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Longtemps le général sonda de son regard la profondeur noire de la plaine, que piquaient au loin, sur la ligne de l'horizon, les feux des bivouacs ennemis. Puis il repartit au petit pas de son cheval, l'air pensif, supputant sans doute, d'après le nombre et l'éparpillement des lueurs lointaines, les forces qu'il allait falloir combattre. Aucun ordre ne vint du reste modifier les dispositions prises. Tout était tranquille, tout semblait dormir. Quelques fusées, du côté d'Orgères, dans les lignes allemandes, troublèrent seules, par instants, cette nuit calme et glaciale. Accompagnement habituel des fêtes populaires, ces traînées lumineuses, par leur éclat éphémère, par leur signification inconnue, avaient je ne sais quoi d'ironique et d'irritant. Chaque fois elles semblaient laisser l'horizon plus sombre.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §384 Après la bataille de Coulmiers, le lendemain du combat heureux de Villepion, il avait le droit d'avoir confiance en elles. Cependant, par l'étendue et la multitude des feux de bivouac qu'il avait remarqués la veille, et par les signaux observés pendant la nuit du côté d'Orgères, il avait jugé que la résistance serait sérieuse. Au lieu d'éparpiller ses forces, il avait concentré ses trois divisions, de manière qu'elles pussent pénétrer comme un coin dans le corps ennemi. Il avait chargé le général Michel de surveiller sa gauche avec sa cavalerie, vers Orgères, en avant des positions où le 17e corps reprenait haleine. Il pouvait, d'un autre côté, espérer qu'à l'extrême droite, le général des Pallières viendrait lui donner la main.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §406 Loigny emporté vivement, la division Barry poursuivit sa marche vers l'est; mais, au château de Goury, elle rencontra une résistance opiniâtre et meurtrière; il fallut d'abord reculer, pour mieux avancer ensuite. Le parc du château fut le théâtre d'une lutte sanglante, acharnée, qui dura avec des chances diverses, mais sans répit, jusqu'à la nuit. Von der Thann, qui comprenait l'importance de cette position, envoya l'une après l'autre ses trois brigades pour renforcer ses premières troupes promptement décimées. L'amiral Jauréguiberry, tout en soutenant en deuxième ligne ce combat, dut faire tête, sur la gauche, aux troupes nombreuses qui descendaient d'Orgères, de la Maladrerie, de Tanon, et que n'arrêta pas la division de cavalerie Michel ramenée par erreur jusqu'à Guillonville. A droite, la division Maurandy se battait avec moins de fermeté, quoiqu'un régiment de mobiles fît, à Ecuillon, tout près de Loigny, une défense héroïque.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §408 |
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