George Sand | Nouvelles lettres d'un voyageur | Royaume-Uni | Angleterre

«On ne peut pas mettre en doute que les courses ne soient à présent plutôt une question de jeu qu'une amélioration de race; il suffit, pour être édifié à cet égard, de voir comment les choses se passent aussi bien en Angleterre qu'en France. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §514

»Le cheval de course est un dé sur lequel un joueur vient placer un enjeu considérable; peu importe ce que deviendra plus tard le cheval; ce à quoi l'on s'attache, c'est à lui faire subir une préparation; les mettant dans le cas de concourir de bonne heure, et avec le plus de chances possible de vitesse. Si, en agissant ainsi le joueur peut y trouver son compte, l'amélioration de l'espèce doit-elle y trouver le sien? Je ne le pense pas. Du reste, tous les hommes sensés et spéciaux de l'Angleterre reconnaissent que l'adoption d'un pareil système apporte la dégénérescence de leurs races; ils s'aperçoivent que des sujets, soumis dès l'âge de deux ans à une préparation donnant une énergie factice et prématurée, sont ruinés pour la plupart, et retirent ainsi à la production une foule de sujets qui eussent été précieux s'ils avaient été élevés dans de meilleures conditions. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §515

»N'en est-il pas de même, chez nous? Que deviennent la plupart de ces chevaux de noble origine, élevés d'abord avec tant de frais? Défleuris, estropiés, altérés dans leur santé par l'entraînement, ils sortent de l'hippodrome souvent pour être vendus à vil prix, et le produit de cette vente doit servir de dédommagement aux frais énormes faits pour leur éducation. Avec de semblables résultats, bien rares en exceptions, le jeu devient une conséquence; ne faut-il pas se couvrir des frais exorbitants de l'entraînement et de toutes les chances défavorables qui en émanent, et chercher, dans le hasard, des chances pouvant devenir plus propices; aussi, en France comme en Angleterre, le motif réel, essentiel des courses, a-t-il été effacé: ce n'est plus qu'un vaste champ d'agiotage subventionné chez nous par l'État. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §516