États-Unis | Brooklyn


Cette terre, annoncée à l'instant où la mer se refermait sur le corps du pauvre matelot, était jaune et basse. Cette ligne de dunes peu élevées, c'était Long Island, l'île longue, grand banc de sable, revivifié par la végétation, qui couvre la côte américaine depuis la pointe Montauk jusqu'à Brooklyn, l'annexe de New York. De nombreuses goélettes de cabotage rangeaient cette île couverte de villas et de maisons de plaisance. C'était la campagne préférée des New Yorkais. (Une ville flottante,Jules Verne)   §724

Sur l'autre rive, un petit chemin de fer presque vertical, mû par un filet détourné de la chute américaine, nous hissa en quelques secondes sur la hauteur. À une heure et demie, nous prenions l'express, qui nous déposait à Buffalo à deux heures un quart. Après avoir visité cette jeune grande ville, après avoir goûté l'eau du lac Érié, nous reprenions le New York central railway, à six heures du soir. Le lendemain, en quittant les confortables couchettes d'un «sleeping car», nous arrivions à Albany, et le railroad de l'Hudson, qui court à fleur d'eau le long de la rive gauche du fleuve, nous jetait à New York quelques heures plus tard. Le lendemain, 15 avril, en compagnie de mon infatigable docteur, je parcourus la ville, la Rivière de l'Est, Brooklyn. Le soir venu, je fis mes adieux à ce brave Dean Pitferge, et, en le quittant, je sentis que je laissais un ami. (Une ville flottante,Jules Verne)   §953

Huit jours à passer en Amérique! Le _Great Eastern_ devait partir le 16 avril, et c'était le 9, à trois heures du soir, que j'avais mis le pied sur la terre de l'Union. Huit jours! Il y a des touristes enragés, des «voyageurs express», auxquels ce temps eût probablement suffi à visiter l'Amérique tout entière! Je n'avais pas cette prétention. Pas même celle de visiter New York sérieusement et de faire, après cet examen extra-rapide, un livre sur les moeurs et le caractère des Américains. Mais dans sa constitution, dans son aspect physique, New York est vite vu. Ce n'est guère plus varié qu'un échiquier. Des rues qui se coupent à angle droit, nommées «avenues» quand elles sont longitudinales, et «streets» quand elles sont transversales; des numéros d'ordre sur ces diverses voies de communication, disposition très pratique, mais très monotone; les omnibus américains desservant toutes les avenues. Qui a vu un quartier de New York connaît toute la grande cité, sauf peut-être cet imbroglio de rues et de ruelles enchevêtrées dans sa pointe sud, où s'est massée la population commerçante. New York est une langue de terre, et toute son activité se retrouve sur le bout de cette «langue». De chaque côté se développent l'Hudson et la Rivière de l'Est, deux véritables bras de mer sillonnés de navires, et dont les ferry-boats relient la ville à droite avec Brooklyn, à gauche avec les rives du New Jersey. Une seule artère coupe de biais la symétrique agglomération des quartiers de New York et y porte la vie. C'est le vieux Broadway, le Strand de Londres, le boulevard Montmartre à Paris; à peu près impraticable dans sa partie basse où la foule afflue, et presque désert dans sa partie haute; une rue où les bicoques et les palais de marbre se coudoient; un véritable fleuve de fiacres, d'omnibus, de cabs, de haquets, de fardiers, avec des trottoirs pour rivages et au-dessus duquel il a fallu jeter des ponts pour livrer passage aux piétons. Broadway, c'est New York, et c'est là que le docteur Pitferge et moi nous nous promenâmes jusqu'au soir. (Une ville flottante,Jules Verne)   §850