|
§5671 «Godeau,
§5672 «Hôtelier de messieurs les mousquetaires.» §5673 «À la bonne heure! s'écria d'Artagnan, ils pensent à moi dans leurs plaisirs comme je pensais à eux dans mon ennui; bien certainement que je boirai à leur santé et de grand coeur; mais je n'y boirai pas seul.» §5674 Et d'Artagnan courut chez deux gardes, avec lesquels il avait fait plus amitié qu'avec les autres, afin de les inviter à boire avec lui le délicieux petit vin d'Anjou qui venait d'arriver de Villeroi. L'un des deux gardes était invité pour le soir même, et l'autre invité pour le lendemain; la réunion fut donc fixée au surlendemain. §5675 D'Artagnan, en rentrant, envoya les douze bouteilles de vin à la buvette des gardes, en recommandant qu'on les lui gardât avec soin; puis, le jour de la solennité, comme le dîner était fixé pour l'heure de midi, d'Artagnan envoya, dès neuf heures, Planchet pour tout préparer. §5676 Planchet, tout fier d'être élevé à la dignité de maître d'hôtel, songea à tout apprêter en homme intelligent; à cet effet il s'adjoignit le valet d'un des convives de son maître, nommé Fourreau, et ce faux soldat qui avait voulu tuer d'Artagnan, et qui, n'appartenant à aucun corps, était entré à son service ou plutôt à celui de Planchet, depuis que d'Artagnan lui avait sauvé la vie. §5677 L'heure du festin venue, les deux convives arrivèrent, prirent place et les mets s'alignèrent sur la table. Planchet servait la serviette au bras, Fourreau débouchait les bouteilles, et Brisemont, c'était le nom du convalescent, transvasait dans des carafons de verre le vin qui paraissait avoir déposé par effet des secousses de la route. De ce vin, la première bouteille était un peu trouble vers la fin, Brisemont versa cette lie dans un verre, et d'Artagnan lui permit de la boire; car le pauvre diable n'avait pas encore beaucoup de forces. §5678 Les convives, après avoir mangé le potage, allaient porter le premier verre à leurs lèvres, lorsque tout à coup le canon retentit au fort Louis et au fort Neuf; aussitôt les gardes, croyant qu'il s'agissait de quelque attaque imprévue, soit des assiégés, soit des Anglais, sautèrent sur leurs épées; d'Artagnan, non moins leste, fit comme eux, et tous trois sortirent en courant, afin de se rendre à leurs postes. §5679 Mais à peine furent-ils hors de la buvette, qu'ils se trouvèrent fixés sur la cause de ce grand bruit; les cris de Vive le roi! Vive M. le cardinal! retentissaient de tous côtés, et les tambours battaient dans toutes les directions. §5680 En effet, le roi, impatient comme on l'avait dit, venait de doubler deux étapes, et arrivait à l'instant même avec toute sa maison et un renfort de dix mille hommes de troupe; ses mousquetaires le précédaient et le suivaient. D'Artagnan, placé en haie avec sa compagnie, salua d'un geste expressif ses amis, qui lui répondirent des yeux, et M. de Tréville, qui le reconnut tout d'abord. §5681 La cérémonie de réception achevée, les quatre amis furent bientôt dans les bras l'un de l'autre. |
|
||||||