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Toutes les citations de ce lieu:
Hélas! la nouvelle de la capitulation de Sedan me fut apportée le lendemain matin au quartier du 72e de ligne, par un officier de mobiles. Le désastre surpassait tous les précédents. La honte nous semblait monter démesurément, comme les eaux du déluge. Il s'y mêla chez moi une préoccupation enfantine: je me demandais avec inquiétude si la guerre n'allait pas être fatalement terminée. Aussi, sans peser les chances favorables et les chances contraires, j'applaudis aux résolutions du gouvernement de la Défense nationale qui répondaient à mes aspirations et aux sentiments généreux du pays.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §43 Il nous manquait les glorieux récits de la veillée, tous les vétérans ayant disparu à Sedan. Mais Bacannes se chargeait toujours d'égayer les heures où le sommeil nous fuyait. Ayant vite saisi les travers de Nareval, il les exploitait, de complicité avec Linemer, au profit de la gaieté générale. Chaque soir, ils l'amenaient à faire le complaisant étalage de sa petite science. Ils se faisaient ignorants et naïfs jusqu'à la bêtise, et lui se perdait en des définitions minutieuses, en des détails oiseux, en des descriptions enfantines. Toujours de sang-froid, les interlocuteurs accompagnaient leurs questions de pantomimes folles, exécutées sur la table, en bonnet de coton et en caleçon, à la lueur vacillante d'une chandelle fumeuse, qui projetait sur les murs et au plafond des ombres mouvantes, grotesques. Aveuglé par l'amour-propre, Nareval s'exécutait indéfiniment, en toute conscience. Il se persuadait que nous avions recours à lui parce qu'il était naturellement désigné pour nous primer, nous diriger, pour devenir enfin notre chef.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §94 L'exemple de la patience m'était cependant donné par l'officier qui nous dirigeait. D'un zèle infatigable, toujours présent sur tous les points du terrain de manoeuvres, il ne se départait jamais de son calme; mais il était sombre et triste. A Sedan, il avait signé le revers. Condamné à ne pouvoir affronter de nouveau l'ennemi, il désirait du moins lui créer des adversaires redoutables, sans que rien parût lui faire oublier le titre injurieux de _capitulard_ que la population ne mâchait guère aux revenants de nos premiers désastres.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §123 D'ailleurs il n'y avait pas que de dociles moutons parmi nous. Quelques loups avaient été enfermés dans la bergerie. Pour moi, nommé caporal et adjoint au fourrier depuis deux jours, je n'avais ni l'humeur ni le temps de me mêler aux conciliabules qui se formaient dans quelques cantines. Un nouveau lieutenant avait tout récemment été mis à notre tête; malgré une assez douloureuse blessure qui à Sedan lui avait entamé l'épaule, il était d'une activité et d'une énergie peu communes: il avait précisément fixé ce jour-là au sergent-major comme extrême délai pour l'organisation complète de la compagnie. Mais, de notre bureau, nous entendions des rumeurs inaccoutumées. A plusieurs reprises nous aperçûmes les sergents de semaine occupés à disperser des groupes.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §142 M. Houssine, échappé, lui aussi, de Sedan comme simple adjudant, avait reçu l'épaulette en rentrant au dépôt. Sa dignité récente le tenait à distance de la troupe: il paraissait tellement oublier qu'il était issu de cette catégorie subalterne, qu'il traitait les hommes très dédaigneusement. Mais il était très grand et avait les cheveux d'un rouge éclatant, ce qui nous guidait.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §182 En tout pareil aux héroïques légions détruites autour de Sedan et de Metz, il lui manquait pourtant ces deux fiers ornements dont l'un provoquait le sourire et l'autre imposait le respect, suscitait l'enthousiasme: pas de tambour-major à voir parader en tête de la colonne; point de drapeau, hélas! à entendre frissonner glorieusement au milieu des rangs!
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §184 Villiot, le doyen des sergents, était, quoique né à Marseille, simple, brave et modeste. Excellent soldat, bon camarade, supérieur affable, subordonné digne. Ayant éprouvé son courage à ses propres yeux dans la sanglante fournaise de Sedan et dans sa fuite périlleuse après la capitulation, il ne cherchait à en imposer à personne. Sa qualité d'ancien prévôt d'armes témoignait assez d'ailleurs qu'il n'avait rien à craindre d'un adversaire individuel. Sa complaisance et sa serviabilité n'en avaient que plus de prix; elles ne se démentaient jamais.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §189 Notre lieutenant en faisait partie, en raison de son ancienneté de grade. Il nous annonça le verdict, sans commentaires. Certes il avait eu l'occasion de cuirasser son coeur, à Sedan. Plus d'une fois il menaça de son revolver des hommes qui maugréaient contre le service, et il aurait eu le courage de tuer un fuyard; mais il veillait sur sa compagnie paternellement, quoique bien jeune. Il la réconfortait après les journées de fatigue. Il était bon, certainement, autant que brave. Toute sa bravoure lui fut nécessaire pour tenir jusqu'au bout le rôle qui lui était échu dans l'accomplissement de ce drame. L'arrêt qu'il avait contribué à rendre, il devait le prononcer le lendemain à la face du condamné, devant 8000 hommes assemblés pour en voir mourir un autre.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §235 |
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