Edgar Allan Poe | Russie | Russie

Il revint à Richmond en 1822, et continua ses études en Amérique, sous la direction des meilleurs maîtres de l'endroit. À l'université de Charlottesville, où il entra en 1825, il se distingua, non seulement par une intelligence quasi miraculeuse, mais aussi par une abondance presque sinistre de passions,--une précocité vraiment américaine,--qui, finalement, fut la cause de son expulsion. Il est bon de noter en passant que Poe avait déjà, à Charlottesville, manifesté une aptitude des plus remarquables pour les sciences physiques et mathématiques. Plus tard il en fera un usage fréquent dans ses étranges contes, et en tirera des moyens très-inattendus. Mais j'ai des raisons de croire que ce n'est pas à cet ordre de compositions qu'il attachait le plus d'importance, et que--peut-être même à cause de cette précoce aptitude--il n'était pas loin de les considérer comme de faciles jongleries, comparativement aux ouvrages de pure imagination.--Quelques malheureuses dettes de jeu amenèrent une brouille momentanée entre lui et son père adoptif, et Edgar--fait des plus curieux et qui prouve, quoi qu'on ait dit, une dose de chevalerie assez forte dans son impressionnable cerveau,--conçut le projet de se mêler à la guerre des Hellènes et d'aller combattre les Turcs. Il partit donc pour la Grèce.--Que devint-il en Orient? qu'y fit-il? étudia-t-il les rivages classiques de la Méditerranée?--pourquoi le trouvons-nous à Saint-Pétersbourg, sans passeport, compromis, et dans quelle sorte d'affaire, obligé d'en appeler au ministre américain, Henry Middleton, pour échapper à la pénalité russe et retourner chez lui?--on l'ignore; il y a là une lacune que lui seul aurait pu combler. La vie d'Edgar Poe, sa jeunesse, ses aventures en Russie et sa correspondance ont été longtemps annoncées par les journaux américains et n'ont jamais paru. (Histoires extraordinaires, Edgar Allan Poe)  §47

«Chacun la compare, non pas à la voix d'un individu dont la langue lui serait familière, mais justement au contraire. Le Français présume que c'était une voix d'Espagnol,«et il aurait pu distinguer quelques mots s'il était familiarisé avec l'espagnol». Le Hollandais affirme que c'était la voix d'un Français; mais il est établi que le témoin, ne sachant pas le français, a été interrogé par le canal d'un interprète. L'Anglais pense que c'était la voix d'un Allemand, et«il n'entend pas l'allemand». L'Espagnol est positivement sûr que c'était la voix d'un Anglais, mais il en juge uniquement par l'intonation, car il n'a aucune connaissance de l'anglais. L'Italien croit à une voix de Russe, mais«il n'a jamais causé avec une personne native de Russie». Un autre Français, cependant, diffère du premier, et il est certain que c'était une voix d'Italien; mais, n'ayant pas la connaissance de cette langue, il fait comme l'Espagnol,«il tire sa certitude de l'intonation». Or, cette voix était donc bien insolite et bien étrange, qu'on ne pût obtenir à son égard que de pareils témoignages? Une voix dans les intonations de laquelle des citoyens des cinq grandes parties de l'Europe n'ont rien pu reconnaître qui leur fût familier! Vous me direz que c'était peut-être la voix d'un Asiatique ou d'un Africain. Les Africains et les Asiatiques n'abondent pas à Paris; mais, sans nier la possibilité du cas j'appellerai simplement votre attention sur trois points. (Histoires extraordinaires, Edgar Allan Poe)  §192