France | Coulmiers


La ville de Mer, au bout d'une heure, dut sembler morne et vide à ses habitants: notre division l'avait évacuée. Le général de Sonis, d'abord suffoqué par un tel excès d'honneur, s'était cependant résigné, par esprit de discipline, à accepter le commandement en chef du 17e corps d'armée. Pour constituer solidement l'aile gauche de l'armée de la Loire, il avait demandé la concentration immédiate de ses divisions autour de lui, à Châteaudun, tandis que le 16e corps se maintenait au centre, en avant de Coulmiers, sous les ordres du général Chanzy, dans les positions conquises le 9 novembre, et que, plus à droite, le général Martin des Pallières couvrait Orléans avec le 15e corps. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §291

Armée de manchots, semblait-il au premier abord; mais l'allure était bonne, vive et décidée. Il n'y avait pour nous stimuler ni roulements de tambours, ni sonneries de clairons; mais le canon nous marquait le pas, nous guidait, nous attirait. Voilà le meilleur métronome du soldat. Au surplus, le nom de Coulmiers, seul nom de victoire qui eût depuis longtemps retenti, enflammait un peu notre imagination. Coulmiers était, non le terme, mais l'orientation de notre étape. Bon augure. Le pas, sur les sillons figés, était ferme et relevé. Il ne venait même pas à l'idée que nous pussions nous lasser d'avancer sur un sol pourtant si peu propice. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §354

Bientôt les zouaves pontificaux mêlèrent leurs costumes gris aux autres uniformes plus voyants. Les troupes de ligne, après avoir effectué un mouvement vers la gauche, accentué par chaque brigade, s'arrêtèrent pour se refaire de leur marche ininterrompue depuis Coulmiers. Les zouaves arrivaient seulement de Saint-Péravy; ils venaient de déposer leurs sacs à Patay. De Terminiers arriva vers eux, au galop de son cheval bai, un jeune capitaine du génie, au teint pâle, à l'oeil creusé par les veillées studieuses. De là part du général Chanzy, il venait requérir la légion du général de Charette, avec mission de la diriger sur l'est, vers le champ de bataille. Le groupe aussitôt s'agite et s'éloigne. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §401

Dès huit heures il avait lancé sa 2e division sur le village de Loigny. Résolument elle s'était avancée sous les ordres du général Barry qui, comme à Coulmiers, allait faire de l'histoire aussi noblement que son frère Edouard nous l'enseignait disertement à la Faculté de Toulouse. La 1re division--amiral Jauréguiberry,--celle qui avait enlevé si brillamment Villepion la veille, suivait de près à gauche. En même temps la 3e, commandée par le général Maurandy, devait appuyer à droite l'effort principal en attaquant Lumeau, village voisin de Loigny. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §407

Se reposer, bon, tant que c'était indispensable; mais nous n'étions pas à Capoue et n'avions pas le loisir de nous y rendre; nous rougissions de la reculade de Châteaudun, ordonnée sans que notre courage eût été mis à l'épreuve, et nous avions hâte de regagner le terrain perdu. L'ordre parti le 29 novembre du grand quartier général de Saint-Jean-la-Ruelle fut donc bien accueilli. «Que vos troupes, avait écrit le général d'Aurelle au général de Sonis, se mettent demain en marche, pour se diriger sur Coulmiers.... Le canon vous servira de guide.» (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §350