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Quel rayonnement dans ces vers à la courte et vive allure, qui nous versent les senteurs du printemps et les puissantes folies de la nature en fête! Hélas! je regarde souvent par ma fenêtre les vestiges de ces jardins des Feuillantines où vous avez été élevé et où l'on a bâti des maisons neuves. On a respecté de vieux murs couverts de lierre. Des arbres qui vous ont prêté leur ombre, quelques-uns sont encore debout, me dit-on. L'hiver les dépouille à cette heure, et je ne sais où se sont réfugiés les oiseaux. Rien ne chante plus dans ce coin qui abrita et charma votre enfance. Au dehors, dans les vallons mystérieux qu'on trouve encore non loin de Paris, la gelée a mordu les ramées. Il n'y a plus d'autres chansons des bois que le grésillement des feuilles tombées que le vent balaie. Dans les rues, il n'y a pas de chansons non plus. Ce beau quartier latin que je traverse chaque soir est devenu vaste, aéré, monumental. Ses groupes d'étudiants qui emplissaient jadis toute une rue dans un éclat de rire, sont comme perdus et inaperçus sur ces larges chaussées plantées d'arbres. Ils sont toujours jeunes, pourtant; le printemps ne se fait jamais vieux, et le renouveau de chaque génération est toujours un objet d'attendrissement et de sympathie pour les coeurs qui ont vécu et souffert. Mais qu'y a-t-il dans cette influence de la saison où nous sommes?
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §57 J'ai passé un mois seulement sur le rivage de la mer bleue. Le _rapide_,--c'est ainsi que les Méridionaux appellent le train que l'on prend à Paris à sept heures du soir, nous déposait à Marseille le lendemain à midi. Une heure après, il nous remportait à Toulon.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §191 La côte largement déchirée que l'on suit jusqu'à Toulon, et où l'oeil plonge par échappées, est merveilleusement belle; nous la savons par coeur, mon fils et moi. Nous la revoyons avec d'autant plus de plaisir que nous la connaissons mieux. Voilà le Bec-de-l'Aigle, le beau rocher de la Ciotat, le Brusc et les îles des Embiez, la colline de Sixfours, toutes stations amies dont je sais le dessus et le dessous, dont les plantes sont dans mon herbier et les pierres sur mon étagère. Je sais que derrière ces pins tordus par le vent de mer s'ouvrent des ravins de phyllade lilas qu'un rayon de soleil fait briller comme des parois d'améthyste sablées d'or. La colline qui s'avance au delà a les entrailles toutes roses sablées d'argent, l'or et l'argent des _chats_, comme on appelle en minéralogie élémentaire la poudre éclatante des roches micacées ou talqueuses.--Les _Frères_, ces écueils jumeaux, pics engloutis qui lèvent la tête au milieu du flot, sont noirs comme l'encre à la surface, et je n'ai pas trouvé de barque qui voulût m'y conduire pour explorer leurs flancs. Dans cette saison-là, le mistral soufflait presque toujours. Aujourd'hui, il est anodin, et à peine avons-nous embrassé à la gare de Toulon les chers amis à qui nous y avions donné rendez-vous, que nous sautons avec eux dans un fiacre, et nous voici à trois heures à Tamaris. Soleil splendide, des fleurs partout, nos vêtements d'hiver nous pèsent. Hier, à pareille heure, nous nous chauffions à Paris, le nez dans les cendres. Ce voyage n'est qu'une enjambée de l'hiver à l'été.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §195 «Quelque jour, je ne sçay quand, Pantagruel se pourmenoit après souper avecques ses compaignons, par la porte d'ond l'on va à Paris: là rencontra ung escholier tout joliet, qui venoit par icelluy chemin; et, après qu'ils se feurent saluez, luy demanda:
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §438 »--C'est, respondist-il, de Paris.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §443 »--Tu viens doncques de Paris? dit-il. Et à quoi passez-vous le temps, vous aultres messieurs estudians audict Paris?
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §444 [Note 8: «De la belle, remarquable et célèbre académie que l'on appelle Paris.»]
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §447 »--Seigneur, sans doubte, ce galant veult contrefaire la langue des Parisians; mais il ne faict qu'escorcher le latin et cuide ainsi pindariser; et luy semble bien qu'il est quelque grand orateur en françoys, parce qu'il dédaigne l'usance commune de parler.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §455 »--J'entends bien, dist Pantagruel: Tu es Limosin pour tout potaige; et tu veulx ici contrefaire le Parisian. Or viens ça que je te donne un tour de pigne.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §463 Au milieu de ses désastres et de sa détresse, l'émigration a reçu du ciel le secours et la protection d'un ange. La princesse Czartoryska, femme du noble prince Czartoryski, qui fut à la tête de la révolution polonaise, a consacré sa vie au soulagement de tant d'infortunes. Cette femme, qui eut une existence royale, vit aujourd'hui à Paris avec sa famille, dans une médiocrité voisine de la pauvreté. C'est quelque chose de solennel et de vénérable que cet intérieur modeste et résigné. Cette famille n'a qu'un regret, celui de n'avoir pas assez de pain pour nourrir tous les pauvres proscrits, et nous savons qu'elle se refuse les plus modiques jouissances du bien-être domestique, pour subvenir aux frais incessants d'une patriotique charité.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §491 Compagne dévouée d'un digne époux, mère de trois beaux enfants, frêle et délicate comme une Parisienne, quel moyen pouvait-elle trouver de se consacrer à la révolution polonaise sans manquer aux devoirs de la famille? Pouvait-elle armer et commander un régiment comme la belle Plater et tant d'autres héroïnes du vieux sang sarmatique? Pouvait-elle, comme Claudine Potoçka, se faire cénobite et partager son dernier morceau de pain avec un soldat? Non; mais elle trouva un moyen tout féminin de se rendre utile et de donner plus que son pain, plus que son sang. Elle donna son temps, sa pensée et son intelligence, le travail de ses mains; mais quel travail! C'est à elle qu'il appartenait de réhabiliter à nos yeux les ouvrages de l'aiguille trop méprisés en ces temps-ci par quelques femmes philosophes, trop appréciés par la coquetterie égoïste de quelques autres.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §494 C'est ainsi que, chaque année, elle rassemble tous les travaux qu'elle a terminés pour les vendre elle-même aux belles dames oisives du grand monde. Elle ne leur fait payer ni son travail, ni sa peine, ni sa pensée créatrice: elle compte tout cela presque pour rien, et, pourvu qu'on achète autour d'elle mille petits objets que la sympathie d'autres femmes généreuses apporte à son atelier, elle est heureuse d'achalander la vente des objets de pur caprice par la valeur réelle de ses belles productions. Aussi les acheteurs ne lui manqueront pas cette année plus que les autres, et le monde élégant de Paris viendra en foule, nous l'espérons, se disputer ces charmants ouvrages, création d'une artiste, reliques d'une sainte.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §502 |
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