France | Cernay


Ses prières ne furent point vaines. Lui et moi, nous regagnâmes les jardins de Cernay sans nouvel accroc. Là, le capitaine se hâta de rallier la seconde section. Au moment où, comme nous l'avions fait trois quarts d'heure plus tôt, le reste de la compagnie s'élançait dans le champ que, sans figure de rhétorique, je venais d'arroser de mon sang, je reconnus la voix éclatante de Nareval. Avec un entrain qui me réjouit et un instant effaça l'impression des tristes détails de la veille, il criait: «Allons, les enfants! Allons, en avant, et vive la République!» Comme je poursuivais mon chemin vers l'intérieur du village, le capitaine demanda, courroucé: «Quel est l'homme qui s'en va?--C'est le fourrier, lui répondit le sous-lieutenant avec un ton de bienveillance tout nouveau pour moi. Il est grièvement blessé.--C'est bien!» ajouta M. Eynard en se disposant à suivre le lieutenant Barta et le sergent-major Harel, tandis que mes camarades nettoyaient leurs armes. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §558

Dès huit heures, l'attaque se produisait violemment contre la division Collin, du 21e corps, à notre gauche. Le général de Roquebrune se dirigeait alors sur Cravant, et notre division recevait l'ordre de se porter en soutien sur Cernay, le poétique petit village à la ceinture de vergers. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §492

Lorsque toute la 2e armée de la Loire s'était bien comportée, un malentendu, né de l'inhabitude de subordonner l'exécution des détails à l'intérêt de l'ensemble des opérations, avait compromis le succès incontestable de la journée du 8 décembre: Le général Camô, sans même rendre compte au général en chef, s'était, dans le milieu du jour sur un avis parvenu de Tours, replié vers Mer, évacuant Beaugency, et découvrant notre aile droite à l'improviste. Ce recul avait obligé le général Chanzy à rectifier sa ligne de bataille et à abandonner sans combat quelques-uns des points conquis par ses troupes. Les Bavarois avaient pu ainsi occuper, à l'est de Cernay, le village de Villechaumont et la ferme du Mée. A la faveur de la nuit, ils s'y établissaient en force pour nous prendre en flanc le lendemain, pendant que nous nous retranchions au nord du côté de Cravant, d'où ils nous avaient lancé leurs derniers obus. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §528

L'atmosphère, autour de nous, s'était épaissie de la fumée du foyer et de la buée des respirations. Cet air opaque étouffait à peu près la flamme de l'unique quinquet qui éclairait comme une étoile lointaine, quand la clarté pâle de l'aube pénétra sur nous par les fissures de la porte et des volets de la fenêtre. Un roulement de tambour retentit dans la rue du village, et tous nous nous dressâmes debout comme un seul homme. Nous fîmes irruption hors de la maison, et, deux minutes après, chaque compagnie était formée sur l'emplacement indiqué la veille. Puis toutes furent dirigées au nord et à l'est de Cernay, dans les jardins qui l'entourent. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §530

Quoique le général Chanzy ait écrit que nous fûmes attaqués de bonne heure, je crois que le premier coup de canon a retenti de notre côté le vendredi, 9 décembre. Une batterie s'était établie contre le village de Cernay, et, vers sept heures, elle ouvrit le feu sur la masse noire qui fourmillait devant Villechaumont. La réplique, il est vrai, ne se fît pas attendre. La foule sombre s'étant aussitôt écartée, huit flammes brillèrent presque simultanément au sein d'un nuage grossissant, et, comme nous étions dans l'axe du tir, nous pûmes suivre du regard les projectiles qui se croisèrent dans l'air. Le bruit des deux décharges se faisant écho, le fracas des obus dans les hautes branches au-dessus de nos têtes, le grand silence qui soudain régna dans les rangs, tout donna à cet instant un caractère de singulière solennité. Il y eut comme le saisissement qui vous prend devant un spectacle de beauté supérieure. (Journal d'un sous-officier, 1870,Amédée Delorme)   §536