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Toutes les citations de ce lieu:
C'était un simple paysan, un vigneron des faubourgs de Châteauroux. Il avait appris tout seul à écrire, et il écrivait très remarquablement, avec ces naïves incorrections qui sont presque des grâces, dans un style rustique et spontané. Il a publié un excellent traité sur la culture de la vigne, qu'il avait étudiée et pratiquée toute sa vie en bon ouvrier et en naturaliste de vocation. Ce petit homme robuste, à grosse tête ronde, au teint coloré, à l'oeil bleu étincelant et doux, était doué d'une façon supérieure. Il voyait la nature, il l'observait, il l'aimait et il la savait. Il avait des enthousiasmes de poëte, il faisait des vers barbares, incorrects, d'où s'élançaient, comme des fleurs d'un buisson, des éclairs de génie. Il riait de ses vers, il les disait ou les chantait une ou deux fois, et n'en parlait plus. Quand il écrivait sérieusement, c'était pour enseigner. Il a émis dans de nombreux opuscules d'excellentes idées et des observations ingénieuses et sages sur la culture propre aux régions de l'Afrique qu'il a longtemps habitées.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §715 En 1848, Patureau avait été élu maire de Châteauroux. _Inde irae_. Il remplissait avec fermeté et impartialité ses fonctions, préservant les uns, apaisant les autres, tâche difficile et délicate s'il en fut! Mais, si quelques-uns se sont souvenus de sa conduite et se sont chaudement employés--le marquis de Barbançois entre autres--pour l'arracher à l'exil, il en est beaucoup qui lui ont imputé les agitations populaires de certains moments de crise. Une cruelle préoccupation agissait alors dans l'esprit d'une fraction irritée de la bourgeoisie. Ce maire en blouse et en sabots--il était trop pauvre pour être mieux vêtu--faisait, disait-on, souffrir, malgré son extrême politesse et le tact exquis dont il était doué, l'orgueil de certaines familles aristocratiques, dont il consacrait les actes civils. Il y avait d'ailleurs là, comme partout, jalousie de crédit et d'autorité, et puis la peur, une peur simulée, la plus dangereuse de toutes. On savait bien que Patureau était sage et humain; mais ce peuple inquiet, passionné, dont il traînait tous les coeurs après lui: comment lui pardonner cela? La popularité est la chose la plus enviée des temps de révolution; on oublie alors que c'est la plus trompeuse et la plus funeste. On la redoute chez les autres, on la voudrait pour soi. Tout homme se flatte d'en user à sa guise! Patureau savait bien le contraire. Il se voyait alors débordé. Un agitateur assez mystérieux dont j'ai oublié le nom, et qui, depuis, a inspiré de grands doutes sur le but de sa véritable mission, travaillait les esprits et passionnait la masse. Ces choses se perdirent et s'effacèrent dans les événements du 15 mai.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §721 Une nuit, il dormit dans la forêt de Châteauroux dans un tas de fagots, presque côte à côte avec un garde qui l'eût arrêté--car ordre était donné à tous de l'appréhender--et qui ne le vit pas.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §730 Déclaré libre, en septembre 1858, sur la terre d'Afrique, il résolut de s'établir sous ce beau ciel et de chercher une ferme à faire valoir. Connaissant sa valeur et sa capacité, le ministère de l'Algérie lui accorda une concession qu'il lui fut permis de chercher à son gré dans la région qu'il avait explorée. Enfin, une permission lui fut accordée aussi de venir vendre sa maison et sa vigne de Châteauroux, et d'y chercher sa famille pour être en mesure de cultiver. Il revint donc, réalisa ses humbles ressources, emballa ses outils, persuada sa femme et ses enfants (ses vieux parents étaient morts), vint chez nous donner une _façon_ à la vigne qu'il y avait créée, et qu'il aimait comme sa chose, nous raconta ses misères et ses joies, ses étonnements et ses espérances; puis il partit pour Gastonville, avec tout son monde, la pioche en main et le fusil sur l'épaule pour se préserver des bêtes sauvages qui trônaient encore sur son domaine. Malgré de généreux secours, il eut grand'peine à vivre au commencement. Pas assez d'argent, pas assez de bras, et, la chaude saison, la fièvre et l'ophthalmie interrompant le travail.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §745 |
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