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Le train nous emportait cependant vers Blois, notre nouvelle destination. Nous passâmes par Orléans, que les Allemands avaient évacué après leur défaite de Coulmiers. Mais la voie était à peine rétablie. Il fallait avancer prudemment, toujours sur le qui-vive. L'ennemi pouvait à tout instant reparaître, et cette pensée nous surexcitait. Elle rompit l'ennui d'un trajet de dix-huit longues heures.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §224 A Blois, on nous fit établir nos bivouacs au sud-ouest de la ville, au delà de la gare. Nos tentes s'alignaient tout le long d'une avenue boisée qui aboutit à la forêt; les dernières, les nôtres, en touchaient la lisière, et il y avait comme une sorte de mystère inquiétant dans ce voisinage immédiat. Bien que toutes les feuilles fussent tombées, les troncs d'arbres formaient, par leur foule, un mur impénétrable aux regards et d'où semblaient s'échapper, comme des fantômes, les vapeurs du matin.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §228 A ce point de vue, notre dernière journée de Blois compléta les titres de l'un de nous. Une pluie diluvienne détrempa le sol et rendit le camp inhabitable. Pluvier, se déclarant vaincu par les rhumatismes, se fit hospitaliser.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §257 A sept heures, le café bu tout chaud, nous prenions, avec armes et bagages, le chemin de la petite ville de Mer, située à une vingtaine de kilomètres de notre camp, au nord-est de Blois. La brigade allait s'incorporer au 17e corps d'armée. Elle était confiée à un ancien colonel d'infanterie de marine, le général Charvet, du cadre auxiliaire.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §266 Au jour, nous reconnûmes que nous étions campés près d'un grand bois, la forêt de Marchenoir. Le café pris, on nous fit aligner à une portée de fusil de la lisière: le 51e avait à nous rendre le funeste spectacle que nous lui avions offert dans la forêt de Blois. Il y mit un peu moins de cérémonie que nous. Ayant laissé les faisceaux auprès des derniers fumerons de leurs bivouacs, les hommes de ce régiment vinrent se ranger à nos côtés, les bras ballants, presque comme à la foire. Il ne s'agissait, à vrai dire, que d'exécuter un simple soldat, lequel, chose grave, avait refusé d'obéir à un caporal qui le commandait de corvée.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §294 Quoi qu'il en soit, les tristes exemples qui nous avaient été donnés, à Lorges et dans la forêt de Blois, me furent ce jour-là salutaires. Ils m'enseignèrent à ronger mon frein: mais j'aspirais à me battre, à affronter le feu ennemi, pour m'absoudre à mes propres yeux de l'ignominie acceptée sans protestation.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §397 Entre la Loire et la forêt de Marchenoir, cette ligne s'étendait sur un espace de 11 kilomètres, de Beaugency jusqu'à Lorges, où nous avions fusillé un soldat du 51e. Le quartier général était à Josnes. Le 17e corps, au centre, devant lui. Le 16e corps, dont la première division seule était présente, les deux autres s'étant égarées, forma d'abord l'aile gauche, puis fut porté à droite, à Villorceau, tout contre la division indépendante du général Camô. L'aile gauche fut alors constituée au moyen d'une division du 21e corps: récemment organisé sous le commandement de l'amiral Jaurès, il avait en outre mission de garder la forêt de Marchenoir, ce qui étendait de plusieurs kilomètres le front de bataille. Enfin, le général Chanzy, qui, avec la spontanéité du génie, palliait les fautes de ses lieutenants en en tirant parti, ordonna aux généraux Barry et Maurandy de réorganiser leurs divisions à Mer et à Blois. Il leur confia le soin de défendre les ponts, dont les Allemands allaient chercher à s'emparer, en effet, pour nous tourner.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §473 Au milieu du recueillement qui avait suivi les détonations, une voix à l'énergie et aux vibrations bien connues, celle qui dans la forêt de Blois avait prononcé, au nom de la Patrie envahie, la sentence du caporal Tillot, s'éleva, claire, forte et ferme. Le capitaine Eynard, donnant l'élan à son corps vigoureux et souple, s'écriait, en nous montrant le chemin: «En avant!--La première section, en tirailleurs!»
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §537 Derrière le remblai du chemin de fer, la ville de Mer montra enfin le faîte de ses maisons inégales, le grand toit de sa halle et son clocher qui, toute proportion gardée, rappelle modestement une des tours de Notre-Dame de Paris. La route passe sous un pont, et les habitations se dressent au delà. Au milieu du faubourg, notre conducteur s'avoua fort embarrassé. Il ne pouvait guère nous transporter plus loin, d'autant que nous avions besoin d'être pansés et de nous reposer; mais il ne savait où nous laisser. Une foule de malheureux, en attendant d'être évacués dans la direction de Blois, s'entassaient à la gare: nous n'y aurions trouvé aucun abri. Me souvenant de m'être arrêté dans un café du voisinage, je dis au soldat de nous y conduire. Depuis un mois, l'établissement avait été abandonné; les volets étaient clos. Alors, par une inspiration soudaine, j'indiquai à notre guide l'épicerie où j'étais entré quelques instants avant notre départ précipité pour Châteaudun.
(Journal d'un sous-officier, 1870, Amédée Delorme) §580 |
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