George Sand | Nouvelles lettres d'un voyageur | Italie | Tivoli

Toutes les citations de ce lieu:
Il y a à Pamphili d'assez belles eaux, des grottes, des cascades, des lacs et des rivières. C'est grand pour un jardin particulier, et le _rococo_, dont je ne suis pas du tout l'ennemi, y est plus agréable que ce qui nous en reste en France. C'est plus franchement adopté, et ils ont employé pour leurs rocailles des échantillons minéralogiques d'une grande beauté. Tivoli et la Solfatare qui l'avoisine ont fourni des pétrifications curieuses et des débris volcaniques superbes à toutes les villas de la contrée. Ces fragments étranges, couverts de plantes grimpantes, de folles herbes, et de murmurantes eaux, sont très-amusants à regarder, je vous assure. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §22

Pour gagner Menton, le lendemain matin, nous traversons une gorge qui ressemble aux plus fraîches retraites de l'Apennin du côté de Tivoli; les oliviers y sont superbes, les caroubiers monstrueux. Ceci doit être un _nid_ pour la botanique; mais peu de fleurs sont écloses, et nous passons trop vite. Nous courons et ne voyageons pas. Il faudrait revenir seul au mois de juin. Nous sommes gais quand même, parce que nous nous aimons les uns les autres, et parce que voir ainsi défiler des merveilles comme dans la confusion d'un rêve est, sinon un plaisir vrai, du moins une ivresse excitante. On revient de la frontière d'Italie à Cannes en quelques heures. Route excellente, aucun danger et aucune interruption dans la splendeur des tableaux; mais trop de rencontres, trop d'Anglais, trop de mendiants, trop de villas odieusement bêtes ou stupidement folles, un pays sublime, un ciel divin, empestés de civilisation idiote ou absurde. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §241

Sans aller si loin, il y a autour de nous, en France, quand on les cherche et que l'on arrive à les trouver, des aspects d'une beauté toute différente, il est vrai, mais plus pénétrante et plus délicate que cette rude beauté du Latium. Aimons l'une et l'autre, et que chaque école d'artiste y trouve sa volupté. Pour nous, il faudra toujours garder une secrète préférence pour certains coins de notre patrie. En dehors du sentiment national, que l'on ne répudie pas à son gré, il est des jouissances de contemplation que nous n'avons point trouvées ailleurs. Certains recoins ignorés dans la Creuse et dans l'Indre ont réalisé pour nous le rêve des forêts vierges. Dans des localités humides et comme abandonnées, nous avons pénétré sous des ombrages dont l'épaisseur admirable n'ôtait rien à la transparence et au vague délicieux. Là, tout aussi bien que dans la forêt fermée de Laricia et sur les roches de Tivoli, les plantes grimpantes avaient envahi les tiges séculaires et s'enlaçaient en lianes verdoyantes aux branches des châtaigniers, des hêtres et des chênes. La mousse tapissait les branches, et la fougère hérissait de ses touffes découpées le corps des arbres, de la base au faîte. Dans leur creux, des touffes de trèfle forestier semblaient s'être réfugiées et sortaient en bouquet de chaque fissure. Les blocs granitiques, embrassés et dévorés par les racines, étaient soulevés et comme incrustés dans le flan des arbres. Enfin, ce que j'ai en vain cherché en Italie, ce que je n'ai remarqué que là, en plein midi, le soleil, tamisé par le feuillage serré mais diaphane, laissait tomber sur le sol et sur les fûts puissants des hêtres, des reflets froids et bleuâtres comme ceux de la lune. (Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand)  §593