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Toutes les citations de ce lieu:
Sur je ne sais quelle plainte de quelques mauvais soldats, le nouveau préfet admonesta vertement notre commandant, lequel prit mal la chose. Pour couper court au différend, le ministre de la guerre ordonna par le télégraphe notre départ immédiat à destination de Perpignan.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §57 Après une courte halte à Narbonne, vers le milieu du jour, il y eut comme une agréable surprise à se trouver debout, les mouvements libres, sur le quai de la gare de Perpignan. La ville est à deux kilomètres. Dans le demi-jour crépusculaire, elle nous apparut, groupée autour de sa citadelle, comme une modeste tortue endormie au pied du monstre que figurait le sombre Canigou, dont la crête seule resplendissait encore sous les derniers feux du soleil déjà invisible dans la plaine.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §87 Le régiment s'achemina vers la ville, nos rangs formés tant bien que mal. En somme, c'était notre première prise d'armes. L'équipement était loin d'être au complet. Pour ma part, je n'avais pas de ceinturon; mon sabre-baïonnette pendait piètrement à la patte de ma capote, tournant à chaque pas sur ma hanche. Notre allure manquait peut-être d'ensemble, ou, du moins, il nous le semblait, et ce mécontentement de nous-mêmes nous indisposa contre notre nouvelle garnison. Quelques-uns d'ailleurs étaient déjà mal préparés, les distractions de Perpignan ne leur paraissant pas pouvoir lutter avec celles de Toulouse. D'autres, les bons soldats, regrettaient un déplacement qui avait entravé et retardé l'organisation des compagnies de marche: ils en voulaient à l'autorité civile, cause de tout le mal, et ils crurent voir dans les regards curieux de la population perpignanaise la manifestation de sentiments peu sympathiques.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §88 Comme trêve à la banalité, je dus faire sortir le poste à la vue, aussi nouvelle pour moi que pour les habitants, d'un peloton de cuirassiers de l'ex-garde impériale. Il venait constituer, à Perpignan, le noyau d'un nouveau régiment.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §118 Pourtant les pioupious, comme les moutons, sont endurants et modestes, tant qu'on ne les fait pas trop enrager. Mais l'arrivée du dépôt de cuirassiers envenima la situation. Ces hommes avaient appartenu à la garde impériale, ce qui, dans l'esprit de certains Perpignanais, était aussi honteux que de sortir du bagne. Or ces forçats libérés étaient sans vergogne; ils avaient l'air avantageux qui caractérise tout bon cavalier. Quand ils se promenaient par deux dans la ville, le bonnet de police penché sur l'oreille, les rues, qui retentissaient du bruit de leurs grandes bottes éperonnées, paraissaient trop étroites, et ils ne se rangeaient guère pour faciliter la circulation aux pékins, ceux-ci fussent-ils en gardes nationaux. De là, un accroissement d'hostilité et, dans les cafés, un redoublement de fureur bavarde. Dans le récipient que formait l'enceinte fortifiée, tous ces petits sentiments, toutes ces vulgaires passions cuisaient et bouillonnaient. Un éclat faillit toutefois se produire en dehors des murailles.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §135 De Perpignan à Narbonne, la voie suit le littoral, et, en certains endroits, sur une chaussée de quelques mètres à peine. D'un côté, la mer, confondant la ligne de ses eaux avec le ciel, et, de l'autre, d'immenses étangs bleus. Sur la côte, les pauvres villages de pêcheurs étagent leurs cabanes en amphithéâtre, devant l'élément qui leur fournit la nourriture et souvent les engloutit. Le train semblait glisser sur la mer. Le sifflet strident de la locomotive se perdait dans cette immensité dont le calme n'était troublé que par le cri de quelque goéland effarouché, s'envolant de rocher en rocher.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §165 Quel que fût le point de repère de chacun, l'ordre sortit en moins d'un quart d'heure de ce chaos humain. Dix-huit doubles lignes vivantes s'espacèrent sur l'étendue du Champ de Mars. Sous la direction du lieutenant-colonel Koch, venu du 1er régiment étranger, les compagnies furent réparties en trois bataillons, dont le commandement fut confié au commandant Bourrel, naguère major de place à Perpignan, au commandant Chambeau, tiré des capitaines du 5e de ligne, et au capitaine rengagé David, intrépide vieillard de soixante-dix ans, qui ne redoutait pas d'affronter les fatigues d'une dure campagne d'hiver. Le 48e régiment d'infanterie de marche était constitué.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §183 Durant notre marche assez pénible dans des champs labourés ou à travers des vignes hérissées de tuteurs et de ceps rampant sur la terre et sous la neige, nous pûmes causer un peu, Nareval et moi. Soit que les étapes supplémentaires l'eussent fatigué, soit qu'un fâcheux pressentiment le troublât, il manquait de cet enthousiasme que, dans le trajet de Perpignan à Angers, je m'étais plus d'une fois efforcé de modérer. Le décor n'était point fait à la vérité pour réchauffer le coeur. Le sol était dur et glissant, la neige nous glaçait, et l'idée d'être couché là pour ne plus se relever nous faisait malgré tout passer un frisson dans le dos. Une steppe blanche, à perte de vue. A peine si la silhouette des fermes et des villages tranchait sur cet horizon pâle. Dans les hameaux que nous côtoyions, les jardins étaient déserts, les basses-cours silencieuses. Pas un nuage de fumée au-dessus des toits, comme l'avant-veille. Les récents combats avaient chassé tous les êtres vivants et fait de cette plaine une immense nécropole. Seule la lueur des décharges, leur détonation, à droite et à gauche, rompaient la morne tristesse de la nature. La vie ne s'y révélait que par le jeu formidable des instruments de mort.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §495 Ce que la cavalerie n'avait pu faire, il nous appartenait de le tenter avec de l'artillerie. Ordre fut donné à toute la division de se porter en avant de Cernay et de Villechaumont, petit village qui se dressait à l'est, sur notre droite. Mais, avant que le commandement eût été transmis sur toute la ligne, un bataillon du 51e qui le premier avait occupé Cernay, et s'y maintenait âprement depuis le matin, est à la fin serré de trop près, culbuté, refoulé; son chef, le commandant Pondielli, notre capitaine de Perpignan, a la moitié de la main emportée,--la main qui avait signé la condamnation du soldat dont le corps était enfoui, tout près de là, sur la lisière de la forêt de Marche, noir: la plupart des officiers sont atteints: les soldats reculent et abandonnent le village. Le colonel Koch les arrête, les rallie et les range à notre gauche. Tout émus encore, ils saluent les obus d'un mouvement plongeant, à la grande joie de nos hommes qui, n'ayant pas été encore étrillés, les raillent sans pitié.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §511 |
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