui ne redevint libre qu'après sa mort!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §442 Sans doute, Nicolas Starkos crut le moment favorable pour intervenir, et, sans que le moindre accent pût dénoncer en lui un natif de la Grèce méridionale:
(L'archipel en feu, Jules Verne) §485 «Je dois ajouter, reprit négligemment Nicolas Starkos, que l'affaire ne sera pas mauvaise. Les opérations ottomanes prennent une mauvaise tournure en Grèce. La bataille de Navarin aura de funestes conséquences pour les Turcs, puisque les puissances européennes s'en mêlent. S'ils doivent renoncer à la lutte, plus de prisonniers, plus de ventes, plus de profits. C'est pourquoi ces derniers convois qu'on nous livre encore dans d'assez bonnes conditions, auront-ils acquéreurs à haut prix sur les côtes de l'Afrique. Ainsi donc, nous trouverons notre avantage à cette affaire, et vous, le vôtre, par conséquent. -- Je puis compter sur votre signature?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §556 -- Un officier français! Sans doute, un de ces Philhellènes qui sont venus au secours de la Grèce?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §583 L'intervention des puissances européennes, après le combat de Navarin, n'avait pas encore définitivement résolu la question grecque. L'Angleterre, la France et la Russie ne voulaient, en effet, donner au nouveau royaume que les limites mêmes que l'insurrection n'avait jamais dépassées. Or, cette détermination ne pouvait convenir au gouvernement hellénique. Ce qu'il exigeait, c'étaient, avec toute la Grèce continentale, la Crète et l'île de Scio, nécessaires à son autonomie. Aussi, tandis que Miaoulis prenait la Crète pour objectif, Ducas, la terre ferme, Fabvier débarquait à Maurolimena, dans l'île de Scio, à la date indiquée ci-dessus.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §764 Cependant, durant les derniers mois de cette année, les Turcs n'avaient cessé de continuer massacres et razzias à travers la péninsule hellénique, et cela, à la veille du débarquement, à Nauplie, de Capo d'Istria. L'arrivée de ce diplomate devait mettre fin aux querelles intestines des Grecs et concentrer le gouvernement en une seule main. Mais, bien que la Russie dût déclarer la guerre au sultan six mois après, et venir ainsi en aide à la constitution du nouveau royaume, Ibrahim tenait toujours la partie moyenne et les villes maritimes du Péloponnèse. Et si, huit mois plus tard, le 6 juillet 1828, il se préparait à quitter le pays, auquel il avait fait tant de mal, si, en septembre de la même année, il ne devait plus rester un seul Égyptien sur la terre de Grèce, ces hordes sauvages n'en allaient pas moins ravager la Morée pendant quelque temps encore.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §767 Aussi, Henry d'Albaret, bien certain qu'Hadjine Elizundo ne se trouvait plus à Corfou, se décida-t-il à reprendre sa place dans le corps des Philhellènes. Le colonel Fabvier était à Scio avec ses réguliers. Il résolut d'aller le rejoindre. Il quitta les îles Ioniennes, traversa la Grèce du Nord, passa les golfes de Patras et de Lépante, s'embarqua au golfe d'Égine, échappa, non sans peine, à quelques pirates qui écumaient la mer des Cyclades, et arriva à Scio, après une rapide traversée.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §782 -- Andronika, répondit Henry d'Albaret, soyez fière de votre pays! Soyez fière de ses enfants qui l'ont défendu avec vous! Avant peu, il n'y aura plus un seul soldat turc sur le sol de la Grèce!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §798 Cela dit, elle quitta le jeune officier, qui resta sous le coup d'une profonde émotion. Mais, depuis ce moment, quelque effort qu'il fit pour rencontrer Andronika, ce fut inutile. Sans doute, elle avait abandonné Scio pour retourner sur la terre de Grèce. Henry d'Albaret dut renoncer à tout espoir de la retrouver.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §830 La veille du jour où il allait s'embarquer pour la Grèce, une lettre lui arriva par la poste de l'île.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §835 Ce fut dans ces circonstances, à la date du 26 avril, qu'Henry d'Albaret eut connaissance d'un fait de grande importance. Les puissances alliées venaient de décider que tout renfort, qui arriverait par mer aux troupes d'Ibrahim, serait intercepté. De plus, la Russie déclarait officiellement la guerre au sultan. La situation de la Grèce continuait donc à s'améliorer, et, quelques retards qu'elle eût encore à subir, elle marchait sûrement à la conquête de son indépendance.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §961 Scyros est l'une des plus importantes des neuf îles qui forment ce groupe, dont l'antiquité aurait peut-être dû faire le domaine des neuf Muses. Dans son port de Saint-Georges, sûr, vaste, de bon mouillage, l'équipage de la corvette put facilement se ravitailler en vivres frais, moutons, perdrix, blé, orge, et s'approvisionner de cet excellent vin qui est une des grandes richesses du pays. Cette île, très mêlée aux événements semi-mythologiques de la guerre de Troie, qui fut illustrée par les noms de Lycomède, d'Achille et d'Ulysse, allait bientôt revenir au nouveau royaume de Grèce dans l'éparchie de l'Eubée.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §988 Ils y étaient encore, au moment où la _Syphanta_ passa en vue des côtes de Nègrepont. De son bord, Henry d'Albaret put revoir ce théâtre d'une sanglante lutte, à laquelle il avait pris personnellement part. On ne s'y battait plus alors, et, après la reconnaissance du nouveau royaume, l'île d'Eubée, avec ses soixante mille habitants, allait former une des nômachies de la Grèce.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §994 Pendant la fin de la semaine, la navigation fut ralentie, faute de vent, à l'ouvert de ce golfe Égine, qui entaille si profondément la terre de _Grèce _jusqu'à l'isthme de Corinthe. Il fallut veiller avec une extrême attention. La _Syphanta_, presque toujours encalminée, ne pouvait gagner ni sur un bord ni sur l'autre. Or, dans ces mers mal fréquentées, si quelques centaines d'embarcations l'eussent accostée à l'aviron, elle aurait eu bien de la peine à se défendre. Aussi l'équipage se tint-il prêt à repousser toute attaque, et il eut raison.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §999 Or, dans l'état actuel des choses, le commandant d'Albaret n'avait aucun intérêt à entrer en communication avec les divers ports de la Crète. Candie était devenue le principal arsenal des Égyptiens, et c'est de là que le pacha avait lancé ses sauvages soldats sur la Grèce. Quant à la Canée, à l'instigation des autorités ottomanes, sa population aurait pu faire un mauvais accueil au pavillon corfiote qui battait à la corne de la _Syphanta. _Enfin, ni à Gira-Petra, ni à Suda, ni à Cisamos, Henry d'Albaret n'eût obtenu de renseignements, qui eussent pu lui permettre de couronner sa croisière par quelque importante capture.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1033 Le temps était à souhait. D'ailleurs, sous cet agréable climat, décembre est le commencement de l'hiver et janvier en est la fin. Île fortunée, que cette Crète, patrie du roi Minos et de l'ingénieur Dédale! N'était-ce pas là qu'Hippocrate envoyait sa riche clientèle de la Grèce qu'il parcourait en enseignant l'art de guérir?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1039 Scarpanto est une île grecque, ou, du moins, elle est habitée par une population grecque, mais elle appartient à l'Empire ottoman. Après la constitution définitive du royaume de Grèce, elle devait même rester turque sous le gouvernement d'un simple cadi, lequel habitait alors une sorte de maison fortifiée, située au-dessus du bourg moderne d'Arkassa.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1119 Dès la veille, le commandant d'Albaret s'était mis en mesure de pouvoir reprendre la mer. Pour le règlement des treize mille livres, il avait donné des garanties dont le cadi s'était montré satisfait. L'embarquement des prisonniers s'était donc opéré sans difficultés, et, avant trois jours, ces malheureux, condamnés aux tortures des bagnes barbaresques, seraient débarqués en quelque port de la Grèce septentrionale, là où ils n'auraient plus rien à craindre pour leur liberté.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1232 Pendant les deux mois qui suivirent leur disparition, Hadjine Elizundo et Xaris, ne reculant jamais devant aucun prix, parvinrent à racheter plusieurs centaines de prisonniers, de ceux qui n'avaient pas encore quitté la côte messénienne. Puis, ils employèrent tous leurs soins à les mettre en sûreté, les uns dans les îles Ioniennes, les autres dans les portions libres de la Grèce du Nord.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1247 Alger était encore à la discrétion d'une milice, composée de musulmans et de renégats, rebut des trois continents qui forment le littoral de la Méditerranée, ne vivant que de la vente des prisonniers faits par les pirates et de leur rachat par les chrétiens. Au dix-septième siècle, la terre africaine comptait déjà près de quarante mille esclaves des deux sexes enlevés à la France, à l'Italie, à l'Angleterre, à l'Allemagne, à la Flandre, à la Hollande, à la Grèce, à la Hongrie, à la Russie, à la Pologne, à l'Espagne, dans toutes les mers de l'Europe.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1260 Enfin, sa mission terminée, n'ayant plus rien des millions laissés par son père, Hadjine Elizundo songea à revenir en Europe avec Xaris. Elle s'embarqua à bord d'un navire grec, sur lequel prirent passage les derniers prisonniers, rachetés par elle, et qui fit voile pour Scarpanto. C'était là qu'elle comptait retrouver Henry d'Albaret. C'était de là qu'elle avait résolu de revenir en Grèce sur la _Syphanta. _Mais, trois jours après avoir quitté Tunis, le navire qui la portait fut capturé par un bâtiment turc, et elle était conduite à Arkassa pour y être vendue comme esclave avec ceux qu'elle venait de délivrer!...
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1262 Cependant, dès le lendemain, la _Syphanta_ avait eu connaissance de la terre de Crète au lever du jour. Elle manoeuvra alors de manière à s'élever vers le nord-ouest de l'Archipel. L'intention du commandant d'Albaret était de rallier la côte orientale de la Grèce à la hauteur de l'île d'Eubée. Là, soit à Nègrepont, soit à Égine, les prisonniers pourraient débarquer en lieu sûr, à l'abri des Turcs, maintenant refoulés au fond du Péloponnèse. Du reste, à cette date, il n'y avait plus un seul des soldats d'Ibrahim dans la péninsule hellénique.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1265 Hadjine et Henry d'Albaret allaient alors s'asseoir à l'arrière sur un banc de la dunette qui leur était réservé. Là, le plus souvent, ils parlaient non plus du passé, mais de cet avenir, dont ils se sentaient maîtres maintenant. Ils faisaient des projets d'une réalisation prochaine, sans oublier de les soumettre au brave Xaris, qui était bien de la famille. Le mariage devait être célébré aussitôt leur arrivée sur la terre de Grèce. Cela était convenu. Les affaires d'Hadjine Elizundo n'entraîneraient plus ni difficultés ni retards. Une année, employée à sa charitable mission, avait simplifié tout cela! Puis, le mariage fait, Henry d'Albaret céderait au capitaine Todros le commandement de la corvette, et il conduirait sa jeune femme en France, d'où il comptait la ramener ensuite sur sa terre natale.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1269 -- À notre arrivée sur la terre de Grèce, reprit Henry d'Albaret, je les convierai tous à la cérémonie de notre mariage!
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1286 -- Meilleure. C'est de vous demander que le mariage se fasse à bord de la _Syphanta! _N'est-ce pas comme un morceau de leur pays, cette brave corvette qui les ramène en Grèce?
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1289 «Vive la Grèce! cria Henry d'Albaret, pendant que les couleurs de la _Syphanta_ étaient hissées en tête du grand mât.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1474 Vingt-quatre heures après, le 7 septembre, vers les six heures du soir, la _Syphanta_ avait connaissance de l'île d'Égine, et elle entrait dans le port, après une année de croisière qui avait rétabli la sécurité dans les mers de la Grèce.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1478 Quelques jours après, au milieu d'un grand concours de population, et en présence de l'état-major, de l'équipage et des prisonniers rapatriés par la _Syphanta_, on célébrait le mariage d'Hadjine Elizundo et d'Henry d'Albaret. Le lendemain, tous deux partirent pour la France avec Xaris, qui ne devait plus les quitter; mais ils comptaient revenir en Grèce, dès que les circonstances le permettraient.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1480 Le royaume hellénique, en effet, grâce à l'héroïsme de ses enfants, ne devait pas tarder à prendre place parmi les États libres de l'Europe. Le 22 mars 1829, le sultan signait une convention avec les puissances alliées. Le 22 septembre, la bataille de Pétra assurait la victoire des Grecs. En 1832, le traité de Londres donnait la couronne au prince Othon de Bavière. Le royaume de Grèce était définitivement fondé.
(L'archipel en feu, Jules Verne) §1482 |
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