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Le lendemain, en quatre heures, nous gagnons Cannes. Le trajet le long de la mer est aussi beau que celui de Marseille à Toulon, et tout cela se ressemble sans s'identifier. Ce qui est nouveau d'aspect pour moi, c'est la chaîne des Mores, montagnes couvertes de forêts et d'une tournure fière avec un air sombre. On les côtoie et on entre dans les contre-forts de l'Estérel, massif superbe de porphyre rouge découpé tout autrement que la Carpiagne, qui est calcaire et disloquée. L'Estérel a la physionomie d'une chose d'art, des mouvements logiques et voulus comme les ont généralement les roches éruptives. Ses sommets ont peu de brèche, ses dents s'arrondissent comme des bouillonnements saisis d'un brusque refroidissement. Rien ne prouve que telle soit la cause de ces formes arrêtées et solides, mais l'esprit s'en empare comme d'une raison d'être des ligues moutonnées qui festonnent le ciel et qui descendent en bondissements jusque dans la mer. Petites montagnes, collines en réalité, mais si élégantes et si fières qu'elles paraissent imposantes. Une grande variété de groupements, rentrant dans l'unité de plans de la structure générale, peu de blocs isolés ou détachés là où l'homme n'a pas mis la main; des murailles droites inexpugnables, des plissements soudains arrêtés par des mamelonnements tumultueux qui se dressent en masses homogènes, compactes, d'une grande puissance. Rien ici ne sent le désastre et l'effondrement. Rien ne fait songer aux cataclysmes primitifs. C'est un édifice et non une ruine; la végétation y prend ses ébats, et le mois de mai doit y être un enchantement.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §206 Cannes, rendez-vous des étrangers de tout pays, doit être pour le romancier habile une bonne mine pleine d'échantillons à collectionner; mais, outre que je n'ai aucune habileté, je ne suis pas venu céans pour étudier les moeurs qu'on raconte et observer les physionomies qui passent. Ici comme ailleurs, je ne prendrai que des notes, et j'attendrai que je sois saisi n'importe où, n'importe par quoi ou par qui. Je ne suis pas de ceux qui savent ce qu'ils veulent faire. Je subis l'action de mes milieux. Je ne pourrais la provoquer; d'ailleurs, je suis en vacances.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §207 Pour gagner Menton, le lendemain matin, nous traversons une gorge qui ressemble aux plus fraîches retraites de l'Apennin du côté de Tivoli; les oliviers y sont superbes, les caroubiers monstrueux. Ceci doit être un _nid_ pour la botanique; mais peu de fleurs sont écloses, et nous passons trop vite. Nous courons et ne voyageons pas. Il faudrait revenir seul au mois de juin. Nous sommes gais quand même, parce que nous nous aimons les uns les autres, et parce que voir ainsi défiler des merveilles comme dans la confusion d'un rêve est, sinon un plaisir vrai, du moins une ivresse excitante. On revient de la frontière d'Italie à Cannes en quelques heures. Route excellente, aucun danger et aucune interruption dans la splendeur des tableaux; mais trop de rencontres, trop d'Anglais, trop de mendiants, trop de villas odieusement bêtes ou stupidement folles, un pays sublime, un ciel divin, empestés de civilisation idiote ou absurde.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §241 Ce lieu s'appelle Montrieux, il est situé sur les hauteurs près des sources du Gapeau, à trente-deux kilomètres de Toulon. La route est belle, on va vite. On traverse des régions maigres et sèches, des collines pelées ou revêtues de terrasses d'oliviers petits et laids. Ce n'est pas avant Cannes qu'il faut voir l'olivier, on le prendrait en haine; mais là il est de plus en plus splendide jusqu'à Menton. On ne le taille pas, il devient futaie, il est monumental et primitif.
(Nouvelles lettres d'un voyageur, George Sand) §249 |
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