|
La claire sonnerie des clairons vint jusqu'au coeur de la forêt nous arracher à nos mélancoliques réflexions. Vite, vite! Au pas gymnastique! Sans prendre garde aux branches qui nous déchirent les mains et nous fouettent le visage, nous regagnons le camp. Il faut partir. Des nouvelles sont parvenues de Paris. Le général Ducrot tente une grande sortie. Pour tendre la main à l'armée de Paris, le 16e corps se bat. A nous de le rallier pour seconder ses efforts. Notre brigade doit, la première, l'aller rejoindre à Patay. Patay, nom glorieux, car notre Jeanne y fit prisonnier celui que l'Angleterre appelait «son Achille». Jamais nous n'avions été si allègres. C'est en chantant qu'à la nuit tombante, nous prîmes la route qui passe à Gémigny, puis à Saint-Péravy-la-Colombe, où nous laissâmes les zouaves de Charette avec le général de Sonis.
(Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)
§379 En effet, la division de l'amiral Jauréguiberry, bien secondée par la cavalerie du général Michel, avait culbuté l'ennemi à Villepion, non sans éprouver quelques pertes. Le 16e corps couchait sur les positions conquises. Seul son chef, le général Chanzy, était encore à Patay. Il se disposait à transporter son quartier plus avant, sur la droite, à Terminiers.
(Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)
§381 La brigade Charvet, la nôtre, formait la liaison des troupes du 16e et du 17e corps d'armée. Elle devait donc, selon toute vraisemblance, être appelée à jouer un rôle important. Le succès pouvait dépendre d'elle; mais, dans sa situation intermédiaire, il y avait un premier point à établir: il fallait savoir de qui lui viendraient les ordres. Pendant quelques heures, au moins, elle avait été placée sous l'autorité immédiate du commandant du 16e corps. Le général d'Aurelle avait en effet donné des ordres en conséquence: «La brigade commandée par le général de Jancigny, dit-il dans son ouvrage sur la _Première Armée de la Loire_, avait précédé sa division, et était arrivée à Patay le 1er décembre, dans la nuit. Ce général se mit immédiatement à la disposition du général Chanzy, assuré dès lors de l'appui du 17e corps.» Mais, lorsque le général de Sonis, «plus vite que les aigles, plus courageux que les lions», fut à son tour parvenu sur le théâtre des opérations, il reprit évidemment autorité sur nous, et, ce qu'il faut peut-être regretter, c'est que des scrupules aient un instant suspendu son ardeur; c'est qu'il les ait communiqués au général Chanzy. «J'ai fait mon possible, lui vint-il déclarer à huit heures du matin, pour venir promptement à votre secours; mais je marche avec des troupes fatiguées. Nous voilà, nous sommes ici, mais je vous déclare que, si vous avez besoin de nous aujourd'hui, il me sera bien difficile de vous satisfaire.» Avec son esprit net et précis, le général Chanzy dut être surpris de cet élan qui s'annihilait. Dans les graves circonstances qu'il traversait, il s'était contenté de répondre: «Je tâcherai de me passer de vous».
(Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)
§393 D'une intrépidité qui s'accommodait mal d'une fusillade à distance, le général de Sonis ordonna de charger sur Loigny. Le 51e obéit; mais ici doit se placer un incident bizarre. Du moins le fait fut raconté le soir aux bivouacs de Patay, par plusieurs officiers: il ne pouvait pas être vérifié; mais l'historique du régiment l'a enregistré comme un on-dit. A un commandement qui aurait été fait en excellent français par un officier prussien, audacieusement embusqué en cet endroit, le régiment, tombant dans un piège, alla donner tête baissée sur une forte colonne ennemie, massée dans un bouquet de bois d'aspect inoffensif. Une effroyable fusillade éclata à bout portant. Le général Charvet eut son cheval tué et tomba avec lui; deux cents hommes roulèrent à terre, blessés ou morts; les autres, surpris, reculèrent. Le général fut aussitôt fait prisonnier, ce qui augmenta le désordre, malgré le sang-froid du colonel, qui resta du moins jusqu'à la dispersion de l'état-major.
(Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)
§425 Le lendemain, après une nuit pénible passée à Saint-Sigismond, que nous avions traversé l'avant-veille d'un pas allègre et en chantant, nous pûmes croire qu'enfin nous allions être utiles. Le mouvement de retraite parut avoir été suspendu. Tandis que le prince Frédéric-Charles refoulait à Artenay et à Cercottes notre 15e corps, les Bavarois avaient repris haleine, et, le 4, ils harcelèrent notre gauche à Patay, où le général de Tucé soutint vigoureusement le choc. A droite, la division Barry se battit aussi à Bricy et à Boulay. Mais, à la nouvelle qu'Orléans était repris sur nous, il fallut continuer la retraite, avec un changement d'orientation, vers Beaugency. Nous devions nous diriger sur Baccon, à travers la forêt de Montpipeau.
(Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)
§456 |
|
||