Italie | Florence


Mosca avait prévenu la comtesse que le prince avait, dans le grand cabinet où il recevait en audience, un portrait en pied de Louis XIV, et une table fort belle de scagliola de Florence. Elle trouva que l'imitation était frappante; évidemment il cherchait le regard et la parole noble de Louis XIV, et il s'appuyait sur la table de scagliola, de façon à se donner la tournure de Joseph II. Il s'assit aussitôt après les premières paroles adressées par lui à la duchesse, afin de lui donner l'occasion de faire usage du tabouret qui appartenait à son rang. A cette cour, les duchesses, les princesses et les femmes des grands d'Espagne s'assoient seules, les autres femmes attendent que le prince ou la princesse les y engagent; et, pour marquer la différence des rangs, ces personnages augustes ont toujours soin de laisser passer un petit intervalle avant de convier les dames non duchesses à s'asseoir. La duchesse trouva qu'en de certains moments l'imitation de Louis XIV était un peu trop marquée chez le prince; par exemple, dans sa façon de sourire avec bonté tout en renversant la tête. (La Chartreuse de Parme,Stendhal)   §634

?Je m'exposerais chaque jour à la perspective de mille morts pour avoir le bonheur de vous parler à l'aide de nos alphabets, qui maintenant ne nous arrêtent pas un instant, et vous voulez que je fasse la duperie de m'exiler à Parme, ou peut-être à Bologne, ou même à Florence! Vous voulez que je marche pour m'éloigner de vous! Sachez qu'un tel effort m'est impossible; c'est en vain que je vous donnerais ma parole, je ne pourrais la tenir.? (La Chartreuse de Parme,Stendhal)   §1814

- Mes amis, dit-elle aux domestiques rassemblés, j'apprends que mon pauvre neveu va être condamné par contumace pour avoir eu l'audace de défendre sa vie contre un furieux; c'est Giletti qui voulait le tuer. Chacun de vous a pu voir combien le caractère de Fabrice est doux et inoffensif. Justement indignée de cette injure atroce, je pars pour Florence: je laisse à chacun de vous ses gages pendant dix ans. Si vous êtes malheureux, écrivez-moi, et tant que j'aurai un sequin, il y aura quelque chose pour vous. (La Chartreuse de Parme,Stendhal)   §1285

Deux femmes le suivirent jusqu'à la porte de Saragosse par laquelle il sortait de la ville'. Pépé les arrêta en les menaçant sérieusement de sa canne, et leur jetant quelque monnaie. Fabrice monta la charmante colline de San Michele in Bosco, fit le tour d'une partie de la ville en dehors des murs, prit un sentier, arriva à cinq cents pas sur la route de Florence, puis rentra dans Bologne et remit gravement au commis de la police un passeport où son signalement était noté d'une façon fort exacte. Ce passeport le nommait Joseph Bossi, étudiant en théologie. Fabrice y remarqua une petite tache d'encre rouge jetée, comme par hasard, au bas de la feuille vers l'angle droit. Deux heures plus tard il eut un espion à ses trousses, à cause du titre d'Excellence que son compagnon lui avait donné devant les pauvres de Saint-Pétrone, quoique son passeport ne portât aucun des titres qui donnent à un homme le droit de se faire appeler excellence par ses domestiques. (La Chartreuse de Parme,Stendhal)   §1136

Fabrice se sauva dans Florence; comme il s'était tenu caché à Bologne, ce fut à Florence seulement qu'il reçut toutes les lettres de reproches de la duchesse; elle ne pouvait lui pardonner d'être venu à son concert et de ne pas avoir cherché à lui parler. Fabrice fut ravi des lettres du comte Mosca, elles respiraient une franche amitié et les sentiments les plus nobles. Il devina que le comte avait écrit à Bologne, de façon à écarter les soupçons qui pouvaient peser sur lui relativement au duel; la police fut d'une justice parfaite: elle constata que deux étrangers, dont l'un seulement, le blessé, était connu (le comte M ***), s'étaient battus à l'épée, devant plus de trente paysans, au milieu desquels se trouvait vers la fin du combat le curé du village qui avait fait de vains efforts pour séparer les duellistes. Comme le nom de Joseph Bossi n'avait point été prononcé, moins de deux mois après, Fabrice osa revenir à Bologne, plus convaincu que jamais que sa destinée le condamnait à ne jamais connaître la partie noble et intellectuelle de l'amour. C'est ce qu'il se donna le plaisir d'expliquer fort au long à la duchesse; il était bien las de sa vie solitaire et désirait passionnément alors retrouver les charmantes soirées qu'il passait entre le comte et sa tante. Il n'avait pas revu depuis eux les douceurs de la bonne compagne. (La Chartreuse de Parme,Stendhal)   §1274