Amédée Delorme | Mexique | Mexique

Le départ devant avoir lieu à l'aurore, j'avais demandé une permission de minuit pour passer en famille ma dernière soirée. Le rendez-vous était chez ma soeur, mariée depuis quelques années. Par une délicate attention, elle avait réuni autour de nos parents ceux de ses amis qu'elle savait m'être le plus chers. Elle habitait, je m'en souviens, en face du quartier général. De ses fenêtres, nous avions aperçu le général de Lorencez faire, naguère, son repas d'adieu. Il était seul, vis-à-vis de la générale, entre leurs enfants. Ce soir-là, le tic nerveux de sa physionomie toujours grave paraissait s'accentuer. Le hardi soldat de Puebla, peut-être disgracié à tort, était fondé à prévoir la funeste issue d'une guerre imprudente. Cela seul eût justifié sa noble tristesse,--à moins que son ambition ne souffrît d'avoir à jouer un rôle effacé auprès de celui de commandant en chef qui allait malheureusement échoir à l'autre héros du Mexique? (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §59

A partir de cet instant, la sollicitude la plus éclairée, les soins les plus habiles ne cessèrent de m'être prodigués. Mon père, arrivé par le premier express, put amener près de moi le docteur Fusier, médecin principal des armées, que les fiévreux du Mexique et plusieurs générations de polytechniciens ne peuvent avoir oublié. D'un léger coup de bistouri, il me fit une incision par où treize esquilles, nombre fatidique, devaient être extraites successivement, et il autorisa mon transport à Toulouse en coupé-lit. Le lendemain, à cheval dès la première heure, lui-même vint présider à mon embarquement. (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §601