George Sand | Nouvelles lettres d'un voyageur | Luxembourg | Luxembourg

Je me le demandais l'autre jour en traversant le jardin du Luxembourg, au coucher du soleil. C'était une belle et douce soirée. Le ciel était tout rose et l'horizon en feu derrière les branchages noirs. Le grand bassin aussi était rouge et comme embrasé de tous ces reflets. Le cygne de la fontaine Médicis était ému et disait de temps en temps je ne sais quel mot triste et doux. Les enfants étaient gais, eux, franchement gais, en lançant sur l'eau des flottilles en miniature. La jeunesse se promenait sagement, presque gravement, et je m'inquiétais de cette gravité. Parlait-on de vous? sentait-on passer sur cette austérité du grand jardin, du grand palais, du grand ciel qui peu à peu se remplissait de brume violette, le vol du coursier que vous déliez et faites repartir si vigoureusement après l'avoir forcé de brouter la prairie de l'idylle en fleurs? Moi, je croyais l'entendre soulever des flots d'harmonie.... (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §58