Amédée Delorme | France | Roussillon

Tout cela contribuait à nous montrer sous un jour défavorable la capitale du Roussillon. Toujours plein du souvenir de Paris, Royle n'avait pas assez de railleries pour les rues courtes, étroites et tortueuses, où notre colonne serpentait. Il ne revenait pas de l'aspect de certaines maisons à un seul étage, surplombant le rez-de-chaussée: comiquement, il se baissait dans la crainte de les voir s'effondrer. Au tournant de la ruelle, à montée rapide, qui aboutit à un premier pont-levis, il s'écria, en jurant, que jamais il n'eût cru possible de trouver un pavage plus douloureux aux pieds que celui de Toulouse. (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §89

Cette farce eût pu se renouveler longtemps; mais, un soir, Royle, ayant dîné en ville, rentra maussade; le gros vin bleu du Roussillon l'avait peut-être alourdi, et il éprouvait le besoin de dormir. Il déchaîna le fou rire que nous étouffions sous nos couvertures, en sabrant la plus belle période de Nareval d'un impitoyable: «As-tu fini, jobard?» (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §95

Malgré la saison avancée, le Roussillon était encore couvert d'une végétation puissante, où apparaissaient à peine quelques taches de rouille automnale. Nous allions à travers champs, escaladant des coteaux avant-coureurs des Pyrénées, et, de là, nous nous plaisions à regarder scintiller au loin la mer sous les rayons du soleil. Puis, allongés à l'ombre du grêle feuillage de quelque olivier, les bras repliés en oreiller sous notre tête, nous nous laissions bercer par la brise au parfum salin, contemplant la dentelle d'un vert pâle qui doucement se mouvait sur le champ d'azur infini. (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §112

Sevrés du doux climat du Roussillon, nous fûmes cependant favorisés, pour cette promenade militaire, d'un dernier sourire du soleil d'automne. Par un temps sec, la route était excellente et le régiment magnifique. Sur un espace d'un kilomètre environ, les hommes marchaient, deux par deux, sur chaque bord de la route, laissant circuler au milieu le train régimentaire et les voitures d'ambulances. (Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme)  §207