Jules Verne | Cinq semaines en ballon

§1382 L'arbre de guerre des cannibales! dit le docteur. Les Indiens enlèvent la peau du crâne, les Africains la tête entière.

§1383 --Affaire de mode, » dit Joe.

§1384 Mais déjà le village aux têtes sanglantes disparaissait à l'horizon; un autre plus loin offrait un spectacle non moins repoussant; des cadavres à demi dévorés, des squelettes tombant en poussière, des membres humains épars çà et là, étaient laissés en pâture aux hyènes et aux chacals.

§1385 « Ce sont sans doute les corps des criminels; ainsi que cela se pratique dans l'Abyssinie, on les expose aux bêtes féroces, qui achèvent de les dévorer à leur aise, après les avoir étranglés d'un coup de dent.

§1386 --Ce n'est pas beaucoup plus cruel que la potence, dit l'Écossais. C'est plus sale, voilà tout.

§1387 --Dans les régions du sud de l'Afrique, reprit le docteur, on se contente de renfermer le criminel dans sa propre hutte, avec ses bestiaux, et peut-être sa famille; on y met le feu, et tout brûle en même temps. J'appelle cela de la cruauté, mais j'avoue avec Kennedy que, si la potence est moins cruelle, elle est aussi barbare. »

§1388 Joe, avec l'excellente vue dont il se servait si bien, signala quelques bandes d'oiseaux carnassiers qui planaient à l'horizon.

§1389 « Ce sont des aigles, s'écria Kennedy, après les avoir reconnus avec la lunette, de magnifiques oiseaux dont le vol est aussi rapide que le notre.

§1390 --Le ciel nous préserve de leurs attaques! dit le docteur; ils sont plutôt à craindre pour nous que les bêtes féroces ou les tribus sauvages.

§1391 --Bah! répondit le chasseur, nous les écarterions à coups de fusil.

§1392 --J'aime autant, mon cher Dick, ne pas recourir à ton adresse; le taffetas de notre ballon ne résisterait pas à un de leurs coups de bec; heureusement, je crois ces redoutables oiseaux plus effrayés qu'attirés par notre machine.